mardi 27 septembre 2016

L'Affaire Léon Sadorski - Romain Slocombe
















Merci aux éditions Robert Laffont / La Bête Noire pour cette lecture !



L’AFFAIRE LÉON SADORSKI



Le pire des salauds, le meilleur des enquêteurs.



Avril 1942. Au sortir d'un hiver rigoureux, Paris prend des airs de fête malgré les tracas de l'Occupation. Pétainiste et antisémite, l'inspecteur Léon Sadorski est un flic modèle doublé d'un mari attentionné. Il fait très correctement son travail à la 3e section des Renseignements généraux, contrôle et arrête les Juifs pour les expédier à Drancy. De temps en temps, il lui arrive de donner un coup de main aux Brigades spéciales, d'intervenir contre les « terroristes ».
Mais Sadorski est brusquement arrêté par la Gestapo et transféré à Berlin, ou on le jette en prison. Le but des Allemands est d'en faire leur informateur au sein de la préfecture de police... De retour à Paris, il reçoit l'ordre de retrouver son ancienne maîtresse, Thérèse Gerst, mystérieuse agent double que la Gestapo soupçonne d'appartenir à un réseau antinazi.
Après le succès de Monsieur le commandant, Romain Slocombe nous entraîne dans les abîmes de la collaboration et de la mauvaise conscience française.


Romain SLOCOMBE

Né en 1953 dans une famille franco-britannique, Romain Slocombe est l'auteur d'une vingtaine de romans, dont Monsieur le Commandant (NiL, coll. « Les Affranchis »), sélectionné pour le Goncourt et le Goncourt des lycéens 2011.



(Source : Editions Robert Laffont « La Bête Noire »)



Grybouille



Bon faisons simple, sans réfléchir citez moi cinq auteurs français qui ont la capacité de passer d’une reprise d’un monstre sacré tel que « Les petites filles modèles » en passant par un roman historique sur les dessous du monde soviétique, pour nous retrouver aujourd’hui avec un roman sur une des périodes les plus noires de la France, l’occupation... Hein, qui ?

Romain Slocombe fait partie de ces cinq à coup sûr !



Un roman, oui, mais avec dix pages de note bibliographique à la fin du récit, excusez du peu…

« Le souci du détail montre que l’on s’intéresse à la chose », on peut aussi appeler cela le respect du lecteur.

Ici les actes parlent, Romain Slocombe nous livre un roman qui va devenir une référence sur ce thème, la collaboration de la police française pendant l’occupation allemande, sous le visage d’un inspecteur principal adjoint de la 3ème section des RG (Renseignements Généraux).



Cet inspecteur c’est Léon Sadorski, bon mari, il aime son Yvette, bon flic, fidèle à Pétain qui à  ses yeux vient de sauver la France, il collabore sans aimer l’occupant, un  bon français de l’époque.

Son vocabulaire pour appréhender le monde qui l’entoure : Les Bochs, les schleus, les anglichs, les communistes, les juifs, les francs-maçons, les bombardements…



L’histoire,


1942 en France et à Paris, c’est l’heure allemande, la déportation des juifs, des communistes et des francs-maçons est mise en place. L’inspecteur Sadorski est à la manœuvre, patriote il sert la France, enfin plutôt sa France.

Jusqu’au jour où il est convié par les vainqueurs à un voyage à Berlin par la gestapo « Vous partez pour un voyage de 14 jours… »

Juste le temps de passer prendre une valise, laisser un mot à Yvette : « Ma poulette adorée.. » et hop encadré par des SS vers le train en compagnie de son ancien supérieur, le commissaire Charles Louisville, « … si vous essayez de fuir, nous vous tirerons dessus. »


Arrivés à Berlin, direction l’Alexander strass, le bâtiment de la présidence de la police, 3ème étage, direction de la police d’état, stapo IV la gestapo, « Heil Hitler », ça y est, on y est…



« Lui, Léon, René, Octave Sadorski, engagé volontaire en novembre 1917, médaillé de guerre, policier expérimenté, chef de brigade de voie publique de la Direction des renseignements généraux et des jeux, loyal serviteur du Maréchal, de l’état français, descendu brusquement au rang de sous-homme… si Yvette le voyait !... il symbolise à la perfection sa nation rabaissée, trahie par les francs-maçons et les juifs. »



La suite une enquête policière haletante…



Le style,


Le p’tit Duc est un inconditionnel donc n’attendez pas de lui qu’il ne soit pas enthousiasmé.

Romain Slocombe est une plume, il est généreux dans ses productions, il possède plusieurs cordes à son arc,  c’est un artiste.

Ce roman est une réussite.



Des passages,


« Sa pratique des nazis lui a enseigné qu’ils sont au fond assez bêtes. », Léon Sadorski

« Pour la vie d’un soldat allemand, on pourra considérer en général la condamnation à mort de cinquante à cent communistes comme convenable. », Hitler

« Et si Sadorski ne revient pas, son épouse ne tardera pas à se trouver un autre bonhomme… son Yvette a un tempérament, elle est portée sur la chose ! »

« Les juifs ont voulu la guerre. », « Churchill veut anéantir l’Allemagne. », des affiches à Berlin.

« Silence total ! Le détenu qui ouvre la bouche sera battu ! »,  les gardes SS.

« Les circonstances sont plus fortes, en période exceptionnelle, que les principes généraux de droit. », le procureur de la République de la Seine.




Voilà, si je n’ai pas réussi à vous convaincre de lire ce super roman, qui a été sélectionné parmi les seize pour le prix Goncourt 2016, c’est de la faute du p’tit Duc qui n’a pas su vous donner envie… Je demande à Romain Slocombe de m’en excuser…



Pour les lecteurs et lectrices qui choisiront de se laisser embarquer, bon voyage dans notre histoire.



@ Bientôt,

Votre p’tit Duc.



En cadeau : Le Chant des partisans en mémoire de nos Résistants:
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu´on enchaîne?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c´est l´alarme.
Ce soir l´ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.
Montez de la mine, descendez des collines, camarades!
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades.
Ohé, les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite!
Ohé, saboteur, attention à ton fardeau : dynamite...
C´est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères.
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère.
Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves.
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève...
Ici chacun sait ce qu´il veut, ce qu´il fait quand il passe.
Ami, si tu tombes un ami sort de l´ombre à ta place.
Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes.
Sifflez, compagnons, dans la nuit la liberté nous écoute...




lundi 26 septembre 2016

Le Vieux Saltimbanque - Jim Harrison















Merci aux éditions Flammarion pour cette lecture !





Le Vieux Saltimbanque
Jim Harrison
Éditions Flammarion

Dans ce dernier livre publié moins d’un mois avant sa mort Jim Harrison a choisi de poursuivre ses mémoires sous la forme d’un texte à la troisième personne pour « échapper à l’illusion de réalité propre à l’autobiographie ».
Souvenirs d’enfance découverte de la poésie, mariage,, amour de la nature, célébration des plaisir de la chair et de la table, alcools et paradis artificiels, Jim Harrison tisse le roman d’une vie.
Véritable testament littéraire, Le Vieux Saltimbanque est à l’image de Big Jim : plus libre et provocateur que jamais, plus touchant aussi, en marge de toutes conventions.

Jim Harrison,
est né en 1937 à Grayling dans le Michigan aux États-Unis. Il a publié plus de 25 livres, donc les renommés Légendes d'automne, Dalva, La Route du retour, De Marquette à Vera Cruz… Membre de l'Académie américaine des arts et des lettres, Harrison a remporté la bourse Guggenheim et a déjà été traduit dans 25 langues. Marié, père de deux filles, Harrison partage son temps entre le Montana et le Michigan.



Grybouille,

15 ans après ses mémoires « je ne suis toujours pas mort ».

Saltimbanque hors norme, Big Jim nous laisse orphelin, ce dernier livre est un passage de témoin, un lègue, un cadeau pour ceux qui seront entendre sa musique.

Je parle de tendresse.
Lors de l’écriture de ce livre, Jim passe habilement du « Tu » au « Il », subtile évolution, poésie de l’instant, fragilité des sentiments, le grand sorcier est aux manettes, alors laissez-vous bercer par ce jouisseur impénitent de la Vie…

Le sexe, « …je me dis que je suis né et que je meurs entre les cuisses d’une femme. Ça tombe bien, car toute ma vie, j’ai accordé beaucoup d’attention à cet endroit précis de l’anatomie féminine ».

L’alcool, les soirées dans le bar du coin avec ses amis mais aussi les mignonettes cachées dans son antre… « Comment peux-tu faire une chose pareil ? » s’étonne sa femme,  « J’ai beaucoup d’entrainement ».

L’élevage, gentleman farmer, heureusement « Mary » était là, sinon il courrait toujours !

Son épouse, « T’es vraiment con quand tu t’y mets».

Ses aventures, « …ma famille a insisté pour être tenue à l’écart de mon projet ».

La cicatrice, « …son père et sa sœur moururent dans un accident de voiture ».

La mort, « On avait devant soi une vie merveilleuse, puis on percutait une vitre et tout était fini ».

L'humour, tout plein partout...

La poésie, « Il faut être là quand le pain sort tout chaud du four ».

Et puis les clés de la vie selon Big Jim,
« Quand tu te crois perdu, assieds-toi et calme toi. La panique entame ton énergie ».
« L’inconnu est toujours séduisant. Les premiers colons se demandaient sans arrêt ce qui se trouvait au- delà de la colline suivante au-delà des autres collines ».


Mort Jim Harrison ?
La bonne blague !
La nuit levez les yeux, là, vous voyez, si la nouvelle étoile qui brille de tous ses feux à côté de la planète orange, bah oui, c’est lui…
Maintenant le plus dur pour le vieux barbu gardien du paradis, Saint Pierre, c’est de faire retrouver le calme à tout son monde, parce qu’avec le vieux saltimbanque ça va swinguer… 

@ lire en urgence, et lorsque vous l’aurez terminé, le relire car toute la simplicité de la Vie est là, même pour les grands…

@ Bientôt chers Tous,









dimanche 25 septembre 2016

La Vengeance des mères - Jim Fergus

Lu en : V.F.
Traduction : Jean-Luc Piningre
Résumé : 1875. Dans le but de favoriser l’intégration, un chef cheyenne, Little Wolf, propose au président Grant d’échanger mille chevaux contre mille femmes blanches pour les marier à ses guerriers. Grant accepte et envoie dans les contrées reculées du Nebraska les premières femmes, pour la plupart « recrutées » de force dans les pénitenciers et les asiles du pays. En dépit de tous les traités, la tribu de Little Wolf ne tarde pas à être exterminée par l’armée américaine, et quelques femmes blanches seulement échappent à ce massacre. Parmi elles, deux sœurs, Margaret et Susan Kelly, qui, traumatisées par la perte de leurs enfants et par le comportement sanguinaire de l’armée, refusent de rejoindre la « civilisation ». Après avoir trouvé refuge dans la tribu de Sitting Bull, elles vont prendre le parti du peuple indien et se lancer, avec quelques prisonnières des Sioux, dans une lutte désespérée pour leur survie.


Je remercie les éditions du Cherche-midi pour cette lecture !

Attention aux spoilers sur le premier tome (Mille femmes blanches)


Chronique : Jim Fergus est un des plus grands noms de la littérature américaine, Mille femmes blanches est considéré comme un grand classique sur le cause amérindienne, avec La Vengeance des mères le lecteur retrouve les survivants du massacre de la tribu de Little Wolf : des femmes, des mères qui ont soif de vendetta...

Cette suite amène l'introduction d'un nouveau personnage, une forme de remplaçante de May avec un caractère très différent mais un courage tout aussi imposant : Molly fait partie du nouveau convoi pour le programme FBI, un programme qui est pourtant tombé dans l'oubli et le tabou et dès lors son destin est entre les mains de cheyennes l'ayant faite prisonnière. C'est à mes yeux mon personnage préféré car elle est extrêmement têtue, opiniâtre, intelligente mais aussi meurtrie par sa propre tragédie. 

A ses côtés vous suivrez aussi le journal des sœurs Kelly, les irlandaises cheyennes qui ne rêvent que de sang pour venger la mort de leurs enfants. Une guerre s'annonce pour la liberté et la terre : face à l'armée américaine qui ne souhaite que assouvir son pouvoir sur les terres des natifs, les amérindiens devront unir leur force pour survivre ou périr ensemble. A mes yeux ce deuxième tome est l'introduction du déclin et de la défaite des indiens. Un dernier soubresaut de vie avant la chute finale.

Dès lors le lecteur fait la connaissance de nouveaux protagonistes, des femmes qui ont tous un passé des plus lourds et qui croiseront le chemin de leurs prédécesseurs. Là encore l'introduction et le prologue permettent de connaitre le moyen qui a permis la survie des écrits de ces êtres et engendrent ainsi une plus grande empathie de notre part car cela nous rapproche de ces destins si lointains dans le temps. J'aime énormément le plume de cet auteur et sa faculté assez impressionnante à donner vie et voix à ces femmes. C'est un livre qui témoigne d'une position primordiale pour la cause amérindienne, une trilogie pour se rappeler, pour dénoncer et peut-être faire avancer la prise en considération de ce génocide historique.

En définitive, un magnifique roman dont j'attends avec impatience la suite !