vendredi 29 novembre 2019

Vengeful [Evil - Tome 2] - V.E. Schwab

Traduction : Sarah Dali
Résumé : C'est la deuxième fois que Victor Vale revient à la vie – et, il faut bien le dire, ce n'est pas le genre de chose qui devient plus facile avec le temps... Terrible ironie du sort : cinq ans après le féroce affrontement qui a opposé les EO les plus puissants que Merit ait jamais connus, les rôles se sont totalement inversés. C'est le tour d'Eli de croupir en prison quand Victor, lui, trace son chemin macabre de ville en ville, entraînant dans son sillage sa petite famille de fortune. Et, le moins qu'on puisse dire, c'est que le prix à payer pour revenir à la vie est particulièrement élevé quand on est un EO... Mais tandis que les deux ennemis jurés se débattent, en proie à leurs démons, émerge à Merit un nouveau maître du jeu – une maîtresse, en l'occurrence. Épouse d'un membre éminent de la mafia, Marcella Riggins n'était déjà pas une tendre avant sa mort et les conditions pour le moins contrariantes de sa disparition n'ont rien fait pour améliorer son tempérament. Car si elle n'a rien contre le meurtre, elle tolère beaucoup moins d'en être la victime. Armée de ses nouveaux pouvoirs, elle n'a désormais plus qu'une idée en tête, semer le chaos et la destruction afin de mettre la ville tout entière à ses pieds...



Chronique : Après un excellent premier tome, j'attendais avec impatience la suite de Vicious, Vengeful est un deuxième tome passionnant à la hauteur de son prédécesseur.
 
Alors que ce livre fait plus de 700 pages, V.E. Schwab nous offre un page turner implacable et sans aucun temps mort, elle réussit encore à nous surprendre avec ce roman Young Adult extrêmement original et palpitant.

En effet je me demandais vraiment comment la romancière allait nous surprendre avec cette suite, elle a parfaitement relevé le défi ! Elle a su garder l'essence de Vicious tout en y ajoutant d'autres intrigues très intéressantes et d'autres protagonistes charismatiques.
J'ai ainsi beaucoup aimé le personnage de Marcella qui apporte encore plus de maturité à l'univers Evil, elle est à la fois intelligente, puissante et prête à tout pour acquérir du pouvoir. C'est une adversaire à la hauteur de Victor et d'Eli. J'ai aussi apprécié June qui est un personnage plus torturé et complexe, une femme tiraillée entre sa quête de vengeance et sa volonté de trouver un havre de paix, une famille.

En plus de ces deux nouveaux personnages, j'ai retrouvé avec plaisir les anciens qui vont devoir encore affronter de nombreux périples. Je garde toujours une légère préférence pour Sydney qui a muri mais garde encore une part de lumière et de candeur.

La romancière réussit parfaitement à entremêler toutes les intrigues jusqu'au dénouement tout aussi explosif, inattendu et fascinant que celui du premier. V.E. Schwab apporte véritablement un nouveau souffle à la littérature YA, son style est unique, son univers très original

En définitive, Vengeful est un excellent roman qui réussit à être aussi bon si ce n'est meilleur que Vicious !


mercredi 27 novembre 2019

La langue et le couteau - Kwon Jeong-hyun

Traduction : Lim Yeong-hee avec la collaboration de Lucie Modde
Résumé : Le couteau n’ôte pas la vie, il se fait obéir !
Le couteau, c’est le sabre, celui de Yamada Otozô, commandant en chef de l’armée d’occupation japonaise en Mandchourie en 1945, face à l’armée russe tapie comme un ours dans la neige.
La langue, c’est le goût de la cuisine porté à son paroxysme comme une œuvre d’art par Chen, cuisinier génial et révolutionnaire chinois dont le champ de bataille est un simple billot de bois.
Entre l’officier gourmet et le cuisinier rebelle, une lutte à mort s’engage dont la clé est l’art de préparer les plats. Car il y a d’autres manières de faire la guerre qu’avec des fusils et des sabres.
Ruses, périls et gourmandise sont au menu de ce roman palpitant dont l’héroïne est la cuisine.







Chronique : Depuis maintenant quelques mois je lis énormément de livres coréens, je suis tombée amoureuse de cette littérature que je recommande vivement. Les éditions Picquier (maison d'édition spécialisée dans la littérature asiatique) nous offrent de magnifiques lectures dont La langue et le couteau.
 
Avec ce roman, le lecteur français va découvrir un pan de l'Histoire fascinant : nous sommes en 1945 en Mandchourie, les troupes russes sont sur le point d'arriver et l'armée japonaise, qui occupe le territoire, doit se battre ou fuir. Dans ce cadre spatio-temporel trois personnages vont se rencontrer.

J'ai beaucoup aimé cette lecture pour plusieurs raisons. Tout d'abord on perçoit dès le départ le travail de recherche de l'auteur, au travers de ce livre vous allez apprendre énormément du point de vue historique. En plus des connaissances apportées, l'auteur a aussi choisi un angle thématique très original : la cuisine. Il réussit parfaitement à retranscrire toute l'importance de cette activité pour Chen, le cuisinier chinois révolutionnaire et Yamada Otozô, l'officier japonais. Ces deux êtres vont ainsi s'affronter sur la base d'un défi culinaire alors que la guerre arrive à la frontière. 

Si j'ai trouvé ces deux personnages principaux très intéressants, mon protagoniste préféré restera Kilsun, une jeune femme coréenne. J'ai été impressionnée par sa force, son opiniâtreté alors qu'elle a traversé et traverse encore tellement de drames. C'est un personnage qui suscite le respect et l'admiration.

Le fait de mettre en avant trois personnages de nationalités différentes et qui sont intimement liés par le fil de l'Histoire est une formidable idée qui donne un véritable souffle narratif à l'ensemble. J'ai aimé le fait d'alterner les points de vue entre les chapitres et de pouvoir ainsi mieux comprendre les aspirations, les pensées et la volonté des trois personnages.

Anecdote : Dans le cadre du Festival Corée d'Ici à Montpellier, j'ai eu la chance d'assister à une rencontre avec l'auteur en compagnie de sa traductrice et éditrice Lim Yeong-hee. J'ai été très heureuse de pouvoir en apprendre plus sur ce livre, sur son auteur. Nous avons par exemple appris que l'épilogue a été ajouté pour la traduction française. J'ai aussi eu la chance de remporter le concours de rédaction organisé par le festival et les éditions Picquier. Le concours consistait à inventer une fin alternative aux protagonistes. 

En définitive, Kwon Jeong-hyun est un écrivain passionnant à lire et à écouter, je vous invite à découvrir sa plume avec ce premier roman traduit en français et j'ai hâte de lire ses prochains livres !


lundi 25 novembre 2019

La douceur de nos champs de bataille - Yiyun Li

Chronique de Scarlett

Résumé : Le suicide d’un adolescent, le deuil d’un parent. Le dialogue qu’imagine une mère avec son enfant pour continuer à lui parler, à l’entendre, à le faire exister. Le cache-cache intellectuel de deux esprits marqués par le sceau de la création.

Après le très brillant Cher ami, de ma vie je vous écris dans votre vie, qui fut en lice pour le prix Médicis et le prix du Meilleur livre étranger, Yiyun Li rend un hommage plein de tendresse, de poésie et de pudeur à son fils, et mêle magnifiquement l’intime à l’universel : la douleur après la perte d’un être cher, le refuge que constituent les mots et, plus largement, la puissance cathartique de la littérature.






Chronique :
 
"Mais moi, que pouvais-je attraper en cette matinée grise et humide ? Ni le sourire sur ton visage, ni la lumière dans tes yeux, ni un chat bleu, ni un pingouin violet, ni la  poussière dans le vent, ni une pensée murmurée dans tes oreilles, si bruyante qu’elle avait étouffé toute la musique du monde. Que puis-je attraper, mon enfant, maintenant que tout est devenu invisible ?"


Dans La douceur de nos champs de bataille de Yiyun Li , une mère s’invite dans un dialogue avec son fils qui s’est suicidé. Leurs échanges sont sublimement intimes, tristes, bouleversants. Une mère devant l’inexorable et qui puise dans chaque échange le courage de continuer. Yiyun Li nous livre des conversations savoureuses, où Nilolai le fils de l’auteur reste fidèle à lui-même gentiment ironique et sans concession envers sa mère. Un fils qui lui demande d’être plus rigoureuse dans ses propos, d’être plus juste dans ses mots, d’éviter les clichés, son fils qui l’aime assez pour la secouer de l’engourdissement qui s’installe en elle.
Les pensées philosophiques, les questions existentielles sur la vie, le temps, l’amour jalonnent ce pudique roman. Le lecteur y découvrira des réflexions sur l’homme et son impermanence. Dans les tête à tête que l’auteur se crée avec son fils, elle parle de l’importance des mots, des adjectifs, de la précision et de l’exigence que son enfant semblait apporter à ceux-ci.
Écrire sur l’absent, disparu brutalement, violemment et écrire malgré tout avec un ton si poétique, aimant et transcendant. Quel magnifique hommage à cet enfant disparu, Nilolai enfant précoce qui aimait cuisiner, la musique, les fleurs…
Ce roman est une lettre d’amour étonnante, pudique, subtile écrite avec un style exigeant.
Un très émouvant et beau roman.

"Jeune, je ne connaissais pas le goût du chagrin
Mais j’aimais tant monter les tours  à étages
J’aimais tant monter les tours à étages
Pour composer un nouveau poème et singer le chagrin
Maintenant que j’ai senti le goût du chagrin
Et que je veux en parler, je me retiens
Je veux en parler, mais je me retiens
Et je dis simplement : une journée froide, quel bel automne
Est-ce un bel automne ? demanda-t-il.
Oui, répondis-je. Et une journée froide".





dimanche 24 novembre 2019

Les Chroniques saxonnes [T. 1 & 2] - Bernard Cornwell
























Tome 1
Au IXe siècle, les féroces Vikings débarquent sur le sol saxon, avides de conquête et de destruction. Aucun royaume ne résiste au raz-de-marée barbare, à l’exception d’un seul. Bientôt le destin de toute l’Angleterre – et le cours de l’Histoire elle-même – reposera sur les épaules d’un homme.
Uhtred, un jeune guerrier saxon aux origines nobles déchiré entre deux vies, deux voies, deux peuples : celui des Vikings qui l’ont élevé comme l’un des leurs après l’avoir arraché à sa famille, et celui de son sang et de ses origines…

Tome 2
878. L’Angleterre est assiégée : les Vikings occupent désormais la quasi-totalité de ses royaumes. Seul résiste un dernier bastion, une forteresse perdue dans les marais où le roi Alfred le Grand et les siens se sont retranchés avec ce qui reste de l’armée. Parmi eux, le comte Uhtred, soldat anglais de noble origine, pris en otage puis élevé par les Vikings durant sa jeunesse avant de rallier sa terre natale.
Uhtred a longtemps été un Viking de cœur, mais lorsqu’il croise la route d’Iseult, une puissante sorcière, tout change. En ces temps troublés, le jeune guerrier va devoir mener bataille contre l’envahisseur comme contre ses anciennes loyautés…

Tome 3
Prochainement…

Bernard Cornwell,
Né en 1944 à Londres, Officier de l’Ordre de l’Empire britannique, Bernard Cornwell est l’un des auteurs de fiction historique les plus réputés au monde. Il a vendu plus de trente millions de livres et son œuvre est traduite dans une vingtaine de langues. Écoulées à près de trois millions d’exemplaires en Angleterre, Les Chroniques saxonnes ont été adaptées...

Grybouille,
Amoureux de l’histoire, bienvenu au IXème siècle, vous allez voyager dans un monde où les Vikings prennent possession des terres Saxonnes.
L’Angleterre n’est pas prête à affronter un peuple de guerriers sanguinaires qui ne font pas de quartier…

Pour nous faire découvrir cet univers, en personnage principal le jeune Osbert, âgé de 10 ans, fils d’Ultred le Seigneur des terres de Northumbrie au nord de l’ile.
Un jour, des bateaux Danes sont annoncés près des côtes, « Ils cherchent des vivres…Ces affamés veulent débarquer, voler du bétail et repartir».
 Le père d’Osbert envoie son fils ainé, 17 ans, pour parlementer.  Seule sa tête reviendra aux portes de la cité de Bebbanburg…
C’était en l’an 867, pour la première fois Osbert part en guerre contre ces envahisseurs. Son père mène l’armée sur la voie romaine vers le sud.
En face ? La horde de Ragnar l’Intrépide. Le Jarl Ragnar !

Lors de la bataille Ultred père va mourir, et Oltred va être fait prisonnier.
Une enfance païenne va s’ouvrir pour le jeune esclave  « Regarde et apprends »

Dieu l’abandonnera-t-il ?

L’histoire,
Une fiction historique de diinnngggguuuuueeeeeee.
Super bien écrite, les lecteurs (trices) sont embarqués (ées) dans l’histoire.
Sans prédisposer de ce que va nous livrer le Tome 3, qui est à venir, les deux premiers Tomes sont un régal.
Une aventure merveilleuse contée par un Maitre en la matière Mister Bernard Cornwell.

Pour Noël un beau cadeau sous le sapin…

Bonne lecture à Tous,




samedi 23 novembre 2019

Paz - Caryl Férey

Chronique de SCARLETT

Résumé : Un vieux requin de la politique.
Un ancien officier des forces spéciales désormais chef de la police de Bogotá.
Un combattant des FARC qui a déposé les armes.
Un père, deux fils, une tragédie familiale sur fond de guérilla colombienne.













Chronique :



« On fait souvent la révolution par amour des autres, mais c’est souvent sur les autres qu’elle finit par s’acharner !... »

Le roman de Caryl Férey  PAZ  débute par la découverte du corps mutilé d’une femme dans un quartier chaud de Bogota. C’est le dernier d’une longue série de meurtres violents caractérisés  par des corps démembrés qui semblent tombés du ciel. Alors que le colonel Bagader renifle l’histoire merdique que cachent ces cadavres et veut éviter la divulgation de ce crime, il croise le chemin de Diana une journaliste pitbull qui ne lâche rien et qui flaire l’histoire complexe. Elle s’engagera à fond dans l’enquête sur ce meurtre sans savoir que cela la conduira dans le cœur d’une tragédie familiale en écho avec l’histoire de son pays.

Ce livre est sans conteste une réussite dans le genre. L’auteur nous promène dans une Colombie d’après guérilla qui essaye de penser ses blessures. Il nous décrit l’histoire de ce pays, de son passé de guerre civile meurtrière suivie par la guérilla qui vit s’affronter les FARC et les milices paramilitaires. Toute cette violence engendrant des milliers de morts et disparus, et puis la période d’apaisement ou chaque camp essaye de penser ses blessures et calmer ses rancunes dans un processus de paix nécessaire. Caryl Férey nous permet d’en apprendre plus dans une superbe histoire familiale où les protagonistes deviennent nos compagnons de route au milieu de narcotrafiquants,  de politiciens sincères ou véreux, de guérilleros repentis ou revanchards, de trafics en tout genre.

L’auteur nous permet de cheminer aux cotés de Lautaro Bagader  colonel chef de la police de Bogota, un fauve ancien des forces spéciales hanté et tourmenté par son passé et attachant malgré son côté obscur. Son père Saul est lui procureur de Colombie et aime le pouvoir et le contrôle. Angel , le frère de Lautaro fut un étudiant passionné de théâtre et d’idéaux qui l’ont amené à embrasser la cause des  FARC. Chacun de ces personnages englués dans une histoire passionnée et passionnelle qui nous fait voyager dans une séquence de l’Histoire colombienne de Bogota à Medellín en passant par Carthagène. Angel à la recherche de sa fille disparue, Lautaro à la recherche du tueur.  Diana,  et Flora seront les figures féminines de ce roman, chacune essayant vaillamment de se faire une place  dans l’aventure. Damian, Diuque , Lucia et tant d’autres seront les participants volontaires ou non de cette fresque palpitante au milieu d’une fournaise de violence et de misère que semble véhiculer la Colombie. 

Le roman est musclé, l’auteur a su introduire des flashbacks judicieux et trouver une écriture rythmée d’une cadence vibrante qui transporte le lecteur dans la Colombie de Lautaro, Angel et les autres.
Un pur moment de détente doublé d’informations passionnantes, un vrai bon roman que je vous recommande.


« Les humains étaient interconnectés, Diana en était persuadée, pas seulement pour des raisons économiques ou écologiques : quand une ethnie disparaissait, une façon de penser le monde disparaissait avec elle, son savoir et ses solutions aux futurs problèmes de l’espèce humaine, réduisant d’autan le champ des  possibles, ces spectres métis et colorés qui lui tenaient à cœur. »



dimanche 6 octobre 2019

Les simples - Yannick Grannec

Chronique de Scarlett
Résumé : 1584, en Provence. L’abbaye de Notre-Dame du Loup est un havre de paix pour la petite communauté de bénédictines qui y mène une existence vouée à Dieu et à soulager les douleurs de Ses enfants. Ces religieuses doivent leur indépendance inhabituelle à la faveur d’un roi, et leur autonomie au don de leur doyenne, soeur Clémence, une herboriste dont certaines préparations de simples sont prisées jusqu’à la Cour. Le nouvel évêque de Vence, Jean de Solines, compte s’accaparer cette manne financière. Il dépêche deux vicaires dévoués, dont le jeune et sensible Léon, pour inspecter l’abbaye. À charge pour eux d’y trouver matière à scandale ou, à défaut… d’en provoquer un. Mais l’évêque, vite dépassé par ses propres intrigues, va allumer un brasier dont il est loin d’imaginer l’ampleur. Il aurait dû savoir que, lorsqu’on lui entrouvre la porte, le diable se sent partout chez lui. Évêque, abbesse, soigneuse, rebouteuse, seigneur ou souillon, chacun garde une petite part au Malin. Et personne, personne n’est jamais aussi simple qu’il y paraît.




Chronique :




"La vie bat encore en toi. Ou se débat contre l’inéluctable, cherchant une dernière bouffée de légèreté, de vanité, d’un de ces dérisoires plaisirs qui masquent le bout amer de l’existence. "



 Les simples de Yannick Grannec, c’est l’histoire au moyen-âge de cette abbaye de Notre Dame du Loup où vivent une congrégation de sœurs dont la vie, les secrets, les peurs et les joies sont protégées par les murs rassurant du monastère.  Une intrusion orchestrée par l’évêque de Solives dans ce lieu paisible va bouleverser l’équilibre précaire des religieuses. En effet l’évêque ne supportant pas l’autonomie florissante des sœurs, dépêche deux des siens pour enquêter sur le bienfondé de cette indépendance et envoie le vicaire Dambier et Léon au « charbon ». S’engage alors un combat subtile entre le prélat et les nonnes qui engendrera des pleurs, des luttes clandestines, des victimes innocentes, et révèlera  le meilleur et le pire des protagonistes.

Dans ce lieu sacré le lecteur rencontrera des personnages fabuleux, comme Sœur Clémence, une vieille moniale qui connaît le secret des plantes, leurs pouvoirs de guérison qu’elle met au service des autres et qui partage un très beau et triste secret avec Fleur , cette jeune enfant avec qui elle s’entretient clandestinement, et qui ressemble étrangement à Sœur Clémence enfant.

Il y a aussi Gabrielle d’Esteron, future novice et promise à un grand avenir au sein de l’abbaye, ainsi que Mère Marie-Vérane l’abbesse qui doit lutter contre les vindictes extérieures mais aussi contre les basses manœuvres au sein même de sa communauté. On croise aussi Marie-Angèle la prieuré évincée du commandement suprême de l’abbaye et qui ne le supporte pas, Sœur Mathilde, converse sensée et dynamique. Tout ce petit monde va se trouver confronter à un monde extérieur parfois bienveillant mais souvent envieux et intéressé comme dans cette confrontation avec  l’évêque Jean de Solines ambitieux et manipulateur qui enverra Léon de la Sine jeune vicaire tourmenté et intense en ambassadeur.

Ce roman est un régal de lecture pour plusieurs raisons, tout d’abord parce qu’il possède une construction parfaite avec des chapitres courts ou alternent de manière réaliste et profondément humaine le vécu et ressenti de chacun.

D’autre part le livre soulève avec une grande finesse des problématiques comme le poids du pouvoir des hommes sur les femmes, leur ascendant, leur condescendance, cette suprématie institutionnalisée.
De plus il raconte l’importance des plantes dans la médecine de cette époque, la vie des sœurs bénédictines, la folie que peut engendrer la vindicte populaire et l’hystérie collective. Enfin l’écriture est à la fois subtile et juste, poétique et réelle. Yannick Grannec nous livre des personnages succulents, des êtres qui prennent vie sous sa plume.

Un vrai régal à lire absolument. 

"Aujourd’hui, Gabrielle sort de l’enfance, pense mère Marie-Vérane. Elle perd l’invincible protection dont elle se sentait entourée ; l’évidence que tout ira toujours pour le mieux, car d’autres y pourvoiront. Sa  peau se fanera, son dos se courbera, tandis qu’à l’intérieur elle gardera l’âge de cet instant. Elle aura quinze ans à jamais."