mercredi 17 janvier 2018

LaRose - Louise Erdrich

Lu en : V.F.
Traduction : Isabelle Reinharez
Résumé : Dakota du Nord, 1999. Un vent glacial souffle sur la plaine et le ciel, d’un gris acier, recouvre les champs nus d’un linceul. Ici, des coutumes immémoriales marquent le passage des saisons, et c’est la chasse au cerf qui annonce l’entrée dans l’automne. Landreaux Iron, un Indien Ojibwé, est impatient d’honorer la tradition. Sûr de son coup, il vise et tire. Et tandis que l’animal continue de courir sous ses yeux, un enfant s’effondre. Dusty, le fils de son ami et voisin Peter Ravich, avait cinq ans. Ainsi débute le nouveau roman de Louise Erdrich, couronné par le National Book Critics Circle Award, qui vient clore de façon magistrale le cycle initié avec La Malédiction des colombes et Dans le silence du vent. L’auteur continue d’y explorer le poids du passé, de l’héritage culturel, et la notion de justice. Car pour réparer son geste, Landreaux choisira d’observer une ancienne coutume en vertu de laquelle il doit donner LaRose, son plus jeune fils, aux parents en deuil. Une terrible décision dont Louise Erdrich, mêlant passé et présent, imagine avec brio les multiples conséquences.



Chronique :  Louise Erdrich est une des plus grandes romancières de la littérature nord-américaine. Plonger dans son nouveau roman est toujours un précieux et fabuleux moment.

LaRose est dans la lignée de La Malédiction des colombes et Dans le silence du vent, un roman magistral sur la culture amérindienne, sur la survie du peuple amérindien, de son héritage à notre époque. Si Dans le silence du vent est indéniablement pour moi son chef d'œuvre, son monument, le roman parfait si vous souhaitez découvrir sa plume; LaRose est un livre brillant et puissant.

Dès le départ le drame est omniprésent, il imprègne l'ensemble de l'œuvre, de l'histoire au point de changer les destins et les relations entre les protagonistes. C'est ainsi que Landreaux, Indien Ojibwé, tue un jour par accident le fils de son meilleur ami : plus rien ne sera comme avant et ce d'autant plus qu'il décide de réparer son tort et d'honorer une vieille tradition en donnant son propre fils en retour.

Louise Erdrich mélange ainsi ce récit contemporain avec l'histoire des autres LaRose qui font partie de l'arbre généalogique de la famille. J'ai particulièrement aimé l'intrigue autour de la première LaRose, ce sentiment d'héritage qui perdure au travers de la descendance. Il faut aussi souligner ces liens si précieux et si fragiles au sein des familles et entre les différents protagonistes; l'impact des choix parentaux sur les enfants, ces enfants qui sont au final plus matures par certains moments.

Le final est idéal, j'ai aimé le choix effectué par la romancière, j'ai aimé le rebondissement amenant à une atmosphère très prenante et addictive jusqu'à un dénouement rempli d'espoir. Louise Erdrich prouve encore une fois qu'elle est une voix incontournable de la littérature nord-américaine, une voix précieuse pour témoigner des traditions et de la culture amérindiennes.

En définitive, je vous souhaite de découvrir l'univers de cette auteure, un univers beau, unique et émouvant.













lundi 15 janvier 2018

Les loyautés - Delphine de Vigan

Chronique de Scarlett
Résumé : «  Chacun de nous abrite-t-il quelque chose d'innommable susceptible de se révéler un jour, comme une encre sale, antipathique, se révélerait sous la chaleur de la flamme ? Chacun de nous dissimule-t-il en lui-même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ?"













Chronique :


« Quiconque vit ou a vécu en couple sait que l’Autre est une énigme. Je le sais aussi, Oui, oui, oui, une part de l’Autre nous échappe, résolument, car l’Autre est un être mystérieux, qui abrite ses propres secrets, et une âme ténébreuse et fragile, l’Autre recèle par-devers lui sa part d’enfance, ses blessures secrètes...»


« Les loyautés » de Delphine de Vigan c’est l’histoire de deux adultes, deux femmes et de deux adolescents, deux garçons, dont les vies se croisent pour certains, dont les silences de certains heurtent les autres, dont les attitudes des uns renvoient un écho aux autres.

Ce sont des instants de leurs vies, de leur intimité que Delphine de Vigan nous dépeint avec minutie, avec des mots, des phrases qui résonnent juste. Le rythme du récit est relativement calme, presque lent et  il se heurte à la violence de l’impact des évènements sur nos protagonistes (« il lui semblait accueillir la souffrance de sa mère dans son propre corps. Tantôt c’était une décharge électrique, tantôt une entaille, ou un coup de  poing… »).

Dans ce roman on croisera Théo jeune adolescent de douze ans qui vit en garde alternée  et qui s’essaie à des expériences alcoolisées pour oublier son environnement familial délétère, pour se créer des voyages sensoriels, pour supporter le silence qu’il s’impose et qui pèse sur ses épaules de jeune adolescent. Il y a aussi Mathis son copain de classe, Mathis adolescent apparemment sans histoire qui suit Théo dans ses expériences et qui a compris instinctivement les ombres dans la vie de son ami.

Cécile la mère de Mathis  elle, voit un psy en douce. Un psy à qui elle raconte sa vie, son mari qu’elle découvre si éloigné de l’homme qu’elle a aimé, ses enfants qui grandissent, ses trahisons vis à vis de sa propre famille, sa manie de parler toute seule, de parler à une autre partie d’elle-même. On côtoie aussi Hélène l’enseignante de collège qui porte elle aussi ses douleurs et secrets d’enfance et qui veut sauver Théo d’un danger qu’elle perçoit sans arriver à le définir. 

Ce roman nous parle de l’enfance, de ce que enfant l’on absorbe, l’on subit de notre environnement, de ce que l’enfance inconsciemment mais inexorablement définira de notre vie. On y parle aussi du couple fait ou défait, et bien évidemment « des loyautés » que l’on choisit ou non, qui nous lient à jamais,  celles de l’enfance surtout.

Delphine de Vigan nous livre un roman très subtil, il est à la fois très poignant et puissant dans le fond et très posé dans la forme. Et je me répète l’auteur a su mettre les mots justes sur ce  que nos loyautés instinctives, parfois confuses et inconscientes, ont fait de nous.

« Mais au fond je le sais.
Je sais que les enfants protègent leurs parents et quel pacte de silence les conduit parfois jusqu’à la mort…
Parfois je me dis que devenir adulte ne sert à rien d’autre qu’à ça : réparer les pertes et les dommages du commencement. »



dimanche 14 janvier 2018

492 [Confessions d'un tueur à gages] - Klester Cavalcanti





















492
Confessions d'un tueur à gages
Klester CALVACANTI
Traduit par : Hubert Tézenas

Júlio Santana, bon chasseur et bon tireur dans son Amazonie natale, a appris la profession de tueur à gages à 17 ans avec son oncle qui lui assure que, s’il récite dix Ave Maria et vingt Pater Noster après chaque meurtre, il n’ira pas en enfer. Il note soigneusement sur un cahier d’écolier le nom des victimes, le nom des commanditaires, la date et le lieu du crime, ce qui lui a permis de compter 492 personnes au long de 35 années de carrière.
Júlio raconte ses drames, ses rêves, ses faiblesses. C’est un homme sensible, un bon fils, un mari aimant et un père affectueux. Il a pour commanditaires l’armée, des maris jaloux ou des pères vengeurs, des grands propriétaires terriens qui éliminent des syndicalistes ou des “sans terre”.
Pour la première fois, un reportage raconte, avec un grand talent littéraire, la vie surprenante d’un homme que tout destinait à être un pêcheur comme son père et son grand-père, mais qui est devenu le plus grand tueur professionnel connu au monde.
« Voici ce que l’on fait de mieux en termes de littérature de non-fiction. Cavalcanti nous met dans la tête d’un personnage que nous devrions considérer comme un monstre : un tueur à gages. Jusqu’au moment où nous nous surprenons à espérer qu’il échappe à ses poursuivants. » Fernando Meirelles (cinéaste)

Klester Cavalcanti est né à Recife en 1969. Grand reporter, il a reçu de nombreux prix internationaux pour son travail de journaliste d’investigation, dont celui de l’agence Reuters, ainsi que le prestigieux prix Jabuti de littérature à trois reprises, notamment en 2012 pour un livre sur son séjour dans une prison syrienne. Il est aussi l’auteur d’un grand reportage sur l’esclavage moderne au Brésil.

(source : Éditions Métaillé)

Grybouille,

Bonjour à tous,
Je dois faire mon « mea culpa », lorsque Léa m’a confié le livre de Klester CAVALCANTI, une biographie d’un tueur à gages d’Amérique du Sud qui porte le titre de « 492_ Confessions d’un tueur à gages », je me suis dit : « 492 descriptions de meurtres cela va être long, très long… »

Et bien force est de constater que je m’étais trompé.
Premièrement, l’auteur ne se complait pas dans la description des assassinats. Et deuxièmement, tout en lisant, nous en apprenons beaucoup sur le Brésil. Je parle de ce Brésil bien loin des plages de Copacabana ou du Corcovado…

Ce travail qui a commencé en 1999 pour Klester CAVALCANTI, a demandé 9 ans pour que le personnage principal de cette biographie, Julio SANTANA, accepte que son nom soit cité.
Ce livre, c’est la retranscription des échanges, au rythme d’une interview par mois, avec un assassin professionnel dont la « carrière » aura duré 35 ans.

Mais, comme je vous le disais en ouverture, le livre parallèlement avec les « activités » de Julio SANTANA nous parle d’une société brésilienne dont nous n’avons, nous européens, aucune idée.

Nous voyageons où la vie humaine est monnayée, où pour se débarrasser des problèmes on les élimine, où on peut être un bon père de famille et participer à des atrocités, où les forces de l’ordre franchissent très facilement la ligne rouge, où il y a encore de la place pour la prière pour effacer ses erreurs…

Début des années 70, à la sortie de l’adolescence Julio, enfant de pêcheur dont la mère s’occupe des trois enfants, la famille vivant en pleine jungle amazonienne, va découvrir plusieurs choses. La première l’amour avec Rithina, la seconde la pension et la troisième que son oncle Cicero, policier, arrondit ses fins de mois en vendant ses services à qui veut bien les payer…

L’argent, l’or, en échange de la vie de ceux qui vont mourir : Homme, femme, militant communiste, personne gênante, guérilléros… Et ce n’est pas pour faire de l’humanitaire.
C’est le monde où vit Julio. La notion du mal existe, mais elle peut se racheter via les dévotions faites lors des prières. Tuer devient un métier, point.

La question que vous vous posez, à l’horizon des années 2000, Julio tue-t-il toujours ?
Une raison de plus pour lire ce livre…

Son auteur Klester CAVALCANTI, dans son rôle de grand reporter, restitue très bien l’ambiance et les mentalités de cette société où la banalité de la suppression d’une vie est monnaie courante.
Dans le genre biographie d’un tueur à gages, ce livre est une réussite sans conteste.

Un conseil du « tonton » Cicero : « Vise-le au cœur et imagine toi que tu vas abattre un animal, comme à la chasse.»

En vous souhaitant bonne lecture,
@ Bientôt,





samedi 13 janvier 2018

Des jours sans fin - Sebastian Barry
























Des jours sans fin

de Sebastian BARRY
Traduction de Laetitia DEVAUX

Chassé de son pays d’origine par la Grande Famine, Thomas McNulty, un jeune émigré irlandais, vient tenter sa chance en Amérique. Sa destinée se liera à celle de John Cole, l’ami et amour de sa vie.
Dans le récit de Thomas, la violence de l’Histoire se fait profondément ressentir dans le corps humain, livré à la faim, au froid et parfois à une peur abjecte. Tour à tour Thomas et John combattent les Indiens des grandes plaines de l’Ouest, se travestissent en femmes pour des spectacles, et s’engagent du côté de l’Union dans la guerre de Sécession.
Malgré la violence de ces fresques se dessine cependant le portrait d’une famille aussi étrange que touchante, composée de ce couple inséparable, de Winona leur fille adoptive sioux bien-aimée et du vieux poète noir McSweny comme grand-père.
Sebastian Barry offre dans ce roman une réflexion sur ce qui vaut la peine d’être vécu dans une existence souvent âpre et quelquefois entrecoupée d’un bonheur qui donne l’impression que le jour sera sans fin.



(Source : Éditions Joëlle LOSFELD)





Sebastian Barry,

né le 5 juillet 1955 à Dublin, est considéré comme l’un des principaux auteurs irlandais contemporains. Il a été récompensé par de nombreux prix : régulièrement sélectionné pour le prestigieux Man Book Prize, il est aussi le seul auteur à avoir remporté à deux reprises le Costa Book of the year, pour ce titre et pour Le testament caché en 2008. Tous ses précédents romans ont été traduits aux Éditions Joëlle Losfeld.





Grybouille,



Ce livre : une aventure humaine à travers une époque de construction pour les États-Unis d’Amérique, la seconde moitié du 19ième siècle.

Magnifiquement écrit, un style plein qui a su me prendre du début de l’histoire jusqu’à la dernière ligne. Des descriptions soignées, dans l’action comme dans les paysages, qui mettent en valeur le parcours des personnages.



Mister Sebastian BARRY nous livre là un moment d’écriture qui vous interpellera sur les relations humaines. Cette volonté de vivre tous les instants qui nous sont proposés, bons ou mauvais, d’avancer, de construire, d’aimer…



Des territoires immenses, des modèles de sociétés très différents, des modes de vie rudes où l’humain doit s’adapter au risque d’être brisé, tout y est dépeint avec un réalisme d’une très grande qualité.



Et que dire des personnages ? Hors normes, des aventuriers de leur temps qui vivent avec ce que l’époque leur propose.



Le parcours du peuple irlandais y est bien décrit depuis leur pays d’origine, où des conditions de vie effroyable les poussent à fuir pour rejoindre les côtes américaines.

« 4 semaines de traversée avec que de  l’eau à boire…à l’arrivée des morts, des mourants et des squelettes dans les cales du bateau. »

Des guerres indiennes, à la guerre de sécession, en passant par la vie dans les villes en pleine expansion de cette nation qui se cherche, le sort des Irlandais du Kerry y est intimement lié.



Thomas et John c’est l’histoire d’une rencontre, sur la route, la faim, la misère et un jour sur la vitre d’un saloon « Cherche garçons propres », le début de l’aventure pour deux jeunes adultes de 17 ans.

De la petite histoire à la grande Histoire… Superbe.





Les personnages,



Thomas McNulty, la vie en Irlande le pousse à 12 ans à monter clandestinement dans un cargo pour fuir,  « …des gosses qui cherchaient à survivre… »

John Cole, à 12 ans seul sur les routes, une grand-mère indienne, le meilleur « ami » de Thomas.

Le sergent Wellington, un salopard.

Le major Neal, un humaniste.

L’épouse du major, Lavinia, « …une truite dans le courant… l’incarnation du mystère féminin… »

Celui-Qui-Domptait-Les-Chevaux, le Chef sioux.

Winona, « Elle s’observe avec délice dans le miroir. Qui suis-je, maintenant ? », 9 ans, rescapée des guerres indiennes, « Elle a un rire comme un ruisseau qui coule dans la prairie d’été. »

McSweny, vieux poète noire dans le rôle du grand-père adoptif mais « …au vu de son grand âge, de ne pas partir trop longtemps. Je dis que j’en prends bonne note. » Thomas.

Bien sûr de nombreux personnages viennent apporter leur contribution à cette aventure, à vous de les découvrir…





Mais aussi,



Andersonville, premier centre concentrationnaire de l’histoire ?

L’univers des spectacles dans les saloons « …l’illusion du beau sexe…tout çà dans la bienséance… »

Les grands espaces « Le crépuscule approche, et Dieu recouvre lentement son œuvre d’un tissu noire effiloché. »

Les guerres indiennes « Les débris de l’innocence se consument dans votre poitrine comme une braise en provenance du soleil lui-même. »

Les champs de bataille « Tout le monde considérait qu’on valait rien…les reins ceints d’armes, on va s’efforcer de rattraper le temps perdu. »

La vie dans les corps de troupe

La création d’une famille

La vie dans une exploitation agricole

L’esprit de vengeance

L’amitié

L’Amour véritable énergie créatrice



Vous cherchiez un roman pour débuter du bon pied la nouvelle année ?

Et bien le voici… Livré à temps par Mister Sebastian BARRY, aux Éditions Joëlle LOSFELD.



Une dernière chose,

Bonne et heureuse année 2018 à Tous