mercredi 18 octobre 2017

Me voici - Jonathan Safran Foer

Lu en : V.F.
Traduction : Stéphane Roques
Résumé :À la veille de sa bar-mitsva, le fils de Jacob et Julia Bloch est soupçonné d’être l’auteur d’injures racistes, ce qui lui vaut son renvoi du lycée. Pendant ce temps, Julia trouve sur le téléphone de son mari une série de textos pornographiques. On pense aux Scènes de la vie conjugale de Bergman revues par Philip Roth. À une fable délirante à la Mel Brooks. Ou aux deux à la fois. Car dans le monde de Jonathan Safran Foer, tout peut arriver, le meilleur comme le pire. Dans ce roman dont les dialogues crépitent comme des balles, on découvre que la grande et la petite histoire ne font qu’un. On passe ainsi sans crier gare du sacrifice d’Abraham à une théorie de la masturbation, d’un portrait d’Oliver Sacks à une analyse de la situation au Proche-Orient, de l’éloge du désir à la nostalgie du bonheur familial.





Chronique : Me voici est le nouveau roman du grand romancier Jonathan Safran Foer.

J'avais beaucoup aimé son chef d'œuvre Extrêmement fort et incroyablement près, je suis donc heureuse de retrouver cet auteur. Me voici est un roman très exigeant, ce n'est pas le livre parfait pour se détendre ou lorsqu'on a peu de temps devant soi. Il faut prendre le temps de le lire, de le découvrir, de le digérer, de le savourer. Je l'ai trouvé aussi très étonnant par de nombreux aspects, il est original et en même temps il reste dans la lignée des autres livres de l'auteur en touchant des thématiques fortes, modernes et en mettant en lumière le portrait de la société.

L'histoire démarre lorsque tout commence à se désagréger dans une famille. Cette famille a priori normale, banale va faire face à des défis, à des révélations, à des chocs émotionnels. Un fils qui tient des propos racistes, un mari qui reçoit des textos pornographiques, une mère/épouse qui ne comprend plus les siens... L'auteur dépeint avec brio un couple au bord de la rupture, une famille en crise.

En parallèle de ce récit à la fois intime et universel, le romancier croise la petite histoire avec la grande, il mêle les thèmes abordés, des thèmes qui n'ont rien en commun mais qui vont se croiser au fur et à mesure. Le lecteur doit être bien accroché pour suivre les péripéties des personnages ainsi que les réflexions de l'auteur. C'est un roman à la fois extrêmement riche et incroyablement éclectique.

En définitive, voici un roman surprenant, original et complexe, Jonathan Safran Foer aborde avec talent de nombreuses thématiques contemporaines.




L'homme de l'hiver - Peter Geye

Lu en : V.F.
Traduction : Anne Rabinovitch
Résumé :Gunflint, années 1990. Dans cette petite ville du Minnesota sauvage où les rivières deviennent lacs et les lacs rivières (et l’Amérique le Canada), le vieux Harry Eide fugue, désertant son lit de mort pour la forêt profonde. On ne le retrouvera pas. Les deux êtres qui l’ont le plus aimé – Gus, son fils, et Berit, son grand amour longtemps resté en lisière de sa vie – se racontent cet homme qui gouverna leur monde tout en leur échappant.Ainsi s’ouvre entre ces deux cœurs en hiver le récit par­tagé des mois fondateurs, de l’été à l’hiver 1963, où Harry embarqua son fils, alors âgé de dix-sept ans, dans une excur­sion à la manière des pionniers voyageurs, en canoë, pour aller tutoyer la frontière, "passer l’hiver" dans les confins, ex­périence d’isolement extrême et de transmission silencieuse.C’est en se construisant dans un jeu de relais entre Gus et Berit que le roman des Eide, famille récidiviste du déchire­ment et de la rupture, révèle son enjeu : la cohésion de toute une communauté, avec ses faibles et son vrai méchant, ses sales secrets et ses luttes de pouvoir, ses ennemis héréditaires.Et parmi tous ces hommes, droite comme un phare, il y a Berit, à la détermination aussi discrète qu’indéfectible, qui semble d’abord incarner le renoncement et qui s’impose comme un inoubliable personnage de femme d’une force aussi humble que poignante.



Chronique : L'homme de l'hiver est indéniablement une de mes plus belles découvertes littéraires de l'année ! 

Ce roman est parfait pour tous les amoureux de la littérature nord-américaine, du nature writing, des grandes histoires ponctuées de tragédies, d'aventures et d'amour. Les éditions Actes Sud nous font ainsi découvrir un auteur incontournable, un auteur qui saura vous plonger dans des récits inoubliables, avec une plume incomparable et j'espère sincèrement que ce livre remportera un beau succès.

Au niveau de l'écriture, Peter Geye possède un grand talent : des descriptions sublimes, magnifiques des paysages qui forgent un personnage à part entière de l'intrigue; des portraits émouvants de chaque personnage et des dialogues vifs et percutants. Tout cela traduit avec talent par Anne Rabinovitch.

Parlons des protagonistes : je suis tombée sous le charme de Berit, une femme tellement forte qui porte presque le roman à elle toute seule. C'est réellement le genre de personnages que l'on ne peut oublier comme Mary Bee Cuddy dans Homesman (Glendon Swarthout). Les autres personnages sont aussi très intéressants : touchants, complexes, brisés ou sombres selon leur personnalité.

L'histoire est tellement forte, puissante, comme le courant imperturbable de la rivière : elle poursuit sa route et entraîne dans son sillage tous les êtres qui la composent, avec des révélations, des drames, des moments d'une grande tendresse. Il faut bien entendu noter qu'il s'agit d'un roman de nature writing où le rythme n'est pas celui d'un page turner, il est fluide, passionnant du fait des personnages sans chercher des scènes d'action ou des rebondissements à chaque page.

En définitive, L'homme de l'hiver est une de mes plus belles lectures de l'année.




mardi 17 octobre 2017

L'empire de sable - Kayla Olson

Lu en : V.F.
Traduction : Frédérique Le Boucher
Résumé : Comment survivre quand il n'y a plus d'espoir ?
Bientôt adapté au cinéma par Leonardo DiCaprio et la Paramount.

Il suffit d'un grain de sable pour faire s'écrouler un empire.
Une page s'est tournée dans l'histoire de l'humanité depuis que les dérèglements climatiques ont rendu la plus grande partie du globe inhabitable. Puis a eu lieu la révolution orchestrée par les Loups, un puissant groupe armé. Ce jour-là, ils ont pris le pouvoir. Ce jour-là, ils ont tout pris à Eden, qui n'a rien vu venir. La voilà désormais détenue dans un camp de travail sous haute sécurité.
Son seul espoir ? Gagner l'île de Sanctuary dont lui a parlé son père, le dernier territoire encore neutre. Mais quand Eden parvient finalement à y accoster avec d'autres évadés, l'île se révèle encore plus dangereuse que leur précédente prison...





Chronique : L'empire de sable est la dystopie incontournable de la rentrée, une dystopie qui a su charmer Leonardo Dicaprio et je suis sûre qu'elle en fera de même pour vous !

C'est grâce à la très belle chronique de Bettie Rose Books que j'ai décidé de me lancer dans ce livre qui a tous les ingrédients pour me plaire. Dès le départ Kayla Olson nous plonge dans un page turner d'une grande efficacité ! Il est rare de pouvoir à présent sortir du lot face aux nombreuses dystopies dans la lignée du phénomène Hunger Games et pourtant il est indéniable que la romancière apporte sa pierre à l'édifice notamment via la dimension écologique du récit mais aussi grâce aux protagonistes !

Eden est une héroïne absolument parfaite du fait de ses failles, elle possède des grandes qualités comme l'opiniâtreté, la patience, le sang froid mais elle peut montrer parfois des moments de faiblesse qui la rendent terriblement attachante. Si les  personnages secondaires sont intéressants je me suis presque totalement focalisée sur la protagoniste principale.

En plus de ce premier gros point fort, il faut ajouter un univers riche et passionnant ainsi qu'une histoire addictive et prenante. Pour garder parfaitement le mystère je vous laisserai seulement découvrir la quatrième de couverture, à vous de vous plonger dans ce livre pour comprendre sa profonde originalité. Kayla Olson a de nombreuses et excellentes idées pour capter notre attention, donnant presque un aspect thriller à L'empire de sable de telle sorte qu'on ne peut le lâcher tant que la dernière page n'est pas tournée. J'aurais juste aimé que la fin soit plus détaillée par rapport à d'autres passages du livre.

En définitive, croyez-moi : cette dystopie est incontournable et unique en son genre !


Darryl Ouvremonde - Olivier Peru

Lu en : V.F.
Résumé : Collégien à Montréal, Darryl semble être un adolescent ordinaire. Il fugue pourtant toutes les nuits... C'est qu'il a fort à faire dans l'Ouvremonde, où il exerce le métier de journalyste. À dire vrai, il n'est encore qu'apprenti, mais grâce à son courage et son pouvoir sur les Glyphes liant les mondes entre eux, Darryl compte bien écrire un jour pour Le Veilleur, le quotidien le plus  respectable de l'Ouvremonde. À ses yeux, une enquête, c'est une quête ! Hélas, dans certaines quêtes, il arrive qu'on perde un peu plus que des plumes. C'est ce que risquent de découvrir Darryl et son maître, le célèbre Tortup, dont le mauvais caractère n'a d'égal que le talent pour le scoop. Leur prochain artycle les entraîne tous deux sur l'île de Croque- Corbeau car une insaisissable rumeur prétend que les habitants de ce triste bout de terre ont disparu en une nuit. Qu'y a-t-il à découvrir là-bas où jamais personne n'a écrit un bon papier ?



Chronique : J'aimais déjà énormément Olivier Peru, Darryl Ouvremonde confirme encore une fois le talent incroyable de ce romancier de l'imaginaire.

Darryl Ouvremonde est un roman fascinant : un mélange entre fantasy et fantastique, une galerie de personnages attachants, un univers incroyable, des péripéties palpitantes. Tout commence avec Darryl, un jeune homme de notre monde qui s'enfuit de chez lui le soir afin de rejoindre Ouvremonde : un monde extraordinaire où se côtoient science (scyence !) et magie. Les descriptions d'Olivier Peru sont tellement complètes et merveilleuses que j'ai eu l'impression d'y être.

J'ai beaucoup aimé le personnage de Darryl du fait de son courage, de sa curiosité et de sa capacité à croire, à s'émerveiller. En plus de ce protagoniste, j'ai rencontré Dean et Julianne, alors même que leurs aventures se déroulent principalement dans notre monde j'ai autant aimé leurs parties que celle de Darryl. J'étais touchée par Dean, cet être perdu, ce fantôme solitaire qui cherche la vérité. Julianne est aussi une jeune adolescente pour qui j'ai ressenti une grande empathie du fait de sa détresse face à ses dons de medium.  Le lecteur va aussi suivre d'autres personnages notamment du côté sombre du récit...

Olivier Peru réussit parfaitement à faire suivre les différents fils conducteurs de l'intrigue afin de les faire se croiser au fur et à mesure de l'histoire. La narration est extrêmement bien faite de telle sorte qu'on se régale peu importe le point de vue ou le protagoniste. C'est un véritable enchantement pour le lecteur de se plonger dans un tel livre.

Il est impossible de parler de Darryl Ouvremonde sans parler des illustrations. Elles sont toutes uniques, belles et complémentaires de l'histoire. Elles rendent cet ouvrage d'autant plus original et passionnant.

En définitive, un incontournable pour tous les amoureux de l'imaginaire !



lundi 16 octobre 2017

Après la chute - Dennis Lehane



















APRÈS LA CHUTE
de Dennis LEHANE
traduit par Isabelle MAILLET
édifions RIVAGE

Rachel Childs est une ancienne journaliste qui, après s’être effondrée devant les caméras de télévision, vit désormais comme une recluse. Pourtant, elle jouissait d’une situation idéale aux côtés d’un mari idéal.
Jusqu’
à ce qu’une rencontre fortuite lors d’une après-midi pluvieuse fasse voler en éclats sa vie, son mariage et toutes ses certitudes. Rattrapée par une conjuration de mensonges, de violence et de folie, Rachel devra trouver en elle-même des ressources insoupçonnées. À la fois déchirant, haletant, romantique et sophistiqué, Après la chute est un roman d’une grande finesse psychologique et d’une redoutable efficacité. C’est Dennis Lehane à son meilleur.

Dennis LEHANE,

Nationalité : États-Unis
Né(e) à : Dorchester, Boston, Massachusetts, le 04/08/1965
Dennis Lehane est un auteur d'origine irlandaise.
Après des études à Boston (ville récurrente de ses romans noirs), il part à l'Université internationale de Floride pour étudier l'écriture créative. Tout en écrivant son premier livre ("Un dernier verre avant la guerre", 1994), il vit de métiers divers (livreur, libraire, chauffeur).
Ancien éducateur travaillant pour la défense de l'enfance maltraitée, ce thème reste très présent dans ses œuvres.
Il a publié une cinquantaine d'ouvrages, notamment les bestsellers : "Gone, Baby, Gone" (1998) (adapté au cinéma par Ben Affleck en 2007), "Ténèbres, prenez-moi la main"(1996), "Mystic River" (2001), Prix Mystère de la Critique 2003 (roman étranger) dont Clint Eastwood fera un film, qui a obtenu le César du Meilleur Film étranger 2003.

(Source BABELIO)

Grybouille,

Je ne vous apprends rien, un livre c’est d’abord et avant tout une rencontre, après le courant passe ou…pas.
Pourquoi certains nous parlent  plus que d’autres ?
Est-ce notre sensibilité de lecteur ?
Le moment et l’état dans lequel nous nous trouvons ?
L’instant où nous ouvrons le livre ?

Le p’tit Duc pense plutôt au vécu du lecteur, conscient ou inconscient…
Cette vibration qui s’installe, les mots de l’auteur qui nous parlent aux tréfonds de notre être intime.
Le personnage ou les personnages qui vivent des situations longtemps enfouies en nous…
Alors l’alchimie se met en place et tout entre en résonnance.

L’histoire,

Rachel est le personnage principal de ce nouveau roman de Dennis LEHANE.
Elle a été élevée seule par sa mère Elizabeth Childs, écrivaine et enseignante.
Son père ? Il s’appelait James, un éclat de voix, le choc sourd d’une valise lourde trainée dans l’escalier, un moteur de voiture et puis… le silence.
Elle avait 3 ans.
Elisabeth à Rachel : « Alors, à partir de maintenant, on ne parlera plus de lui, d’accord ? »

Lors de sa dernière année de Fac, Elizabeth meurt dans un accident de voiture.  Le nom de son père sera la seule information laissée par sa mère.
Sa licence en poche, elle entame une carrière dans le journalisme, la presse écrite puis une chaine « Channel 6 ».

A 21 ans, elle décide de partie à la recherche de son père, un nom « James », une profession « enseignant ». Rachel prend contact avec un enquêteur Brian Delacroix en 2001.

« Rachel est dans le miroir. »

Sa jeune vie est émaillée de rencontres, de désillusions, de crises d’angoisses, les psy, ce terrible tremblement de terre en Haïti de 2010 qui sera un enterrement de première classe pour sa vie de reporter, d’un divorce, une vie de cloitrée et retour dans sa vie de…

Et tout part dans un thriller à la Dennis Lehane.

Des personnages,

Rachel, « Seule, du mauvais côté du miroir »
Jeremy James, un espoir, un avc, un souffle…
Maddy la seconde femme de Jeremy, « …on n’a jamais ce qu’on veut, dans la vie, juste ce que l’on peut endurer »
Patrick Mannion, « Ce sentiment de sécurité dont tu avais besoin, j’ai toujours essayé de te le donner »
Le Docteur Browner, « …aimeriez-vous savoir qui était votre papa ? »
Elizabeth, « …c’est juste mon donneur de sperme » et « Cherche toi dans ses yeux »
Brian pour Caleb, « C’est l’incarnation même de la pensée positive »
Ned, « On joue à quoi ? »
Melissa, Caleb, Haya, Andrew, Lars…


Un livre qui débute par la FIN ? Pas si simple…
 Il faudra le lire pour comprendre cet hameçon à destination des lecteurs (trices).

A tous ceux et celles qui, sur leur chemin, ont eu à lutter contre cet oiseau qui bat des ailes dans leur  poitrine. Mais aussi aux autres qui veulent les aider…

Bises,



dimanche 15 octobre 2017

L'art de perdre - Alice Zeniter

Lu en : V.F.
Résumé : L’Algérie dont est originaire sa famille n’a longtemps été pour Naïma qu’une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ? Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu’elle ait pu lui demander pourquoi l’Histoire avait fait de lui un « harki ». Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l’été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l’Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ? Dans une fresque romanesque puissante et audacieuse, Alice Zeniter raconte le destin, entre la France et l’Algérie, des générations successives d’une famille prisonnière d’un passé tenace. Mais ce livre est aussi un grand roman sur la liberté d’être soi, au-delà des héritages et des injonctions intimes ou sociales.



Chronique : L'art de perdre est un des romans incontournables de la rentrée littéraire française, un roman qui marquera le lecteur !

J'ai beaucoup aimé ce roman du fait de sa thématique, de la façon dont Alice Zeniter réussit à la traiter, du style et des personnages. Ce roman ne se lit pas d'une seule traite, il faut prendre le temps, avoir le temps de le digérer, ce n'est pas une histoire remplie de rebondissements et d'actions mais surtout et avant tout d'émotions et de réflexions. Un grand roman sur l'histoire franco-algérienne, sur les origines, sur les secrets, sur la famille...

Les secrets sont au cœur de ce roman, ils sont omniprésents à tel point qu'ils impactent à travers les générations jusqu'à Naïma, personnage qui est le fil conducteur de l'ensemble du récit, mon personnage préféré du fait de ses questionnements et de sa recherche de réponses, d'une identité. Il s'agit d'une formidable et magistrale saga familiale, elle nous marque du fait des protagonistes qui sont absolument fascinants et attachants et dont on apprend l'histoire personnelle au fur et à mesure des pages tournées.

Lorsque les récits intimes croisent la grande Histoire cela donne un roman inoubliable qui mérite indéniablement d'être nominé parmi les listes des prix littéraires. Alice Zeniter est une jeune romancière au talent formidable qui démontre encore une fois sa faculté d'imprégner le lecteur de sa plume et de son univers, c'est véritablement magnifique.

En définitive, un des meilleurs livres de cette rentrée littéraire 2017 ! 


La serpe - Philippe Jaenada

Lu en : V.F.
Résumé : Un matin d'octobre 1941, dans un château sinistre au fin fond du Périgord, Henri Girard appelle au secours : dans la nuit, son père, sa tante et la bonne ont été massacrés à coups de serpe. Il est le seul survivant. Toutes les portes étaient fermées, aucune effraction n'est constatée. Dépensier, arrogant, violent, le jeune homme est l'unique héritier des victimes. Deux jours plus tôt, il a emprunté l'arme du crime aux voisins. Pourtant, au terme d'un procès retentissant (et trouble par certains aspects), il est acquitté et l'enquête abandonnée. Alors que l'opinion publique reste convaincue de sa culpabilité, Henri s'exile au Venezuela. Il rentre en France en 1950 avec le manuscrit du Salaire de la peur, écrit sous le pseudonyme de Georges Arnaud. Jamais le mystère du triple assassinat du château d'Escoire ne sera élucidé, laissant planer autour d'Henri Girard, jusqu'à la fin de sa vie (qui fut complexe, bouillonnante, exemplaire à bien des égards), un halo noir et sulfureux. Jamais, jusqu'à ce qu'un écrivain têtu et minutieux s'en mêle... Un fait divers aussi diabolique, un personnage aussi ambigu qu'Henri Girard ne pouvaient laisser Philippe Jaenada indifférent. Enfilant le costume de l'inspecteur amateur (complètement loufoque, mais plus sagace qu'il n'y paraît), il s'est plongé dans les archives, a reconstitué l'enquête et déniché les indices les plus ténus pour nous livrer ce récit haletant dont l'issue pourrait bien résoudre une énigme vieille de soixante-quinze ans.



Chronique : Je suis une grande fan de Philippe Jaenada et c'est donc avec joie que j'ai lu La Serpe, son tout nouveau roman !

La Serpe est dans la lignée des autres romans de l'auteur : un mélange entre les réflexions, les anecdotes sur la vie personnelle du romancier et un fait divers qui va imprégner sa vie pendant le temps de son enquête. La Petite Femelle avait été une véritable révélation, il en va de même pour La serpe. J'aime énormément la faculté de l'auteur à mélanger vie personnelle et fait divers puisque les deux sont aussi importants l'un que l'autre pour rendre l'œuvre de Jaenada absolument unique.

Si le fait divers est terriblement sombre, l'obscurité est contrebalancée par l'arrivée de l'auteur qui a un humour absolument génial, une faculté à l'autodérision, j'aime autant ses recherches sur l'affaire Girard que ses propres questionnements. C'est un roman absolument fascinant du fait du narrateur mais aussi du fait des mystères qui imprègnent son raisonnement sur le triple assassinat.
 
Je me suis donc encore une fois régalée, j'ai eu l'impression de faire partie de ces investigations comme si j'étais au coeur d'un roman à la Conan Doyle ou Agatha Christie mais avec en plus la personnalité captivante de Jaenada. En se focalisant de manière si addictive dans cette enquête, le roman en devient un véritable page turner.

En définitive, encore une fois un excellent roman de Philippe Jaenada !


samedi 14 octobre 2017

Redemption Road - John Hart

Lu en : V.F.
Traduction : Laurence Kiefé
Résumé :Imaginez  :
Un garçon, une arme à la main, attend l’homme qui a tué sa mère.Une inspectrice de police perturbée affronte son passé à la suite d’une fusillade meurtrière.
Après treize ans de prison, celui qui fut un bon flic se retrouve libre tandis que, dans la forêt profonde, sur l’autel d’une église abandonnée, un corps refroidit enveloppé dans un drap blanc…
C’est une ville au bord du gouffre.
C’est le chemin de la rédemption.
Débordant de tension, de secrets et de trahisons, Redemption road prouve encore une fois que John Hart est un maître de la littérature policière.






Chronique : Redemption Road est un roman noir absolument addictif et captivant !

Le gros point fort de ce roman est indéniablement ses personnages : John Hart dépeint une galerie de protagonistes absolument fascinants, ils sont tous des êtres brisés, terriblement humains et d'autant plus émouvants. Ils ont tous une histoire terrible et ils sont tous concentrés dans un même lieu, tout est ainsi fait pour faire de Redemption Road un roman dramatique, percutant et inoubliable.

Les personnages sont tiraillés entre leurs droits et devoirs, entre ce qu'ils doivent faire et ce qu'ils veulent faire, entre les secrets et la vérité, entre le passé et le présent. Dès les premières pages j'ai su que j'étais en présence d'un livre qui allait me marquer, il possède tous les ingrédients que j'aime dans ce genre, c'est un roman qui confirme tout le talent de John Hart, un romancier incontournable de la littérature nord-américaine et policière.

Le style de l'auteur est absolument génial, il l'est d'autant plus avec la traduction de Laurence Kiefé qui sublime la rythmique des dialogues, les descriptions essentielles. C'est un mélange passionnant entre tragédie humaine digne des grands romans de country noir et intrigue policière : les policiers meurtries, les victimes anéanties, tous sont des pièces d'un grand puzzle.

En définitive, un excellent roman noir dont on ne peut sortir indemne ! 



vendredi 13 octobre 2017

Eden - Candice Fox

Lu en : V.F.
Traduction : Isabelle Troin
Résumé :Après sa dernière affaire en date où plusieurs jeunes femmes ont trouvé une mort brutale à Sydney, Frank suit une psychothérapie pour pouvoir réintégrer la police. Eden, sa coéquipière toujours aussi inflexible, est envoyée en infiltration dans une ferme perdue dans le bush afin d’enquêter sur la disparition de trois jeunes filles. Elles ont toutes en commun d’avoir travaillé dans ce refuge de marginaux, sous les ordres d’un fermier proxénète.Frank la surveille néanmoins à distance. Il comprend très vite qu’Eden est en mauvaise posture lorsqu’elle ne répond plus à ses messages. Et malgré les conseils de sa psy, la jolie Imogen, Frank se lance au-devant d’ennuis qui mettront à nouveau sa santé mentale et la vie d’Eden en jeu…







Chronique : Eden est le deuxième roman de Candice Fox, il s'agit de la suite d'Hadès.

Il est toujours formidable de découvrir des talents à l'état brut à leurs débuts, de découvrir des romanciers et romancières qui sont ou vont très vite devenir incontournables. Candice Fox fait partie de cette catégorie, ses deux premiers romans sont véritablement fantastiques et apportent énormément au genre policier. Voici la reine du thriller australien !
 
J'ai enchaîné les deux premières enquêtes à la suite, deux romans addictifs et sombres. Candice Fox apporte sa pierre à l'édifice du genre policier au travers de deux enquêteurs fascinants et d'un univers dur et violent. Frank essaye de se remettre de l'enquête précédente, il cherche à prouver qu'il peut réintégrer la police; Eden quant à elle est en mission d'infiltration, une mission extrêmement dangereuse. Ce deuxième tome va aussi permettre d'en apprendre plus sur Hadès.

De plus, ce qui est très prenant c'est la peur du lecteur de ce qui pourrait arriver à ces protagonistes, et ce d'autant plus que Frank est presque brisé, on sent qu'il est en souffrance psychologique et que tout peut l'amener au point de non retour. Dès lors on ne peut qu'être accroché à ce roman, on ne peut que tourner les pages du fait des nombreux rebondissements du récit. Ajoutons à cela la faculté de Candice Fox à décrire le bush australien, le cadre spatial est  un des atouts de cette histoire.

En définitive, une deuxième enquête très addictive, je me suis régalée !


Jeu blanc - Richard Wagamese

Lu en : V.F.
Traduction : Christine Raguet
Résumé :Cloîtré dans un centre de désintoxication, Saul Indian Horse a décidé de raconter son histoire : son enfance au cœur du Canada, bercée par les légendes et les traditions ojibwés, rythmée par la récolte du riz et la pêche ; son exil à huit ans avec sa grand-mère, suite à un hiver particulièrement dur ; son adolescence, passée dans un internat où des Blancs se sont efforcés d’effacer en lui toute trace d’indianité. C’est pourtant au cœur de cet enfer que Saul trouve son salut, grâce au hockey sur glace. Joueur surdoué, il entame une carrière parmi les meilleurs du pays. Mais c’est sans compter le racisme qui règne dans le Canada des années 1970, même au sein du sport national.







Chronique : Les éditions Zoé nous permettent de replonger à nouveau dans l'univers de Richard Wagamese avec Jeu blanc, un merveilleux roman !

Richard Wagamese est un auteur incontournable, sa prose est absolument magnifique, poétique, philosophique, elle sublime son histoire et ses personnages. Les étoiles s'éteignent à l'aube est un roman incroyable, qui marque le lecteur, il en va de même avec Jeu blanc ! Ici le romancier rend hommage à ses origines, au peuple ojibwé, Jeu blanc est ainsi un très grand livre qui met en lumière la culture amérindienne et les difficultés des amérindiens à trouver leur place face à l'hégémonie des blancs, face au racisme...

La thématique centrale de Jeu blanc est à la fois tragique et essentielle, importante et nécessaire : le récit met en exergue les nombreuses difficultés, embûches qui empêchent le jeune Saul Indian Horse de se réaliser. Lui qui doit renier sa culture et ses racines, lui qui a dû tout quitter et faire face à une acculturation forcée, lui qui a essayé de s'en sortir, de s'intégrer sans jamais le pouvoir réellement du fait du regard des autres. L'auteur dépeint avec force et talent un cadre spatio-temporel unique et frappe le lecteur en plein cœur.

Je me suis terriblement attachée au protagoniste central, c'est un être courageux, sensible, opiniâtre. La nature qui était au cœur de son existence doit être oubliée au profit de la "modernité". Tout est fait pour amener un drame terrible... J'étais happée par cette histoire, par la plume de Wagamese et c'est encore une fois une belle pépite !

En définitive, un roman incontournable et magnifique ! 



Le Sympathisant - Viet Thanh Nguyen

Lu en : V.F.
Traduction : Clément Baude
Résumé : Je suis un espion, une taupe, un agent secret, un homme au visage double. Ainsi commence l'hallucinante confession de cet homme qui ne dit jamais son nom. Un homme sans racines, bâtard né en Indochine coloniale d'un père français et d'une mère vietnamienne, élevé à Saigon mais parti faire ses études aux États-Unis. Un capitaine au service d'un général de l'armée du Sud Vietnam, un aide de camp précieux et réputé d'une loyauté à toute épreuve. Et, en secret, un agent double au service des communistes. Un homme déchiré, en lutte pour ne pas dévoiler sa véritable identité, au prix de décisions aux conséquences dramatiques. Un homme en exil dans un petit Vietnam reconstitué sous le soleil de L.A., qui transmet des informations brûlantes dans des lettres codées à ses camarades restés au pays. Un homme seul, que même l'amour d'une femme ne saurait détourner de son idéal politique...




Chronique : Le Sympathisant est le Prix Pulitzer 2016 et cela est amplement mérité !

Nous connaissons tous la guerre du Vietnam grâce aux livres et aux romans américains, nous avons toujours eu la vision d'un seul des belligérants. Viet Thanh Nguyen donne la parole à l'autre côté au travers d'un personnage central inoubliable. Le narrateur est un agent double, un être qui sera continuellement tiraillé entre son pays d'origine et son pays d'accueil. Le plus terrible étant de cacher constamment sa véritable nature, ses pensées et ses actes.

Le Sympathisant est un roman riche, fascinant, complexe : on ressent tout le travail fondamental et important effectué par l'auteur afin de retranscrire parfaitement les lieux et l'époque. C'est un roman qui se digère, il faut prendre le temps de le lire attentivement pour comprendre tous les tenants et aboutissants d'un tel récit mais je peux vous dire que vous en sortirez avec de nombreuses connaissances et aussi avec des émotions fortes.

Lorsque je pense qu'il s'agit d'un premier roman, j'ai hâte de lire les prochains de ce romancier tellement le talent est présent dans le fond et dans la forme. Pendant tout le long du roman on ressent les questionnements perpétuels du personnage, on sent à quel point il est coupé entre l'amour et la politique, entre son cœur et son esprit, entre sa mission et ses espérances.

En définitive, un très grand roman de la rentrée littéraire !



jeudi 12 octobre 2017

La tour abolie - Gérard Mordillat




















La Tour abolie
Gérard Mordillat
Éditions Albin Michel

« Quand les pauvres n’auront plus rien à manger, ils mangeront les riches. »
  
La tour Magister : trente-huit étages au cœur du quartier de la Défense. Au sommet, l’état-major, gouverné par la logique du profit. Dans les sous-sols et les parkings, une population de misérables rendus fous par l’exclusion. Deux mondes qui s’ignorent, jusqu’au jour où les damnés décident de transgresser l’ordre social en gravissant les marches du paradis.
  
Avec la verve batailleuse qui a fait le succès de La Brigade du rire, Gérard Mordillat, l’auteur de Vive la sociale ! Et de Les Vivants et les morts, livre une fable prodigieuse sur la société capitaliste et la révolte de ceux qu’elle exclut.

Gérard Mordillat,
Auteur d'une trentaine de livres - romans, essais, recueils de poèmes - dont Vive la sociale !, Rue des rigoles, Les Vivants et les Morts, Gérard Mordillat est également collaborateur de Des Papous dans la tête, la célèbre émission de France Culture, et réalisateur de télévision et de cinéma.
La brigade du rire, son dernier roman, a obtenu le Prix de L'Humour de Résistance et s'est vendu à 30 000 exemplaires.

(Source Éditions Albin Michel)

Grybouille,

Bonjour à toutes et à tous,

Aujourd’hui, nous nous retrouvons pour un roman écrit par Gérard Mordillat et pour qui connait cet auteur soyez prêt à tout… Et vous avez raison, dans cette tour de Babel moderne nous sommes invités à suivre du 38ème étage jusqu’au – 7 dans les sous-sols des personnages qui ne vous laisseront pas insensible.

Mordillat, c’est un style, une ambiance, des clins d’œil à l’actualité, la connaissance parfaite de ce qui nous a amené ici et là, des recherches, un vocabulaire qui colle aux situations. Ici on parle vrai, on cause juste, pas de faux semblants et un scénario menant à un final qui emporte tout…

Alors accrochez-vous amis(ies) lecteurs(rices).

L’histoire,

La tour abolie, c’est la tour « Magister », la tour dont le propriétaire est un groupe d’assurance. Une tour si haute dans le quartier de la Défense,  sur 38 étages la hiérarchie de l’entreprise n’est pas un vain mot.
Tout en haut un Directeur et tout en bas une secrétaire réceptionniste, mais si on creuse encore sept étages de sous-sol vous y attendent…

Les employés sont catalogués par leur revenu annuel et par le contrat qui les lie à la boite.
Dans les sous-sols les êtres qui y vivent sont soumis à la loi des plus forts. Ils survivent entre zonards mais chacun dans son périmètre, une cour des miracles.

« Les résultats sont bons… cependant… les actionnaires nous pressent de dégager 10% d’économies supplémentaires. » dit le PDG de Magister, son surnom 3R.
« Élargissons le plan social. » propose le Directeur des Ressources Humaines.
« Nous pourrions fermer le self ? » rajoute le Directeur financier.

Le début de la fin… de la faim…

Au milieu de toutes ces vies qui vont s’entrecroiser, se percuter, se déchirer, il y a Nelson.
Ce cadre « débarqué » lors d’un énième plan social, va tout perdre, femme, enfants, maison, plus de dignité, plus de maitresse. Une descente aux  enfers avec des questions récurrentes lors de la recherche de son rêveur « Tu as tout dans la tête ? » et « Pourquoi ? »

Peggy, la réceptionniste qui vit au -2 dans une voiture avec son frère Simon. Une intérimaire à 1400 Euros par mois « sa beauté irradiais. » Ils se sont posés sur l’emplacement 247, en numérologie 2+4+7=13, 13X2= 26, le nombre sacré.

Slimane, un agent d’entretien,  « Notre métier, c’est d’embellir la vie. » Lui ? Il possède une mobylette et doit faire 45 minutes de trajet pour venir travailler, maltraiter par un petit chef surnommé « Le Gros ».

Saphir, une zoneuse du -7, « Un jour, elle défoncerait tout. »

Les Popovs, les junkies, en mode survie dans les bas-fonds…
Au-dessus ? Le monde de l’entreprise : Les faux semblants, les traitrises, la manipulation, les violences, la possession, l’amour, l’abandon, l’union, la maladie, la folie …

Quentin Lefranc, le Directeur financier, et sa femme Marie-Fleur, quatre enfants, une vie où l’amour se calcule selon un calendrier très précis…
Xavier de Lacourt, le secrétaire général, Anna- Maria son épouse, une union très libre dont le DRH Frédéric Hessler profite…

Thelma, et ses écrits… Fabuleux.

Margot, Claire, William, Richard, Iwona, Gladys, Bollo, Abdel, Mousse, Chérif, Christian, Homar, la Horde, les Rats, les Zombies, Jack, Shimano, Francis, une cinquantaine de personnages vivent dans cette tour…

Attention amis (ie) lecteurs (trices) si vous ne venez pas à Mordillat, Gérard viendra à vous. Le p’tit Duc vous aura prévenu… En prime, page 79 un clin d’œil à « La brigade du rire »…

Je vous laisse avec ceci pour éclairer vos nuits,
« Sic Transit Gloria Mundi »
et
« Si quelqu’un possède les biens du monde, et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment l’Amour de Dieu demeure-t-il en lui ? » Jean 3, 17

Et vous, qui vous rêve ?