vendredi 22 septembre 2017

Une colonne de feu - Ken Follett

Lu en  : V.F.
Traduction : Arnaud, Brèque, Demange, Haas et Gouyé-Guilbert
Résumé : En 1558, les pierres patinées de la cathédrale de Kingsbridge dominent une ville déchirée par la haine religieuse. En Angleterre, Elisabeth Tudor devient reine et le pouvoir passe de manière précaire des mains des catholiques à celles des protestants. Toute l'Europe se dresse contre elle. La jeune souveraine, habile et déterminée, crée les premiers services secrets du pays, afin d'être avertie à temps des complots qui se trament contre sa vie, des projets de rébellion et des plans d'invasion. À Paris, Marie reine d'Écosse, proclamée souveraine légitime de l'Angleterre, attend son heure. Jeune femme séduisante et obstinée appartenant à une famille française d'une ambition sans scrupule, elle possède de nombreux partisans qui intriguent pour se débarrasser d'Elisabeth. Ned Willard n'a qu'un désir : épouser Margery Fitzgerald. Mais lorsque les amoureux se retrouvent de part et d'autre de la fracture religieuse qui divise le pays, Ned se place au service de la princesse Elisabeth. En ce demi-siècle tourmenté où l'extrémisme attise la violence d'Edimbourg à Genève en passant par Paris, l'amour entre Ned et Margery paraît condamné. 


Je remercie les éditions Robert Laffont pour cette lecture !




Chronique : Ken Follett est un monument de la littérature, un formidable romancier, un conteur incroyable et voici son dernier chef d'œuvre !

Une colonne de feu s'inscrit dans la saga Kingsbridge, une saga qui aura su conquérir des milliers de lecteurs dont moi-même, une saga qui fait rêver, une saga qui fait voyager, qui nous fait vivre des moments extraordinaires de l'Histoire, une saga sans précédent, une saga inoubliable. Ce nouvel opus est tout aussi passionnant que les précédents, tous les ingrédients sont réunies pour le coup de coeur ! 

Tout d'abord on retrouve une formidable galerie de protagonistes : le jeune Ned, protestant, qui souhaite venger sa famille et inscrire son pays dans une ère de tolérance religieuse; Margery, catholique, qui veut trouver le bonheur malgré ses devoirs de fille et de future épouse; Sylvie, une protestante française, courageuse et déterminée; l'ambitieux et sournois Pierre; le cruel et fanatique Rollo... Les protagonistes de papier vont rencontrer aussi des grands personnages historiques comme Marie Stuart, Elisabeth Ire, Catherine de Médicis... Tous ces portraits sont fascinants !

Il faut aussi souligner un récit addictif où le lecteur va apprendre énormément sur cette époque, sur les enjeux politiques, sur les événements historiques : le massacre de la St-Barthélémy, la conspiration des poudres avec Guy Fawkes... J'étais déjà extrêmement intéressée par cette période mais j'ai été ébahie à nouveau par le travail de documentation de l'auteur qui réussit à allier ses connaissances à son intrigue.

Une colonne de feu est un très bon page turner, plus de 900 pages de bonheur livresque, d'aventures, d'amour, de passion, de guerre, de manipulation, de résistance... Si j'ai trouvé la fin plus triste et mélancolique que les tomes précédents, je me suis régalée et je me suis énormément attachée -notamment- à Sylvie qui est une héroïne fantastique.

En définitive, Ken Follett confirme encore et toujours qu'il est LE grand romancier du genre historique ! 



Inavouable - Zygmunt Miloszewski

















INAVOUABLE
De Zygmunt Miloszewski
Traduit par Kamil Barbarski
Éditions Fleuve Noir

Zakopane, décembre 1944, Roman Klosowiscz 21 ans, résistant, serre contre sa poitrine un étui métallique que lui a donné un officier nazi. Alors qu’il est pris dans une tempête de neige « …à cet instant précis, le sort de la planète dépendait trop de lui pour qu’il puisse échouer. »
Non loin de là, dans l’hôtel que vient de quitter Roman, un homme contemple par l’une des fenêtres  la tempête qui se déchaine. Après une ultime hésitation, il croque sa capsule de cyanure.

De nos jours, Varsovie, « le portrait du jeune homme » du peintre Raphael est localisé. Une équipe se met en place, quatre personnes venant d’univers différents vont avoir leurs vies liées par une quête pour retrouver des œuvres polonaises volées par les nazis pendant la deuxième guerre mondiale.

Zygmunt Miloszewski est écrivain et scénariste, né à Varsovie en 1976. Ses romans sont traduits en dix-sept langues. En France, grâce à sa trilogie de romans policiers mettant en scène le procureur Theodore Szacki, il a été finaliste du Grand Prix des lectrices de ELLE, du Prix du polar à Cognac et du Prix du polar européen du Point. Dès sa sortie en 2016 La Rage (Fleuve Éditions ; Pocket, 2017) a reçu le Prix Transfuge du meilleur polar étranger.

Source Fleuve Éditions

Grybouille,

Nous retrouvons notre auteur polonais préféré Mister Zygmunt Miloszewski, mais dans un autre registre.
Nous avions laissé le procureur Théodore Szacki dans « La Rage », le troisième volet d’un polar qui a fait connaitre en France cet auteur venu de l’Est.
Pour « Inavouable » changement de registre, nous nous retrouvons dans un très bon thriller qui prend ses origines dans la deuxième guerre mondiale. En marge des combats et de l’expansionnisme Nazi, les dirigeants de l’époque s’accaparent les œuvres d’art dans les pays conquis. La Pologne en fait partie…
En décembre 1944, à Zakopane dans la chaine des Tatras, un jeune résistant se voit confier par un officier SS un étui métallique à l’intérieur le « plus grand trésor de cette guerre ». Une tempête de neige rendra à néant ses efforts de se rendre en Angleterre avec le précieux chargement…

De nos jours, faisant suite à des événements pilotés par une puissance étrangère sur le mont Kasprowy Wierch. Une équipe est constituée pour retrouver des œuvres d’art, mais cette mission devient très rapidement une mission à hauts risques.
Certains mystères de l’Histoire ne sont pas faits pour être mis à jour…

L’équipe,
Zofia Lorentz, docteur en art, mandatée par le premier ministre polonais
Anatol Gmitruk, ex-major, un retraité des services secrets
Karol Boznanski, un négociant international et expert du marché de l’art
Lisa Tolgfors, cambrioleuse suédoise, son surnom « Ronja »

Les méchants,
Les autres…Tous les autres…


 « …l’art, ce n’est pas comme la politique où on peut parader en contrefaçons. Le style a son importance. »
« La douleur après une perte est un costume d’épines. »
« La peinture, c’est de la lumière. C’est de la physique de base. La lumière extrait toute chose du néant…Peindre, c’est tenter de restituer cet instant fugace… »
« On nous reniera… »

Faute avouée, à moitié pardonnée ?
Vous le découvrirez en lisant ce roman qui vous tiendra en haleine du début à la fin…
Vous aussi partez à la chasse aux secrets !

Zygmunt Miloszewski, un auteur qui monte, qui monte…Alors n’attendez pas qu’un autre lecteur vous en parle soyez les premiers…

@ Très bientôt chers Tous,



jeudi 21 septembre 2017

L'Embaumeur - Isabelle Duquesnoy

Lu en : V.F.
Résumé :Victor Renard n’eut jamais de chance avec les femmes. À commencer par sa mère, l’épouvantable Pâqueline, qui lui reprochait d’être venu au monde en étranglant son frère jumeau de son cordon ombilical. Puis ce fut Angélique, la prostituée, qui se moquait des déclarations enflammées de Victor et de sa difformité, comme de sa « demi-molle ». Victor échappe pourtant à sa condition misérable : il devient embaumeur. Avec les cadavres, au moins, le voilà reconnu. Et en ces temps troublés, quelle meilleure situation ? Les morts, après la Révolution, ne manquent pas dans Paris… Mais le sort le rattrape et l’épingle, comme le papillon sur l’étaloir. Face à ses juges et à la menace de la guillotine, Victor révèle tout : ses penchants amoureux, les pratiques millénaires de la médecine des morts, le commerce des organes et les secrets de sa fortune. Où l’on découvrira que certains tableaux de nos musées sont peints avec le sang des rois de France…




Je remercie les éditions de La Martinière et l'agence Anne et Arnaud pour cette lecture !


Chronique : L'Embaumeur est un des titres les plus surprenants de cette rentrée littéraire !

Isabelle Duquesnoy nous conte une histoire fascinante et très originale. Le lecteur va ainsi découvrir l'ultime confession de Victor Renard : une vie entre drame, rire et amour; une vie des plus inattendues aux nombreux rebondissements. Tout commence par la naissance de cet être qui voit aussi venir la mort de son frère jumeau le même jour. Tout commence par un drame et terminera par un drame mais pourtant ce récit est d'une jouissance extrême !
En effet, j'ai eu l'impression de retrouver le style jouissif, remplie d'allégresse de Rabelais avec Isabelle Duquesnoy : une jouissance dans les mots, dans les phrases, dans les situations. Victor Renard est un être à part tant par son physique désavantageux que par son esprit atypique. A ses côtés il y a cette mère que l'on déteste : une mère violente, désagréable et égoïste; Angélique, le grand amour du héros... Une galerie de protagonistes extraordinaires et uniques qui sont tous inoubliables à leur manière.

Cette lecture est aussi extrêmement enrichissante puisque l'on sent tout le travail de documentation effectuée par l'auteure. On apprend énormément sur cette époque gouvernée par les conséquences de la Révolution Française, sur les us et coutumes, sur les mœurs. La romancière réussit ainsi à mêler le savoir et la fiction, le plaisir des mots et celui de la connaissance. J'ai aussi énormément appris sur le métier d'embaumeur, certes j'ai trouvé que parfois il y avait trop d'informations sur ce métier au point de ralentir le récit mais cela restait très intéressant.

En définitive, entre moments dramatiques, émouvants et burlesques; Isabelle Duquesnoy nous offre un excellent roman historique !


Zero K - Don DeLillo

Lu en : V.F.
Traduction : Francis Kerline
Résumé :Choisir de mourir pour prendre la mort de vitesse, décider de se transformer en créature-éprouvette dans l’attente de jours meilleurs afin de revenir au monde en être humain augmenté et radicalement inédit, telle est l’offre de “Zero K”, un centre de recherches secret. Son principal actionnaire, le richissime Ross Lockhart, décide de faire appel à ses services pour son épouse, atteinte d’une maladie incurable, et convoque son fils unique pour assister à la fin programmée de la jeune femme consentante.
Un roman d’une puissance et d’une portée rares, tant sur le plan littéraire que philosophique.

Je remercie les éditions Actes Sud pour cette lecture !






Chronique : Don DeLillo est un monument de la littérature nord-américaine, voici son nouveau roman !

Zero K est à l'image de la majeure partie des œuvres de l'auteur : c'est un livre complexe, riche, original. Il y a de nombreuses réflexions existentielles, philosophiques et éthiques qui recouvrent l'ensemble de ce livre. Ce dernier nous permet de se questionner sur la mort, la vie, sur la volonté de l'homme à contrôler le temps, l'espace, son univers et celui des autres. Sur cette pulsion de l'homme à se prendre pour un dieu vivant au point de dénaturer sa condition de mortel.

Nous sommes dans un roman d'anticipation a priori mais pourtant tout semble concorder avec notre époque: cette peur omniprésente de la mort et notre souhait d'y échapper. Le récit est conté du point de vue de Jeffrey, un homme qui lui aussi se pose des questions sur les agissements de son père et sur les choix de chacun. C'est un personnage intéressant du fait de son intelligence et de ses nombreuses remises en question.

Si ce livre n'est pas un coup de cœur cela repose principalement sur cette réflexion continue qui prend parfois le pas sur l'action. C'est extrêmement intéressant mais j'aurais aimé que la lecture soit plus rythmée, plus émouvante et moins dans l'introspection. Cela reste bien entendu un bon roman, Don DeLillo démontre tout son art à mélanger la fiction et les controverses contemporaines avec talent. 

En définitive, une lecture intéressante sur des thématiques modernes essentielles.













mercredi 20 septembre 2017

La Nature des choses - Charlotte Wood

Lu en : V.F.
Traduction : Sabine Porte
Résumé :Dix femmes emprisonnées au milieu du désert australien. Dix femmes au crâne rasé, vêtues d’habits étranges. Trois geôliers, vicieux et imprévisibles, pour les surveiller. Un jour, la nourriture vient à manquer. Pour elles comme pour eux. Et les proies se changent en prédatrices.

Je remercie les éditions JC Lattès pour cette lecture !











Chronique : La Nature des choses est un thriller extrêmement surprenant et atypique.

Le lecteur va tout de suite entrer dans le vif du sujet. Aucune transition, pas réellement de début sans même une véritable fin. C'est un livre brutal, dur, à vif tant dans le fond de l'intrigue que dans la forme et le style. Il ne peut être mis entre toutes les mains et son caractère très original amènera des réactions opposées selon le lecteur : soit vous adorerez soit vous serez complètement perdu dans la narration.

Si au départ je m'attendais à un thriller classique où l'histoire reposerait sur le pourquoi de cet emprisonnement imposé à ces dix femmes, sur le pourquoi des agissements de ces trois geôliers; en réalité il n'en est rien. Tout repose sur cette nourriture qui vient à manquer et sur les conséquences de la faim, de cette situation extrême sur chacun. Charlotte Wood impose des conditions terribles à ses personnages et les poussent à bout afin d'obtenir une ambiance insoutenable.

Tout est question de survie, de comment un humain va réagir lorsque il est essentiellement conditionné sur ses besoins primaires. C'est un roman qui vous hante, qui est frappant, presque malsain, très perturbant. Chaque personnage est différent, et même si la romancière se focalise sur seulement certaines héroïnes, on reste fasciné par chaque personnalité qui compose l'histoire.

Pour ma part si j'ai aimé ce côté original et viscéral dans l'ensemble, j'ai été un peu déçue de ne pas avoir véritablement une fin à ce livre. J'aurais aimé que l'aspect thriller soit plus présent que celui propre à la psychologie et la survie. J'ai trouvé que le récit aurait gagné à être plus rythmé même si cela reste un bon page turner.

En définitive, un roman atypique, percutant malgré quelques longueurs.


La tanche - Inge Schilperoord

Lu en : V.F.
Traduction : Isabelle Rosselin
RésuméCouronné par le Bronze Owl, nommé cinq fois livre de l'année par la presse, finaliste des plus grands prix littéraires, un premier roman qui a semé le trouble aux Pays-Bas en s'attaquant à un sujet tabou : entrer dans la tête d'un homme en lutte contre lui-même et contre ses pulsions pédophiles. Sombre et captivante, une lecture choc et pourtant nécessaire. En cette étouffante journée d'été, Jonathan sort de prison. Dans le bus qui le ramène chez sa mère, il se répète ce que lui a dit le psychologue : ce n'est pas lui qui est mauvais, ce sont ses actes. Et s'il parvient à organiser rigoureusement ses journées, il sera un homme meilleur. Jonathan se le promet. Il va s'occuper de sa mère asthmatique, retourner travailler à l'usine de poissons, promener le chien, aller à la pêche. Il restera seul, il ne parlera à personne, il va s'occuper les mains, l'esprit, tout faire pour ne pas replonger. Car il le sait, s'il a été libéré, faute de preuves, le psy a parlé d'un taux de récidive de 80 %. Il ne doit pas se laisser déborder à nouveau.  Or, dans ce quartier en démolition où vit sa mère, vivent aussi une jeune femme et sa fillette...



Je remercie les éditions Belfond pour cette lecture !


Chronique : Voilà un roman très particulier de la rentrée littéraire, un roman au sujet difficile mais traité avec intelligence par son auteure.

La tanche c'est l'histoire d'un pédophile. Sujet tabou, sujet terrible, comment réussir à aborder un tel sujet sans entrer dans le scabreux ? Ce livre n'est pas à mettre entre toutes les mains certes mais Inge Schilperoord réussit à faire un roman à l'ambiance sombre, malsaine, dramatique sans jamais se focaliser sur les scènes qui pourraient heurter le lecteur.

En effet elle se concentre sur la psychologie, sur ce personnage principal que l'on déteste pour ses pensées, pour ses agissements, pour sa perversion mais pour qui on arrive cependant à éprouver une certaine pitié du fait de sa volonté à se défaire de ses pulsions. Il faut être une écrivaine talentueuse pour opérer ce tour de force avec un tel personnage.

La tanche est un roman court et percutant, un roman qui traite d'une thématique extrêmement dure. Si j'ai trouvé que cette histoire avait une force psychologique rare, je dois avouer que j'ai trouvé que le livre souffrait parfois de redondances dans l'introspection personnelle du protagoniste. L'atmosphère très pesante du livre est omniprésente, la peur de voir le drame arriver est constante. Ce n'est pas un roman à lire si on souhaite s'évader et se détendre. 

En définitive, un roman portant en son sein un drame terrible, un sujet effrayant traité avec intelligence. Il faut se sentir prêt à rentrer dans un tel récit...


mardi 19 septembre 2017

Les sables de l'Amargosa - Claire Vaye Watkins

Lu en : V.F.
Traduction : Sarah Gurcel
Résumé :  Une terrible sécheresse a fait de la Californie un paysage d’apocalypse. Fuyant Central Valley devenue stérile, les habitants ont déserté les lieux. Seuls quelques résistants marginaux sont restés, prisonniers de frontières désormais fermées, menacés par l’avancée d’une immense dune de sable mouvante qui broie tout sur son passage. Parmi eux, Luz, ancien mannequin, et Ray, déserteur « d’une guerre de toujours », ont trouvé refuge dans la maison abandonnée d’une starlette de Los Angeles. Jusqu’à cette étincelle : le regard gris-bleu d’une fillette qui réveille en eux le désir d’un avenir meilleur. Emmenant l’enfant, ils prennent la direction de l’Est où, selon une rumeur persistante, un sourcier visionnaire aurait fondé avec ses disciples une intrigante colonie…




Je remercie les éditions Albin Michel pour cette lecture !


Chronique : Les sables de l'Amargosa est un premier roman réussi et qui me permet de découvrir la talentueuse Claire Vaye Watkins.

Imaginez la fin du monde tel que vous le connaissez, imaginez la fin de notre civilisation. Imaginez que Mad Max soit devenu notre réalité. Imaginez que La Route (C. McCarthy) ne soit plus une simple fiction. Claire Vaye Watkins nous plonge dans un univers post-apocalyptique dans la lignée des grands classiques du genre tout en y apportant de l'originalité et de la passion.

Originalité tout d'abord avec son style atypique, elle mélange ainsi le nature writing américain avec des descriptions magnifiques de ces paysages dévastés à des dialogues durs, arides et percutants. Elle arrive par ailleurs à apporter un caractère unique à la forme en y intégrant des informations complémentaires comme un carnet ou des documents. Tout pour donner un aspect extrêmement réaliste à ce récit d'anticipation.

Passionnant ensuite du fait des protagonistes et de l'histoire. Dès le départ les personnages principaux sont décrits non pas comme des héros conventionnels mais comme des êtres humains remplis de défauts mais dont les qualités sont aussi bien présentes. Ils sont terriblement attachants et dès lors le lecteur ne pourra qu'être fasciné par la destinée de chacun. L'histoire quant à elle est fascinante, dramatique et addictive : un vrai régal !

En définitive, Claire Vaye Watkins signe un premier roman prodigieux qui annonce une suite des plus prometteuses !



Tout est brisé - William Boyle

Lu en : V.F.
Traduction : Simon Baril
Résumé :Tout semble brisé dans la vie d’Erica. Seule avec son vieux père tyrannique tout juste sorti de l'hôpital, elle n'a plus de nouvelles de son fils Jimmy, un jeune homme fragile parti errer à travers le pays sans avoir terminé ses études. Mais voilà qu'après un long silence, Jimmy revient à l'improviste, en piteux état. Erica fera tout pour l'aider, décidée à mieux le comprendre et à rattraper le temps perdu. Mais Jimmy se sent trop mal à l'aise face à sa mère, dans ce quartier de Brooklyn hanté par ses souvenirs ; un profond mal de vivre que ni l'alcool ni les rencontres nocturnes ne parviennent à soulager. Erica, elle, ne veut pas baisser les bras...

Je remercie les éditions Gallmeister pour cette lecture !




Chronique : Gravesend avait été une de mes meilleures lectures de 2016, je suis donc très heureuse de retrouver le brillant William Boyle avec Tout est brisé !

Nous retrouvons ici l'ambiance si particulière, si sombre et si passionnante du roman précédent de l'auteur. Nous retrouvons Brooklyn, nous retrouvons des personnages relativement similaires : tout aussi émouvants, complexes et attachants. William Boyle écrit des histoires de vie, des morceaux d'existence, des instants inoubliables, parfois ordinaires mais toujours remplis de passion avec ce côté dramatique qui se rapproche du pessimisme sans pour autant manquer de lueur d'espoir.

Je suis vraiment fascinée par l'univers de cet auteur et je me suis vraiment régalée à la lecture de Tout est brisé. C'est une histoire puissante, percutante, déchirante. On ne peut pas sortir indemne de cette lecture et il ne faut pas être une âme sensible pour décider à se plonger dans les noirceurs de l'âme humaine décrites par le romancier. C'est fort, dur et tragique.

Malgré leurs défauts, j'ai adoré les personnages qui sont des êtres brisés mais qui essayent de continuer envers et contre tout à avancer. Le lien qui unit Erica à son fils est le coeur de cette histoire : chaque acte fait par Erica pour sauver son fils est terrible et émouvant. L'auteur réussit ainsi à traiter des sujets qui lui tiennent à coeur, des sujets importants notamment à notre époque.

En définitive un très beau roman dans la continuité du merveilleux Gravesend : une excellente lecture !



lundi 18 septembre 2017

Pourquoi je n'ai pas écrit de film sur Sitting Bull - Claire Barré

Lu en : V.F.
Résumé : " Je pars pour le Dakota du Sud. Direction Amsterdam, puis Minneapolis, où un troisième avion m'emmènera à Rapid City, ville située aux pieds des Black Hills, en plein territoire indien. Là-bas, une voiture de location m'attend. Je vais conduire jusqu'à la petite ville de Deadwood, pour y rejoindre l'hôtel que j'ai réservé en ligne, il y a quelques mois. L'établissement s'appelle le Mineral Palace Hotel & Gaming et possède son propre casino. Alors que l'avion décolle, mon esprit continue à s'interroger, à revenir en boucle sur tous les curieux événements qui m'ont poussée à entreprendre ce voyage. " Quand Sitting Bull apparaît mystérieusement dans sa cuisine, Claire, scénariste parisienne et mère de deux enfants, cherche à décrypter le sens de cette vision... Sa quête la conduit d'abord chez une chamane russe, puis auprès d'Ernie LaPointe, l'arrière-petit- fils du célèbre chef indien. Ce périple insolite en terre sioux permet à Claire Barré de nous raconter, non sans humour, sa découverte du chamanisme et nous offre une plongée dans les coulisses de la création littéraire et de ses imprévisibles sources d'inspiration.


Je remercie les éditions Robert Laffont pour cette lecture !


Chronique : Pourquoi je n'ai pas écrit de film sur Sitting Bull est un livre qui a tout de suite attiré mon attention.

En effet j'ai eu la chance de pouvoir assister à la présentation de la rentrée littéraire Robert Laffont et j'ai adoré la façon dont l'auteure présentait son histoire. Nous ne sommes pas dans de la fiction mais bien dans le récit d'une expérience extraordinaire qui amène les confessions étonnantes et passionnantes de cette auteure en quête d'elle-même. Ce livre est une très belle surprise du fait de son originalité, du fait de cette sincérité propre à Claire Barré, du fait de cette histoire atypique et addictive.

Imaginez : un beau jour, un jour ordinaire, Sitting Bull apparaît devant vous. Les réactions peuvent être variées, tout dépend de votre personnalité. Ici Claire Barré décide de mener un périple passionnant afin de comprendre ses visions, de comprendre le pourquoi, de se comprendre. Et dès lors elle va partir sur les traces du grand chef amérindien mais elle va aussi rencontrer des êtres qui vont l'amener à appréhender son don de chaman.

Certes tout cela paraît complètement surprenant, mais je trouve que ce récit est vraiment important. Important dans une époque contemporaine fascinée par la science, le numérique, le palpable et tout ce qui est sûr et certain : le mystère, le mystique et l'inspiration littéraire peuvent devenir rares et essentiels. Important parce que Claire Barré réussit à faire preuve d'humour : on se régale à lire tous les détails de son expérience, de ses différents questionnements... De plus c'est un livre qui offre beaucoup au lecteur car on sent cette totale transparence de la romancière, on apprend aussi sur la culture amérindienne, sur le chamanisme et on réapprend aussi l'importance de profiter de l'existence.

En définitive, un livre passionnant, émouvant, intime, drôle, sincère et original. Un récit à découvrir avec grand plaisir !


Ils vont tuer Robert Kennedy - Marc Dugain


Chronique de : Scarlett
Résumé :Un professeur d’histoire contemporaine de l’université de Colombie-Britannique est persuadé que la mort successive de ses deux parents en 1967 et 1968 est liée à l’assassinat de Robert Kennedy. Le roman déroule en parallèle l’enquête sur son père, psychiatre renommé, spécialiste de l’hypnose, qui a quitté précipitamment la France avec sa mère à la fin des années quarante pour rejoindre le Canada et le parcours de Robert Kennedy. Celui-ci s’enfonce dans la dépression après l’assassinat de son frère John, avant de se décider à reprendre le flambeau familial pour l’élection présidentielle de 1968, sachant que cela le conduit à une mort inévitable. Ces deux histoires intimement liées sont prétexte à revisiter l’histoire des États-Unis des années soixante.



Merci aux éditions Gallimard pour cette lecture !

Chronique

« Pour qui nous sommes nous pris ? ».... « Nous n’avons été que de riches rêveurs qui s’inventent des personnages généreux pour des jeux de fin d’après-midi lorsque l’obscurité descend progressive et caressante sur nos vies d’adolescents nantis. A vouloir protéger le sang des autres, c’est le nôtre qui coule, et il ne peut en être autrement.»

Je vais commencer par la fin et vous dire dès à présent que c’est un très très bon roman et je me suis régalée à lire ce livre.

Nous sommes dans le début des années 80 et M. O’Dugain travaille sur sa thèse : Robert Kennedy est mort assassiné et il est persuadé que sa famille est liée à cette histoire, que le destin brisé de ses parents a croisé à un moment la trajectoire tragique de ce fils Kennedy. Et donc nous lecteurs, suivons à la fois l’enquête que mène O’Dugain sur sa famille en parallèle avec l’histoire de Robert Kennedy et de son illustre famille.

L’histoire foisonne de personnages, on y croise bien évidemment le narrateur, professeur d’histoire qui donc passera toute une vie à la recherche d’une collusion entre l’assassinat de R.Kennedy et les morts suspectes de ses parents. C’est un homme qui souffre parfois « d’absences », qui a des tendances paranoïaques  mais qui obstinément poursuit sa thèse et sa quête. Il est aussi question des parents d’O’Dugain, sa mère irlandaise, son père illustre psychiatre spécialiste de l’hypnose, assez énigmatique et qui travaillait pour les services secrets britanniques.

Bien évidemment on approche R.K un homme dont la vie sera essentiellement définie par l’appartenance à une illustre famille, par le fait d’être le fils de Joe et le frère de J.F, qui ira jusqu’au bout de cette destinée écrite dans l’encre des tragédies grecques. Robert, rongé de culpabilité depuis la mort de J.F.K , personnage humain, fragilisé , moins adulé que son illustre frère qui décide de partir dans une croisade perdue d’avance afin de donner une chance aux laissés-pour-compte du rêve américain. Il est aussi question de J.F.K le charismatique, le fataliste désabusé, l’obsédé sexuel aussi, immortalisé par sa mort violente et dramatique.

Dans ce roman on lit une histoire et on rencontre l’Histoire. On côtoie Dulles, Hoover, Jackie K , et Robert K bien sur qui marche volontairement vers un dénouement tragique, comme celui de toute sa famille d’ailleurs , cette famille qui allie le bling-bling et la  politique, le glamour et la mafia, le sordide et la tragédie.

Dans ce roman on s’instruit avec régal sur la baie des cochons, Mosanto durant la guerre du Vietnam, les lobbies des pétrodollars, le maccarthisme, les politiques au service des intérêts financiers aux USA ou ailleurs, la contre-culture des années 60 aux USA, Gottlieb, la CIA et l’hypnose…
C’est addictif comme un très bon polar qui nous livrerait, et pourquoi pas, les clés d’une énigme qui fit couler beaucoup d’encre et de sang dans une Amérique politico-financière des années 60 pas très éloignée de celle d’aujourd’hui.

L’écriture de Marc Dugain est dense et riche dans la forme et le fond. On apprend en savourant un très bon roman. Le fond, l’histoire est addictive avec du suspense, des personnages mythiques et fascinants. Et la forme nous livre parfois des phrases philosophiques, d’autres engagées dans un style fluide  .Le tout nous confirme sans conteste le talent de Monsieur Dugain.
Alors n’hésitez pas, vous allez assurément passer un excellent moment de lecture.

« Mais un renoncement est toujours le prétexte à d’autres capitulations, et l’estime de soi s’érode au nom de l’instinct de conservation, ce bal quotidien des petits plaisirs répétés sans autre perspective que la poursuite de l’existence. »