jeudi 9 avril 2015

Les 40 jours du Musa Dagh - Franz Werfel


Nous remercions les éditions Albin Michel ainsi que Monsieur Cantat pour cette lecture !

Les 40 jours du Musa Dagh

Auteur : Franz Werfel / Traducteur : Paule Mofer-Bury
958 pages

Cette communauté villageoise arménienne, condamnée par les convulsions d’une histoire qui la dépasse, m’est devenue proche. Guettée par la mort, elle revendique sa liberté. Assiégée par un ennemi impitoyable, trahie par une société indifférente, elle choisit la résistance armée… Ce roman est un chef-d’œuvre. » Elie Wiesel (extrait de la préface)

En 1915, dans un climat alourdi par les revers de leur armée dans le Caucase, les autorités turques procèdent à la liquidation des populations arméniennes. Déportations de masse et massacres, le premier génocide de l’histoire du XXe siècle commence.

Au nord-ouest de la Syrie ottomane, des villageois résolus à opposer aux Turcs une résistance farouche, gagnent les hauteurs du Musa Dagh, la « Montagne de Moïse ».
A leur tête, Gabriel Bagradian, un riche Arménien de Paris, naguère vilipendé pour ses mœurs occidentales. Contre toute attente, il a refusé de fuir et choisi de lier son destin à celui du peuple de la montagne.

Publié en Allemagne en 1933, le roman Franz Werfel, un juif autrichien ami de Kafka, connut un immense retentissement à travers le monde. Interdit par Hitler, détruit au cours d’autodafés, ce roman étonnamment prophétique (Werfel établissait un parallèle entre le génocide arménien et l’idéologie nazie) est l’un des plus puissants témoignages sur un massacre planifié.

(Source : Albin Michel)

Franz Werfel (1890-1945) appartient à la brillante génération d'écrivains de l'Empire austro-hongrois, tels Stefan Zweig et Arthur Schnitzler, dont il partagea la gloire entre les deux guerres. D'origine juive et tchèque, comme son ami Franz Kafka, il fut aussi l'époux d'Alma Mahler.

Il finit sa vie d'exilé à Hollywood près de Thomas Mann, Arnold Schönberg et Bruno Walter.

D'abord poète, puis dramaturge et enfin romancier, il acquit une renommée mondiale avec Les 40 Jours du Musa Dagh (Albin Michel 1936) puis avec Le Chant de Bemadette (Albin Michel 1946), un best-seller vendu à des millions d'exemplaires.

(Source : Albin Michel)

Les gribouillis du p’tit Grybouille :

Pour rassurer les lecteurs (trices) qui penseraient que Grybouille est tombé dans une période de lecture guerrière ce roman n’est pas un livre sur la guerre, je qualifierais ce roman de tragédie  humaine.

Le p’tit Duc vit dans une ville qui a édifié un monument en hommage à ce génocide,  c’est 1,2 millions de suppliciés, effroyable !
 Souvent je me promène sur cette esplanade et je regarde ces caractères étranges qui sont finement ciselés dans le marbre de la sculpture.
Je me sens proche de ces minorités, qui à travers les siècles et les territoires ont souffert de la monstruosité des puissants, affinité mystérieuse du Grybouille.. .
Le peuple Arménien a de nombreuses fois souffert d’exactions mais le génocide qui débuta en 1915 est le premier que connut le XXème siècle.
Ce livre c’est une page de l’histoire des arméniens persécutés par le peuple Turc, pourtant l’espoir existait avec l’arrivée au pouvoir du parti des « Jeunes Turcs ». Mais la première guerre mondiale, le jeu des alliances, le raidissement des relations entre les ethnies vivant sur les mêmes territoires va faire basculer les arméniens dans l’horreur.
La famille Bagradian, fraichement arrivée au pays, est propulsée dans les méandres de cette situation inextricable entre les deux communautés.
 L’une doit disparaitre ce sera les Arméniens. L’exode, machine infernale à exterminer est mise en place, politiquement dirigée, religieusement voulue, ce sera « marche ou crève » ou les deux à la fois si possible…

Pourtant l’arrivée dans la maison familiale à Yoghonoluk disponible depuis la mort du frère ainé de Gabriel, le chef de famille, s’était bien passée.
 Juliette, française d’origine, malgré le choc des cultures s’était faite à son nouvel environnement. Stéphan, le fils, avait fait les efforts nécessaires pour s’adapter à ce pays qui avait vu naitre et prospérer les Bagradians.

L’été 1915 arrive, l’Europe voit ses peuples s’affronter  en France, les Turcs mettent leur plan en marche !

Amis (es)  lecteurs avez-vous remarqué qu’en face du danger notre cerveau reptilien nous force à prendre de la hauteur ?
  
Les habitants des sept villages sous l’impulsion de Gabriel Bagradian vont tenter leur chance en se retranchant sur le Musa Dagh, le Mont Moïse Arménien…Pour cela «  ils vont abandonner leurs maisons, leurs biens qui seront pillés par la racaille Turco-Arabe », déchirant : « Car l’humanité enveloppe de ses rêves et de son amour même le plus sordide fatras ».

Après l’arrivée sur le Musa Dagh, forteresse naturelle, les défenses sont achevées, les rôles distribués et en guise de bouteille à la mer coté falaise une banderole à destination des bateaux des forces alliées qui croisent au large : « Chrétiens en détresse ».

L’histoire de ces naufragés de l’humanité commence …
 
Je le répète «  Ce n’est pas  un livre de guerre ! », ne vous attendez pas à un récit émaillé de grandes batailles.

Sur plus de 900 pages l’histoire ne tiendrait pas la longueur, il y a une vraie analyse de la société Ottomane, des différents protagonistes, de la psychologie des cultures de l’époque, avec une écriture de très bonne qualité pour faire passer un message du fond des temps :
« L’humanité ce trésor si fragile,  capable aussi bien de grands élans  constructeurs que de terribles cruautés… »

Bien qu’édité en 1933 ce roman fait preuve d’une extraordinaire fraicheur. Une solide technique d’écrivain mais le contraire serait étonnant vu l’environnement artistique de Franz Werfel.

Les personnages : Quelques uns,

Les  Bagradians, famille plus occidentale qu’orientale à leur arrivée et puis…

Tuach Nurhan, l’ex-Sergent qui va s’investir pour donner un semblant de cohésion militaire à son peuple constitué majoritairement de paysans.

Sarkys Kilixian, arménien déserteur de l’armée Turc qui a vu enfant sa famille massacrée par des turcs. Lors de cette effroyable tragédie il a pu entendre les assassins dirent : « Jusqu’à la mort, ils sauront que nous sommes les maitres et qu’ils ne sont que puanteur ».

Krikor, le pharmacien « Tous les remèdes viennent des 7 éléments la chaux, le soufre, le salpêtre, l’iode, la résine de saule, le pavot, le suc de laurier, sous mille formes c’est néanmoins toujours la même chose ».

Sato, la bohémienne, jeune enfant répugnante qui recherche l’attention et un peu de cette tendresse que les autres lui ont si souvent refusé.

Iskouhi, jeune sœur du pasteur, ils ont connu les chemins de la déportation avant de se réfugier à Yoghonoluk, elle  en porte les stigmates.

Ter Haigasoun, le prêtre prévient ses fidèles : « Le malheur que nous avons craint est arrivé » ; leur seule arme « L’union, la fermeté et l’ordre ».

Gonzague, l’étranger, le Grec, possesseur d’un passeport Américain : « J’ai une très bonne mémoire car je ne m’embarrasse pas de  souvenir ».

Et les autres personnages qui vont apporter leur pierre à l’histoire...

Des extraits : Susciter l’envie…

« Seul le moment présent compte sur le Musa Dagh

Parole d’une chanson de cet Orient d’où vient la lumière :
« Le monde est une auberge au bord du grand chemin,
Peuples et voyageurs, chacun y va et vient.
La terre, sur son sein, berce l’enfant instruit,
Les races sans savoir sombreront dans la nuit. »

«  L’homme ne sait pas ce qu’il est tant qu’il n’a pas subit l’épreuve ! »

« A l’inexplicable en nous et au-dessus de nous »

« Le combat des faibles et la cuve fût foulée hors de ville », Apocalypse de Saint-Jean 14,20.

« A celui qui vaincra, je donnerai de la manne cachée,  et je lui donnerai un caillou blanc, et sur ce caillou est écrit un nom, que personne ne connait, sinon celui qui le reçoit » Apocalypse de Saint- Jean 2,17.

Ce qu’il faut préserver à tout prix ? « կյանք »

Si le thème vous tente vous ne le regretterez pas, c’est un coup sûr !

En clin d’œil, 40 jours.. . Vous vous souvenez ? Non ? Bah, oui qu’en même !

Merci aux éditions Albin Michel pour cette réédition qui était demandée à corps et à cris par de nombreux lecteurs (trices) qui se plaignaient de ne plus trouver ce roman ou à un prix prohibitif.


@ Bientôt,
Grybouillistequement vôtre,



13 commentaires:

  1. J'ai beaucoup aimé ce récit historique, et j'ai trouvé la fin à la fois grandiose et horrible. Un très beau récit et, comme tu le dis, qui n'a pas pris une ride. Un texte important à lire ces derniers temps !

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  2. Encore une fois un roman qui va me plonger dans un grand et beau moment de lecture grâce à toi Grybouille ! 958 pages : je vais en avoir pour un an !! :-)

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  3. Loool mon esprit reptilien face au danger a bien plus tendance à me faire baisser la tete, ramper vers la sortie. voila pour l'humour ;) il faut avouer que si tu ne lis pas que des livres guerrier, tu sembles beaucoup t'intéresser aux liens de la guerre : cause conséquence société avant pendant et après? ^_^ normal lorsqu'on aime l'histoire et c'est très intéressant. d'autant plus que ce n'est pas des livres vers lesquels j'irais naturellement. (expl : guerre d'indochine dont mes seules infos se limitaient à good morning vietnam)
    donc merci à toi et a bientôt :)
    Les rdv de klo ;)

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  4. Il a l'air pas mal du tout :) merci de la découverte :D

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  5. J'ai rarement vu des livres sur le génocide arménien alors il serait intéressant de lire celui-ci ^^

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  6. Il a l'air intéressant ce bouquin.. surtout que je ne sais rien de cette partie de l'histoire européenne :/

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  7. Sur le même sujet, j'ai dans ma PAL "Un certain mois d'avril à"

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  8. Comme à ton habitude mon cher Gribouille, tu donnes envie de découvrir une belle oeuvre !!

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  9. Cette affinité mystérieuse je la partage aussi... C'est pourquoi je peux affirmer sans prendre de risque que ce roman me chamboulerait certainement ! Merci d'élargir toujours davantage l'horizon de mes découvertes Grybouille :)

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  10. Vraiment superbe chronique ton avis est vraiment entraînant je me laisserai surement tenter par cette lecture très enrichissante

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  11. Une super chronique, une manière intelligente d'élargir mes horizons littéraires.

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