vendredi 17 janvier 2020

Les Chroniques de Prydain [Le livre des trois] - Lloyd Alexander

Traduction : Marie de Prémonville
Résumé : Le jeune Taram est un apprenti porcher qui rêve d’aventures et de combats à l’épée. Pour sauver son pays menacé par la contrée voisine d’Annuvin, le Pays de la Mort, Taram devra affronter l’abominable Arawn et son seigneur de guerre, le Roi Cornu, monstre sanguinaire au masque à ramures de cerf. Pour l’épauler dans cette tâche, il s’entoure de compagnons inattendus : Eilonwy, la jeune princesse au caractère bien trempé ; Fflewddur, l’ancien roi devenu barde errant ; Doli, le nain revêche qui s’échine à devenir invisible ; et une créature étrange et sympathique du nom de Gurgi. Sans oublier Gwydion, le grand prince et héros de guerre. Avec leur aide, Taram partira à la recherche de Hen Wren, le cochon blanc dont les prophéties pourraient être le seul espoir de sauver Prydain, et qu’Arawn rêve lui aussi d’attraper. Il affrontera l’enchanteresse Achren, aussi belle que maléfique, rencontrera un peuple minuscule vivant sous terre, et devra mener ses compagnons à bon port avant les troupes de l’ignoble Seigneur de la Mort.



Chronique : Lorsque j'étais petite, j'étais un Jedi... Enfin j'étais surtout une fan du dessin-animé "Taram et le chaudron magique" et comme beaucoup d'entre vous j'ai tremblé face au méchant de l'histoire. Les éditions Anne Carrière nous offrent une chance incroyable de repartir au cœur de cette fantastique histoire en publiant en 2020 les cinq tomes de la saga Les Chroniques de Prydain !
 
Pour ce mois de janvier je vous invite donc à vivre une aventure extraordinaire dans la magie de notre enfance, au cœur d'un immense classique de la Fantasy : Le livre des trois, le premier tome de la saga. Ce roman contient tout ce que j'aime dans la littérature Fantasy, tout ce qui me fait rêver, m'émerveiller, voyager, j'ai tout simplement eu l'impression de revenir en enfance, c'est un livre qui plaira indéniablement aux jeunes lecteurs comme aux adultes !

Imaginez un mélange entre Terremer d'Ursula Le Guin et les légendes arthuriennes, vous pourrez ainsi vous imaginer toute la magie que contient Le livre des trois. L'intrigue est rythmée, vive mais en même temps pleine de poésie, de rebondissements. C'est à l'image d'une version jeunesse des Chroniques de Krondor : un roman d'apprentissage où un jeune homme va prendre son destin en main et faire face à de nombreux dangers avec l'aide de compagnons attachants. 

J'ai vraiment hâte de lire la suite pour voir l'évolution des personnages, les voir gagner en maturité, les voir vivre encore de belles péripéties. Je suis d'autant plus heureuse de savoir que les éditions Anne Carrière vont publier toute la série durant l'année permettant ainsi aux lecteurs ne pas avoir trop à attendre, ne pas perdre le fil tout en ayant un rendez-vous régulier tout le long de l'année.

J'attends maintenant avec impatience le tome 2 qui arrivera en février pour continuer mon exploration de l'univers passionnant de Lloyd Alexander et en attendant je vais regarder à nouveau Taram et le chaudron magique (si j'arrive à retrouver mon lecteur de cassette vidéo...).

En définitive, ce premier tome débute une saga incontournable de la Fantasy, un trésor à lire et à partager !

Pour information je lance demain un concours sur mon compte Instagram afin de faire gagner les cinq tomes de la saga ;)

jeudi 16 janvier 2020

Le Livre de Sarah - Scott McClanahan

Traduction : Théophile Sersiron
Résumé :  « Je n’ai qu’une certitude dans la vie. En vivant assez longtemps on se met à perdre des choses. On finit par se les faire voler : d’abord on perd sa jeunesse, et puis ses parents, et puis on perd ses amis, et puis finalement on se perd soi-même. »
Ainsi s’ouvre Le Livre de Sarah, ou le roman de Scott. Car Scott McClanahan est le personnage principal et le narrateur de cette chronique d’un naufrage. Celui de son mariage avec Sarah, la mère de ses deux enfants, mais aussi de l’homme lui-même, alcoolique notoire, autodestructeur et paranoïaque sur les bords.
Situé au cœur d’une petite ville déshéritée des Appalaches qui laisse peu de place au rêve, ce récit d’une sincérité bouleversante au style syncopé est sans doute le plus beau chant d’amour qu’on ait lu depuis longtemps. Le plus beau, le plus triste… et aussi le plus drôle.






Chronique : J'avais acheté par hasard en librairie le livre Crapalachia de Scott McClanahan et j'avais eu un très beau coup de cœur pour ce titre, j'attendais donc avec impatience ce nouveau roman.

Cet écrivain sait lier avec habileté l'intime et l'universel en nous comptant sa propre histoire, celle de sa famille dans Crapalachia, celle de son histoire d'amour/mariage avec Le Livre de Sarah. Si j'ai été très émue par le premier, je suis moins convaincue par le deuxième. 

J'ai retrouvé des ingrédients qui m'avaient fait aimer Crapalachia : la plume mordante, l'autodérision, le drame et l'intrigue personnelle qui nous permet en même temps d'appréhender la vie difficile dans les villes pauvres des Appalaches. En racontant sa vie, Scott McClanahan se fait le témoin, le porte-parole de plusieurs générations d'Américains qui vivent dans la pauvreté, qui n'arrivent pas à s'en sortir et qui ne savent même plus comment espérer des jours meilleurs.

En lisant Le Livre de Sarah j'ai eu l'impression de lire une version romancée du film Marriage Story mais au cœur des Appalaches. C'est un livre qui nous parle d'amour, de mariage mais aussi de divorce, de déception et de colère. C'est un livre où l'auteur n'hésite pas à se montrer sous ses mauvais jours, à parler de lui sans chercher à se cacher. On voit toute la démarche cathartique qui se cache derrière ce livre.

Après je n'ai pas été aussi émue que pour Crapalachia pour plusieurs raisons. J'ai trouvé que ce livre était beaucoup plus intimiste, que l'auteur livrait beaucoup de sa vie intime avec sa femme, que ce livre s'adressait en fait presque uniquement à elle et je me suis sentie un peu exclue. Ensuite j'ai trouvé que le narrateur-auteur était moins attendrissant, touchant que dans Crapalachia, je le trouvais plus égocentrique, plus tourmenté, plus antipathique.
 
En définitive, j'ai apprécié cette lecture mais je vous recommande de lire d'abord Crapalachia du même auteur.


mercredi 15 janvier 2020

Le petit-fils - Nickolas Butler

Traduction : Mireille Vignol
Résumé : Après trente ans à travailler dans un petit commerce, Lyle vit désormais au rythme des saisons avec sa femme Peg, dans leur ferme du Wisconsin. Il passe ses journées au verger où il savoure la beauté de la nature environnante. Leur fille adoptive, Shiloh, et leur petit-fils bien aimé, Isaac, se sont récemment installés chez eux, pour leur plus grande joie. Une seule ombre au tableau : depuis qu’elle a rejoint les rangs des fidèles de Coulee Lands, Shiloh fait preuve d’une ferveur religieuse inquiétante. Cette église, qui s’apparente à une secte, exige la foi de la maison entière et Lyle, en proie au scepticisme, se refuse à embrasser cette religion. Lorsque le prédicateur de Coulee Lands déclare qu’Isaac a le pouvoir de guérison, menaçant par là-même la vie de l’enfant, Lyle se trouve confronté à un choix qui risque de déchirer sa famille.






Chronique : J'ai eu l'occasion de lire tous les livres traduits de Nickolas Butler et je le compte parmi les auteurs les plus importants de sa génération. La lecture de son nouveau roman était donc incontournable.

Depuis maintenant quelques années je lis énormément de livres nord-américains, dès lors je suis souvent amenée à faire des comparaisons, à trouver qu'une intrigue ressemble à une autre, qu'un personnage fait écho à un autre. Le Petit-fils est un roman qui mêle avec justesse l'émotion, le drame et le social. En se basant sur des faits, Nickolas Butler a réussi à entremêler le réel et la fiction pour permettre aux lecteurs de se sentir encore plus concernés par le destin des protagonistes.

Il est vrai que j'ai pensé à d'autres histoires en me plongeant dans Le Petit-fils mais cela n'a pas entamé mon plaisir de lecture. Il est particulièrement dramatique de voir de tels événements avoir lieu encore aujourd'hui, de voir à quel point la manipulation et les sectes peuvent amener à de telles extrémités. J'ai été particulièrement émue par le personnage de Lyle qui voit sa fille tomber dans une secte, qui voit son petit-fils être mis en danger et sa famille imploser à cause d'êtres malsains.

Ce roman met en exergue l'amour d'un père pour sa fille, l'amour d'un grand-père pour son petit-fils, l'amour d'un mari pour sa femme. L'histoire d'une tragédie que rien ne semble pouvoir arrêter. J'ai lu ce livre en apnée, complètement focalisée sur le dénouement qu'allait nous proposer Nickolas Butler.

Après je n'ai pas eu le coup de cœur comme j'ai pu l'avoir avec le magnifique Retour à Little Wing pour deux raisons. Tout d'abord j'ai trouvé que ce roman aurait pu être plus émouvant, l'émotion principale que j'ai pu ressentir est de la colère notamment envers Shiloh (la fille de Lyle). Ensuite j'ai trouvé que la fin du livre était trop ouverte, précipitée et j'aurais aimé une fin plus touchante, plus percutante.

En définitive, malgré quelques petits bémols j'ai aimé le nouveau roman de Nickolas Butler sous la traduction de Mireille Vignol. 



mardi 14 janvier 2020

Gallmeister à l'honneur !


Entre les derniers titres de l'année 2019 et les premiers titres de l'année 2020, les éditions Gallmeister nous offrent comme toujours de très bons moments de lecture ! Aujourd'hui je vais ainsi vous parler de ces différents livres...

L'année commence avec un premier roman, Sugar Run de Mesha Maren (traduit par Juliane Nivelt), j'avais repéré ce titre dans sa version originale et j'étais donc d'autant plus heureuse de voir qu'il paraissait aux éditions Gallmeister. 

Mesha Maren fait des débuts extrêmement prometteurs avec ce roman, il est à la fois émouvant et rythmé, énergique et poétique. En suivant le chemin de Jodi et de Miranda, le lecteur va être entrainé dans un voyage inoubliable, dans une histoire d'amour, de drame, de rédemption. 

Jouant entre le passé et le présent, la romancière met en exergue l'importance de nos choix, des éternels recommencements, de cette quête de la seconde chance. J'ai été particulièrement admirative de l'écriture de l'écrivaine et je pense que je relirai ce livre en anglais pour pouvoir d'autant plus admirer la belle traduction de Juliane Nivelt.



Si je devais souligner un bémol à ce titre cela reposerait sûrement sur quelques longueurs qui auraient pu être évitées ou encore sur quelques éléments de l'intrigue qui font écho à d'autres histoires mais peu importe j'ai vraiment passé un très bon moment de lecture avec Sugar Run et j'ai hâte de découvrir d'autres livres de Mesha Maren.

Après le premier roman parlons de quelques grands retours et valeurs sûres. J'ai ainsi été enchantée de retrouver la plume de James Crumley sublimée par les illustrations de Rabaté et la traduction de Jacques Mailhos avec Le Canard siffleur mexicain. .

James Crumley est un des plus grands écrivains américains et chaque nouvelle édition présentée par Gallmeister nous permet de savourer avec délectation une histoire palpitante et originale. Ce que j'aime toujours autant chez Crumley c'est la personnalité si atypique des protagonistes et le caractère si déjanté de l'intrigue.

Si ce titre n'est pas mon préféré de l'auteur j'ai quand même retrouvé tout ce que j'aimais chez cet immense romancier et je tiens particulièrement à remercier les éditions Gallmeister pour ce travail de réédition très important.

Continuons ensuite avec la nouvelle enquête de Walt Longmire : Dry Bones. Là encore tous les ingrédients sont à nouveau réunis pour permettre aux lecteurs de Craig Johnson (traduit par Sophie Aslanides) de se régaler. 

Alors que nous en sommes à quelques tomes déjà je ne me lasse toujours pas de ce shérif si attachant, de ces personnages si charismatiques et de ces enquêtes au cœur du Wyoming. J'ai toujours été fascinée par cet État et je rêve d'un jour pouvoir y aller. Dès lors en attendant cette occasion chaque nouveau tome est pour moi un pur bonheur.

Je continue à recommander aux lecteurs de lire les enquêtes dans l'ordre afin d'apprécier d'autant plus l'évolution des personnages, dès lors si vous connaissez déjà Walt et ses amis n'hésitez pas à plonger dans cette nouvelle aventure et si vous souhaitez découvrir la plume de Craig Johnson, Little Bird vous attend en format poche !

Maintenant place à la collection Totem, collection consacrée au format poche absolument sublime avec des couvertures qui sont de véritables œuvres d'art !

Tout d'abord je tiens à saluer la réédition de L'Usine à lapins (traduction de Pierre Furlan), j'aime énormément les romans de Larry Brown et ce titre est un de mes préférés. Je vous invite vivement à découvrir cet auteur qui est pour moi un des auteurs incontournables de la littérature américaine. Peu importe par quel titre vous commencerez vous serez immédiatement accro et vous finirez par lire tous ses livres !



Ensuite j'ai été ravie de voir qu'un grand classique de la littérature américaine se voyait offrir une nouvelle traduction par Pierre Bondil et Johanne Le Ray : L'insigne rouge du courage de Stephen Crane. Un titre salué par Hemingway en personne ne peut qu'être une lecture inoubliable et je suis sortie de ce livre avec la certitude d'avoir un trésor entre les mains.

Dans la lignée du très beau Shiloh de Shelby Foote, Stephen Crane nous offre un récit non pas sur la guerre mais en temps de guerre, un roman centré sur un personnage et toutes ses pensées : le doute, la peur, le courage, l'espoir... En choisissant ce point de vue, l'auteur nous entraîne dans une histoire qui possède une grande force psychologique, une profonde humanité. Un classique à lire d'urgence !


Enfin terminons avec un titre inédit du grand David Vann : Le bleu au-delà (traduit par Laura Derajinski). J'avais eu un immense coup de cœur pour la plupart de ses livres et tout particulièrement Sukkwan Island et Un poisson sur la lune, dès lors ce recueil de nouvelles avait tout pour me plaire.

Avec ce titre on retrouve tout ce qui fait le caractère unique de l'œuvre de David Vann : l'intime et la tragédie se lient pour nous émouvoir, nous bouleverser. Pour ne pas se faire spoiler les titres précédents de l'auteur je pense qu'il faut avoir lu au moins Sukkwan Island avant de lire ce recueil mais au final je me dis que cela peut aussi être une belle porte d'entrée dans son univers.

Le bleu au-delà est un titre magnifique qui met en exergue toute la puissance de l'œuvre de l'écrivain.

Je termine ainsi ce tour d'horizon des dernières parutions Gallmeister, je pense que vous trouverez votre bonheur parmi ces différents titres !

samedi 11 janvier 2020

Disparaître - Mathieu Menegaux

Chronique de Scarlett 

Résumé : Une jeune femme met fin à ses jours à Paris, dans le XVIII° arrondissement.
Un homme est retrouvé noyé sur une plage, à Saint-Jean Cap Ferrat, sans que personne soit en mesure de l’identifier  : le séjour en mer l’a défiguré, et l’extrémité de chacun de ses doigts a été brûlée.
Quel lien unit ces deux affaires  ? Qui a pris tant de soin à préserver l’anonymat du noyé, et pour quelles raisons  ? Qu’est-ce qui peut pousser un homme ou une femme à vouloir disparaître  ?










Chronique :


"Une jolie petite morale : mieux vaut réinventer son couple que tout envoyer valser, pour des futilités ou une aventure dont on se lasse aussi vite qu’on s’est entiché. Morale judéo-chrétienne ou pragmatisme ?"

A Paris, une jeune femme se suicide. Sur la plage des Fosses de St Jean Cap-Ferrat un homme est découvert noyé. Qu’est ce qui peut bien relier ces deux drames ? A Paris, il y a aussi Esther, cette jeune femme récemment promue de l’Ecole centrale et qui se voit sélectionner pour devenir un des membres de l’élite de l’économie à la banque Richter. Esther , jeune provinciale un peu solitaire et isolée qui rêve de reconnaissance et qui ne se sent pas vraiment légitime à obtenir le meilleur , elle qui pourtant est une perfectionniste pathologique. A Paris, il y a aussi, Etienne Sorbier, l’illustre PDG de la filiale française de la big banque Richter. C’est un homme qui vit , respire et mange au rythme des résultats financiers. Ayant des habitudes balisées et rassurantes, une femme qu’il aime raisonnablement et une fille qui ne lui pardonne pas ses absences abyssales ; chez lui la raison prime sur la passion.

A Nice , plus au sud, il y a Grondin, capitaine de la criminelle, un grand mec arrivant de Bobigny qui aime son job. Le noyé de St Jean l’obsède  et il veut comprendre qui il est , et comment il est arrivé sur cette plage.
A Paris, il y a aussi Richter and Co , cette banque internationale qui représente le monde de la haute finance , des managing directors , du rendement, de l’efficience, du « sans état d’âme, et de la réussite professionnelle comme mode de vie incontournable.

Disparaître de Mathieu MENEGAUX nous livre un roman court et concentré. Les chapitres nous amènent de  Paris à Nice ;du  monde select de la finance de haut vol avec ses codes, son élitisme , sa violence larvée à Nice au milieu d’une enquête policière sur un noyé inconnu des radars .Et que ce soit dans la capitale ou dans le sud, il s’agit toujours d’histoires de femmes et d’hommes simples ou complexes, de destins qui se croisent ou non.
C’est un livre ou l’écriture fluide avec des touches d’humour nous permet de rentrer rapidement dans l’histoire et d’approcher très vite les personnages.

Mathieu Menegaux aborde de nombreux thèmes que ce soit la difficulté et la violence de certaines conditions et certains milieux de travail, ou bien la possibilité ou non à notre époque de pouvoir disparaitre totalement sans laisser aucune trace. Et puis il parle beaucoup de passion, de relations, de ce que chacun  des partenaires y investit ou non. C’est vraiment un roman à plusieurs niveaux que j’ai lu très vite et qui au-delà d’une apparente simplicité, interroge, nous interroge. C’est tout un art d’écrire un livre à tiroirs qui questionne sur la dureté de notre société mais aussi sur la douceur que de nombreuses personnes y cherchent…
Très bon moment de lecture.

"Un cri. Une seconde et demie de cri, ce n’est rien, à peine le temps de se demander d’où cela vient et avoir le réflexe de lever la tête, mais c’est déjà trop tard."



jeudi 9 janvier 2020

Sang chaud - Kim Un-su

Traduction : Kyungran Choi & Lise Charrin
Résumé : Huisu, homme de main pour la mafia de Busan, atteint la quarantaine avec pas mal de questions. Jusque-là, il n’a vécu que pour les coups tordus, la prison, les exécutions, tout ça pour se retrouver dans une chambre minable, seul, avec pour horizon des nuits passées à dilapider son argent au casino. Il est temps de prendre certaines résolutions.
Avec un solide couteau de cuisine dans son poing serré.













Chronique :
 
2020 signe la naissance d'une maison d'édition qui aura une place d'honneur sur le blog en 2020 et pour les années à venir. Je souhaite ainsi un merveilleux succès à la maison d'édition Matin Calme créée par Pierre Bisiou et Irene Rondanini et dont la toute première publication, Sang chaud, annonce le retour d'un très grand écrivain : Kim Un-su !

Avec cette première parution, les éditions Matin Calme nous offrent un excellent polar qui plaira à tous les amoureux de la littérature coréenne et plus généralement à tous les amoureux du polar. Vous avez adoré les films comme Le Parrain, Scarface ou encore plus récemment The Irishman ? Voici le polar qu'il vous faut !
 
Avec "Sang chaud" Kim Un-su nous livre encore une fois un polar unique en son genre qui nous plonge au cœur de l'ambiance si particulière de la ville de Busan, au cœur des manigances criminelles et politiques.
L'écrivain mêle avec brio l'histoire personnelle d'un criminel à un cadre spatio-temporel fascinant. Vous cherchez ainsi à ouvrir vos horizons littéraires ? "Sang chaud" répondra à toutes vos attentes !

En lisant ce nouveau roman de Kim Un-su, j'y ai retrouvé tout ce que j'avais aimé dans "Les Planificateurs" (qui fera bientôt l'objet de plusieurs adaptations, coréenne et américaine) avec en plus la totale découverte de Busan. Il y a l'atmosphère si bien retranscrite de l'univers de la mafia coréenne, le lien entre le crime et les politiques, toutes les guerres liées aux différents territoires, toutes les trahisons et tous les mensonges. Il y a aussi l'aspect humain grâce au personnage de Huisu : un criminel, un "père adoptif", un amant, un homme tout simplement. Il y a aussi cet humour si particulier et en même temps si efficace qui donne toute sa saveur au roman.

Tout comme "Parasite" a permis à énormément de spectateurs de découvrir le cinéma coréen, tout comme la saga Millénium a pu permettre au polar scandinave/nordique de prendre son essor, j'espère de tout cœur que les publications Matin Calme permettront au lectorat français de découvrir toute la force, toute l'originalité du polar coréen. Pour ma part je ferai tout pour apporter ma pierre à l'édifice et vous donner envie de surfer sur la vague du polar coréen.

Sang chaud signe les débuts d'une maison d'édition formidable, je vous donne rendez-vous en mars pour vous parler de leur prochaine parution et en attendant... Précipitez-vous en librairie !



samedi 4 janvier 2020

Là où chantent les écrevisses - Delia Owens

Lu en V.O. et V.F.
Traduction : Marc Amfreville
Résumé :  Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent. A l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie. Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…





Chronique

Recommandé par le célèbre (et excellent) club de lecture de Reese Witherspoon, j'avais eu la chance de lire ce livre en langue originale avant de le relire avec plaisir dans sa traduction française. Ce livre a remporté un succès retentissant aux Etats-Unis, il a tout pour plaire aussi au lectorat français.

Là où chantent les écrevisses est le tout premier roman de Delia Owens, c'est surtout un roman extrêmement riche qui peut plaire à énormément de lecteurs. Il peut plaire aux amoureux de littérature nord-américaine, aux amoureux du polar, aux amoureux des romances, aux amoureux des tragédies, aux amoureux du nature writing, à ceux qui cherchent un livre avec une héroïne forte et inoubliable, à ceux qui souhaitent lire une histoire magnifique, sensible où l'humain se mêle à la nature, où la tragédie se mêle à l'espoir, où le mystère s'entremêle à la vérité.

Cela faisait quelques semaines que je n'arrivais plus tellement à lire de romans américains (car je les comparais immédiatement à des œuvres précédentes), en relisant en version française ce livre j'ai eu la sensation de retrouver tout ce que j'aimais dans la littérature nord-américaine, de retrouver le chemin de cette littérature unique et sublime. 

Au travers de l'excellente traduction de Marc Amfreville, le lecteur va plonger au cœur d'une petite ville de Caroline du Nord et surtout au cœur de ses marais où la nature reprend ses droits et où on peut espérer un jour atteindre le lieu où chantent les écrevisses (et pour comprendre cette expression je ne peux que vous inviter à lire ce livre).

Dès les premières pages le lecteur sera happé dans l'histoire de Kya, une jeune enfant courageuse et intelligente, qui va être abandonnée progressivement par toute sa famille. En la voyant grandir, murir, s'affirmer, le lecteur va l'aimer immédiatement et l'aimer encore plus au fil des pages. Kya fait partie de ces héroïnes d'une grande force pour lesquelles le lecteur ne peut ressentir qu'admiration et amour.

Au travers de ce livre, Delia Owens nous parle des préjugés, nous parle du racisme, nous parle de l'amour, nous parle de l'abandon, de la solitude et de la nature. 

J'ai adoré son idée de mélanger le passé (l'enfance, l'adolescence puis le passage à l'âge adulte de Kya) et le présent du roman (1969) où un jeune homme très populaire a été assassiné. Mêler le romanesque à l'aspect plus "polar" du livre amène le lecteur à tourner les pages tout en souhaitant ne pas aller trop vite pour ne pas quitter Kya.

Il me reste encore deux ou trois roman américains à lire pour cette rentrée d'hiver mais il me semble que si je ne devais conseiller qu'un seul titre nord-américain pour ce début d'année ce serait indéniablement celui-ci.




vendredi 3 janvier 2020

Les Passagers - John Marrs

Traduction : Vincent Guilluy
Résumé : L’Angleterre, demain, ou peut-être après-demain. Les voitures sans conducteur sont devenues obligatoires.  » Un réel progrès pour la sécurité de tous « , se dit-on. Mais quand un hacker prend le contrôle de huit véhicules, le progrès devient une menace. Mortelle. Les huit véhicules et leurs passagers sont programmés pour rouler vers une collision aussi spectaculaire que fatale. Impossible, pour les autorités, d’intervenir : les voitures exploseraient. Tous vont mourir. Tous, sauf celui ou celle que le public décidera de sauver via les réseaux sociaux. Chaque passager doit plaider sa cause pour influencer les votes, en se présentant sous son meilleur jour. Mais le hacker connaît aussi leurs secrets les plus sombres… ET VOUS, QUI SAUVERIEZ-VOUS ?








Chronique : Après l'énorme coup de cœur que j'ai eu pour "Âmes sœurs" (que je continue de vous recommander chaudement), j'attendais avec grande impatience l'arrivée du nouveau roman de John Marrs et je peux vous dire que je n'ai pas été déçue !

Avec John Marrs, le genre du polar a trouvé une nouvelle voix absolument incontournable et très originale. Si vous êtes un fan absolu de la série Black Mirror (comme moi) ou si vous adorez les polars mêlés à l'anticipation, qui nous permettent de réfléchir en même temps sur les dangers de l'omniprésence des technologies et autres problématiques futuristes (et en même temps très contemporaines), les romans de John Marrs sont faits pour vous ! Vous cherchez un page turner redoutable ? Les romans de John Marrs sont aussi faits pour vous. Vous cherchez un polar unique en son genre et percutant ? Les polars de John Marrs sont faits aussi pour vous. Vous l'aurez compris, l'univers de John Marrs est fait pour vous (et pour vous aussi).

Comme pour toutes les publications de la collection Thriller des éditions Hugo, le lecteur va plonger immédiatement dans une intrigue addictive, dans un univers littéraire où l'aspect cinématographique est très présent, où on voit déjà comment ce livre pourrait être adapté en série T.V. ou en film, où on attend déjà avec impatience son adaptation en fait car on a déjà terminé le livre (en ne le lâchant pas une seule seconde) et qu'on en redemande.

Si Les Passagers est, à mes yeux, moins puissant et émouvant qu'Âmes sœurs, il n'en reste pas moins un excellent thriller qui tient toutes ses promesses. Au travers de ce livre le lecteur va découvrir différents personnages, avec leurs défauts et leurs secrets, va être amené dans une intrigue qui va à cent à l'heure, dans une histoire fascinante qui se conclut en beauté par un final époustouflant. Lire Les Passagers c'est signer pour une lecture immersive qui  nous fait complètement oublier notre quotidien (et qui nous fait nous coucher à 3h du matin).

Vous l'aurez compris, je suis sortie conquise de cette lecture et j'ai hâte de retrouver John Marrs pour un nouveau polar !


jeudi 2 janvier 2020

Kim Jiyoung, née en 1982 - Cho Nam-joo

Traduction : Kyungran Choi & Pierre Bisiou
Résumé : Kim Jiyoung est une femme ordinaire, affublée d’un prénom commun – le plus donné en Corée du Sud en 1982, l’année de sa naissance. Elle vit à Séoul avec son mari, de trois ans son aîné, et leur petite fille. Elle a un travail qu’elle aime mais qu’il lui faut quitter pour élever son enfant. Et puis, un jour, elle commence à parler avec la voix d’autres femmes. Que peut-il bien lui être arrivé ?
En six parties, qui correspondent à autant de périodes de la vie de son personnage, d’une écriture précise et cinglante, Cho Nam-joo livre une photographie de la femme coréenne piégée dans une société traditionaliste contre laquelle elle ne parvient pas à lutter. Mais qu’on ne s’y trompe pas : Kim Jiyoung est bien plus que le miroir de la condition féminine en Corée – elle est le miroir de la condition féminine tout court.






Chronique :
Tout d'abord je vous souhaite à toutes et à tous une très belle année, riche en magnifiques découvertes littéraires ! 

Je suis très heureuse de commencer 2020 avec la chronique de "Kim Jiyoung, née en 1982" qui est, à mes yeux, un des titres les plus importants de cette rentrée d'hiver.

Comme j'ai pu l'annoncer sur les réseaux sociaux, la littérature coréenne a pris une place importante dans mes lectures et je souhaite particulièrement la mettre en avant cette année (et pour les années à venir) sur le blog. La création d'un club de lecture (le "Hanbo(o)k Club") a été la première étape, la deuxième est de vous recommander des titres incontournables. Comme toujours tout ce que je souhaite est partager ma passion avec vous. Quoi de mieux pour commencer l'année que de vous recommander ce titre ?

Au travers de cette histoire, la romancière Cho Nam-joo nous offre un roman percutant et universel. Lire "Kim Jiyoung, née en 1982" c'est tout simplement lire une transcription intime de l'histoire universelle des femmes, c'est plonger au cœur de toutes les problématiques, de toutes les controverses liées au fait d'être une femme dans un monde contemporain où le combat pour l'égalité n'est pas encore terminé.

Au tout début le lecteur pensera lire, découvrir le quotidien d'une femme en Corée du Sud puis progressivement, pas à pas, il comprendra que c'est l'histoire de chaque femme, c'est notre histoire. C'est la mienne et la vôtre. 

Toute la force de ce livre repose principalement sur le choix de narration effectué par Cho Nam-joo. Vous comprendrez à la fin pourquoi ce livre semble tout nous conter de façon neutre, sans aucun jugement, sans aucun sentiment, de manière détachée. Parce qu'au travers de l'histoire personnelle de Kim Jiyoung, nous faisons surtout face à tous ces gestes du quotidien, tous ces faits anecdotiques sur lesquels reposent une société inégalitaire. Toutes ces choses a priori anodines, pour lesquelles nous nous sommes habitué(e)s et qui pourtant ne devraient pas être. En donnant une nouvelle perspective à tous ces faits, en les exposant simplement sans aucune forme de jugement, Cho Nam-joo amène le lecteur à avoir une prise de conscience d'autant plus frappante. Peu importe votre sexe, ce livre est écrit pour chacun, il parlera à tous.

A priori la narration quasi neutre du livre pourrait enlever tout l'aspect émotionnel du roman mais bien au contraire. Que vous ayez vécu ce que Kim Jiyoung a vécu ou non, l'empathie viendra au final de la compréhension de ce qu'elle a pu vivre, de l'appréhension de ce qu'elle a pu ressentir, de ce que nous avons pu ressentir, de ce dont nous avons été témoins, de ce que nous voyons au jour le jour. 

Pour moi ce livre est vraiment un roman féministe incontournable, à mettre entre toutes les mains. Un roman à poser à côté des livres Simone de Beauvoir, Gloria Steinem, Cheryl Strayed, Betty Friedan, Chimamanda Ngozie Adichie, Maya Angelou, Virginia Woolf ou encore Olympe de Gouges et bien d'autres. Aux côtés de toutes ces femmes qui ont osé un jour élever la voix pour dénoncer ce qui ne devrait pas être, pour mettre en avant la possibilité d'une autre voie, la possibilité de changer les choses. Cho Nam-joo fait partie de ces femmes puissantes que j'admire tellement.
 
Je souhaite à ce livre un très beau succès, je souhaite à ce livre de trouver sa place dans votre bibliothèque, je souhaite à ce livre la chance d'entrer dans votre cœur et de vous donner envie d'en parler autour de vous et d'élever la voix à votre tour

Je tiens à remercier particulièrement Claire Do Sêrro et Lisa Labbe d'avoir pris sous leurs ailes ce roman pour l'offrir au public français, je tiens aussi à remercier les deux traducteurs Kyungran Choi & Pierre Bisiou pour leur travail formidable. J'ai commencé récemment l'apprentissage du coréen et j'espère un jour pouvoir lire ce roman en langue originale, en attendant nous avons la chance que ce livre soit traduit par deux remarquables traducteurs.

Et n'oubliez pas...

Nous sommes toutes Kim Jiyoung.