vendredi 26 août 2016

Minnow - James E. McTeer II

Lu en : V.F.
Traduction : Virginie Buhl
Résumé :En quête d'un médicament pour sauver son père atteint d'une maladie rare, Minnow, jeune garçon originaire de Caroline du Sud, s'aventure pour la première fois sur les longs sentiers humides et labyrinthiques de sa terre natale. Un médecin vaudou, le "docteur Crow", lui a confié une dangereuse mission en échange du remède miracle : rejoindre les lointaines Sea Islands, sur les traces de Sorry George, l'arrière-petit-fils d'un puissant sorcier, un esclave débarqué d'Espagne, tristement connu pour avoir fait succomber à la fièvre cinquante-deux âmes. Minnow, aventurier par la force du destin, va alors tenter le tout pour le tout, et s'enfoncer dans ces marais où se tapissent d'étranges créatures. Et lorsqu'un ouragan échappé de l'océan vient ravager la région, son périple se transforme en une odyssée, un voyage intime et épique dont personne ne ressort indemne. 


Je remercie les éditions du Sous-Sol pour cette lecture !


French Touch : This book is really original ! Minnow's story looks like a tale, an odyssea, a bildungsroman !



Chronique : Un maitre mot pour la rentrée littéraire des éditions du sous-sol : originalité ! Vous serez assurément surpris par ce roman qui mélange le conte à la fiction contemporaine !

Minnow est un roman extrêmement intriguant qui possède plusieurs niveaux de lecture : c'est à la fois un conte et un roman car le lecteur semble être perdu dans une quête onirique, une quête qui ne semble pas ancrée dans le réel et pourtant James E. McTeer II nous décrit avec beauté, avec poésie le vieux Sud des Etats-Unis. J'ai tout de suite plongée dans cette lecture qui m'a fait l'effet de retourner en enfance tout en ayant un niveau de lecture plus mature. Cette sensation similaire à la lecture du Petit Prince à l'âge adulte... 

Roman d'apprentissage, roman mirage, Minnow nous conte l'histoire d'un jeune garçon parti à la recherche d'un médicament pour son père : c'est ainsi que chaque personnage qui croise sa route l'amène à continuer son chemin. Marchant des kilomètres, Minnow fait preuve d'un grand courage et d'une opiniâtreté sans faille à l'image d'un Tobie Lolness. Un garçon comme on en rencontre peu de nos jours, défiant les malédictions, les personnes mal intentionnées et les éléments naturels. C'est un périple dangereux qui l'attend dans les marais obscurs de Caroline du Sud.

Ne cataloguons pas les romans, car Minnow démontre que certains livres dépassent les genres littéraires. C'est une leçon de vie pour tous, une odyssée qui nous permet de mettre en perspective notre existence, de nous remettre en question. C'est une histoire unique, douce, triste, cruelle, étrange et belle à la fois.

 J'ai beaucoup aimé cette lecture même si je mets un bémol sur la fin : vers le dernier quart du livre le roman amène une véritable scission dans l'atmosphère en devenant beaucoup plus sombre. C'est ainsi que jusqu'à cette transition j'aurais pu dire que vous pouviez lire ce roman avec votre enfant mais la fin est à mes yeux assez violente et je n'ai pas compris ce choix de l'auteur d'amener une épreuve aussi dure à notre Minnow alors qu'il avait traversé déjà de nombreux dangers.

En définitive, un premier roman réussi, original et très émouvant !  


Comme dans un film - Régis de Sà Moreira

Lu en : V.F.
Résumé :
Le roman d'une rencontre, relatée avec humour et tendresse à la manière d'un scénario de film. Le récit évoque l'amour et le couple à l'épreuve du quotidien : la naissance du désir, la passion, l'habitude, la lassitude, la colère, l'aversion, la séparation, la réconciliation, l'enfantement, etc.


Merci aux éditions Au Diable Vauvert et à Lecteurs.com pour cette lecture !









Chronique :
« Comme dans un film » ce livre fait appel à un style sous forme de dialogues rapides, je dirais même nerveux entre « Elle », « Lui », « les Autres », des « Personnages Historiques », des « Personnages connus, reconnus », « des Citations » et même « Le Chat »… 

A travers des scènes de la vie courante, la vie des deux principaux « acteurs » est mise en évidence.

J'avais lu et adoré Le Libraire de cet auteur, Régis de Sà Moreira fait preuve d'originalité dans le style comme dans le fond, il sort indubitablement du lot avec une prose unique. Mais là où dans Le Libraire le fond était passionnant surtout pour une amoureuse de la littérature, ici dans Comme dans un film je n'ai pas su passer outre cette forme de dialogue, de script de cinéma. J'aime le théâtre mais lorsqu'il est vu et vécu. Mais ici le style n'a pas su m'emporter ni même le récit.

L'originalité peut avoir du bon : c'est un moyen de se démarquer, de faire passer un message au-delà de la substantifique moelle du texte, mais l'originalité pour l'originalité n'amène pas forcément la compréhension ou de l'intérêt à la lecture. J'ai essayé de prendre plaisir à lire ce livre mais je me suis surtout ennuyée. Ce sont des dialogues courts, hachés avec un manque de profondeur.

En définitive, j'ai eu l'impression d'être face à un exercice de style sans émotion...


jeudi 25 août 2016

The Girls - Emma Cline

Lu en : V.F.
Traduction : Fabrice Pointeau
Résumé : Le Nord de la Californie, à l’époque tourmentée de la fin des années 1960. Evie Boyd a quatorze ans, elle vit seule avec sa mère, que son père vient de quitter. Fille unique et mal dans sa peau, elle n’a que Connie, son amie d’enfance. Mais les deux amies se disputent dès le début de l’été qui précède le départ en pension d’Evie. Un après-midi, elle aperçoit dans le parc où elle est venue traîner, un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l’atmosphère d’abandon qui les entoure la fascinent. Très vite, Evie tombe sous la coupe de Suzanne, l’aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d’une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais aux yeux d’Evie, il est exotique, excitant, électrique, et elle veut à tout prix s’y faire accepter. Tandis qu’elle passe de moins en moins de temps chez sa mère, et tandis que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s’aperçoit pas qu’elle s’approche à grands pas d’une violence impensable, et de ce moment dans la vie d’une adolescente où tout peut basculer.

Je remercie l'agence Anne et Arnaud ainsi que les éditions de la TableRonde pour cette lecture !


French Touch : This novel explains how you can be manipulated when you are a teenager. The story is really interesting, dark and sick...



Chronique : Ce roman a déjà fait beaucoup parler de lui Outre-Atlantique et il fera beaucoup parler de lui pour cette rentrée littéraire : The Girls d'Emma Cline nous raconte une vision fictionnelle de la secte Manson mais il va bien au-delà en s'attachant à la thématique de l'adolescence.

Si vous pensez trouver entre ces pages des moments sanguinolents, violents au sens physique, ce n'est pas le bon livre que vous tenez entre vos mains. The Girls est un roman psychologiquement très fort, malsain et sombre mais Emma Cline n'a pas choisi de tomber dans la facilité, elle ne cherche pas à décrire les terribles meurtres qui ont rendu célèbre cette communauté... Bien au contraire : les noms sont modifiés, les faits sont changés pour se concentrer sur une jeune adolescente : Evie.

C'est ainsi que pour moi The Girls est plus un roman d'apprentissage qu'autre chose : il nous conte comment une adolescente qui manque d'amour parental va être amenée à chercher cet amour ailleurs. Un amour en échange de sa dévotion : un être qui peut être complètement et facilement manipulé car il n'a aucun repaire. C'est ainsi que Suzanne, une des filles les plus importantes dans la communauté sectaire, va réussir à façonner l'esprit et même le corps de l'adolescente. 

Ce qui est très intéressant dans ce livre c'est le fait de connaître Evie des années plus tard en tant qu'adulte et de voir comment elle perçoit son propre passé. On alterne ainsi le présent et le passé en démontrant que ce livre se veut plus universel qu'on ne le pense, que n'importe quelle secte aurait pu faire l'affaire, que le véritable sujet de ce livre est l'influence, la manipulation et l'adolescence. C'est très impressionnant de voir comment on peut réussir à faire croire certaines croyances à autant de personnes, comment on réussit à faire faire des actes à un ensemble d'êtres sans qu'il y ait aucune forme de révolte au point que les adeptes deviennent plus violent que l'instigateur. Malheureusement, la secte Manson n'a pas été la pire de l'Histoire et c'est d'autant plus effrayant...

En définitive, un premier roman qui est à la fois terrifiant et fascinant, âmes sensibles s'abstenir !


L'Echange - Eugenia Almeida

Lu en : V.F.
Traduction : François Gaudry
Résumé : À la sortie d’un bar, une jeune femme menace un inconnu puis retourne son revolver contre elle-même et se suicide, ça ne regarde pas la police. “Tout au plus un épisode confus. Sans danger pour les tiers.” Mais Guyot, le journaliste, s’obstine. Il veut comprendre. Il consulte des archives. Il lit les cahiers de la victime. Il cherche. Il ne voit pas les signaux d’alarme. Parfois, il vaut mieux laisser tomber. L’importance du passé est surestimée. Si les gens restaient tranquilles, tout irait mieux.  Les voix se multiplient. Beaucoup de coups de fil. Entre les mots, du silence. Des menaces avérées. Des crimes. L’atmosphère est opaque, l’air raréfié. La mécanique de la violence est encore bien huilée ; les anciens maîtres du pouvoir policier des années 80 ont du mal à prendre leur retraite et veulent aussi parler de leurs sentiments.


Je remercie les éditions Métailié pour cette lecture !


Chronique : Les éditions Métailié ont le don à chaque rentrée littéraire de me faire découvrir et aimer des livres qui sortent complètement de mes habitudes littéraires, après la révélation illska l'année dernière, voici L'Echange cette année ! 

Ce roman est à mes yeux très proche d'un policier journalistique, un roman vif, viscéral, efficient où les chapitres courts s'alternent très rapidement nous faisant suivre différents protagonistes sur la même intrigue : le suicide a priori sans intérêt d'une jeune femme. Et pourtant ce suicide sera le déclencheur d'une enquête essentielle pour Guyot, journaliste, une enquête qui le mènera à une propre introspection personnelle, qui amènera des conséquences tragiques sur son passage, qui bouleversera des vies et aboutira sur un très beau final !

Entre rebondissements politiques et révélations intimes, L'échange développe une histoire vraiment passionnante, je n'ai pas pu m'arrêter de le lire jusqu'à la fin tellement il est addictif. Ce fût pour moi une très belle surprise car si illska a été ma première lecture islandaise, L'échange est mon premier roman argentin : Métailié a réussit l'exploit de me faire sortir de mes lectures nord-américaines ! 

J'ai vraiment aimé la façon de raconter ce récit : on suit différents personnages entre les policiers, le journaliste, les politiques, les tueurs à gages... Il n'est pas véritablement question de s'y attacher même si il y a des moments très émouvants, il est question de s'identifier à eux, de s'identifier à cette volonté de connaître la vérité, de devenir nous-mêmes enquêteurs. Plus les pistes sont brouillées, effacées plus on a une envie vitale de savoir le fin mot de l'histoire.

En définitive, entre personnages fascinants, écriture addictive, intrigue passionnante, L'échange se révèle être une lecture indispensable de la rentrée littéraire ! Une véritable belle surprise !



mercredi 24 août 2016

Des hommes de peu de foi - Nickolas Butler



Chronique de : Scarlett
Traduction : Mireille Vignol
Résumé : Nelson a 13 ans en 1962 et passe l'été avec son père dans le Wisconsin, dans un camp scout dont il est le clairon. Cette histoire raconte le tournant qu'a été pour lui cet été-là et le suit dans différentes étapes de sa vie, notamment en 1996 et en 2019, et évoque les difficultés de l'âge adulte, d'être un bon père, un bon mari, un patriote...


 Merci aux éditions Autrement pour cette lecture !








Chronique :
"Combien de fois s'était-il retrouvé gisant sur le ciment, hilare, à penser : Je suis vivant, bordel, je suis vivant, la vie est belle, je suis vivant et bourré dans le Wisconsin!"

Ce roman est un récit  en trois parties , trois époques différentes dont le fil conducteur est un camp de scouts dans le Wisconsin , et qui verra des générations de garçons et leurs pères ou mères plus rarement venir apprendre des gestes de survie ,des valeurs de vie et venir partager des moments de camaraderie et se créer des souvenirs .

On rencontre tout d'abord Nelson adolescent solitaire et appliqué, soucieux de bien faire ce qui lui vaut d'être souvent la risée des autres jeunes. On croise aussi Jonathan qui s'apparente au seul ami de Nelson ,et  qui adulte reviendra lui aussi se créer des souvenirs avec son fils Trévor au camp alors que Nelson revenu en héros traumatisé de la guerre en est devenu le responsable respecté. Et plus tard , beaucoup plus tard , c'est Thomas qui reprendra le flambeau en accomplissant lui aussi le rituel des séjours de scouts.

Vous l'aurez compris , c'est une histoire d'hommes et de femmes (oui rassurez-vous elles sont présentes), c'est une histoire de passage de témoin. Un roman d'ambiance aussi , le Wisconsin des camps de scouts ,l'Amérique des soldats de retour du Vietnam ou d'Afghanistan , l'Amérique des cartes de baseball. C'est aussi l'éternelle chronique du temps qui passe, des rêves de chacun et des événements qui influent sur la vie. C'est un petit moment de vie d'un adolescent à un autre, d'un adolescent à l'adulte qu'il devient. 

On croise tellement de personnages attachants, Willburg le responsable du camp lorsque Nelson est jeune ado et qui sera son mentor, Dorothy sa mère affectueuse et Clete son père si absent. On verra Jonathan devenir   homme d'affaires , se perdre un peu dans des plaisirs faciles tout en essayant d'être un père présent .Pendant ce temps de retour du Vietnam Nelson n'aura de cesse d'essayer de se trouver , de trouver sa place au milieu des souvenirs de guerre qui le hantent. Et puis on s'attache à Trévor le fils de Jonathan , jeune adolescent sympathique ,amoureux fou de Rachel   qui lui aussi deviendra soldat d'élite. J'ai aussi beaucoup aimé Rachel l'épouse et veuve de Trévor qui essaye de faire perdurer la tradition des séjours "scout" avec son fils Thomas.

L'écriture de Nickolas Butler est pleine d'empathie envers ses personnages , elle est aussi douce et poétique comme des souvenirs chéris d'enfance. C'est un très beau moment de lecture que nous offre à nouveau l'auteur tout cela au son de la musique des Doors , Creedence Clearwater Revival , AC/DC ou Crosby Still and Young...C'est aussi emprunt de nostalgie , celle du temps qui passe, du temps passé, de ce qui a été, un très beau roman. Merci Monsieur Butler pour ce moment précieux.

"Cela dit...,l'amour n'appartient pas au domaine de la raison. L'amour est une émotion."

Chronique de Scarlett