mercredi 18 janvier 2023

Une saison pour les ombres - R.J. Ellory

 


UNE SAISON POUR LES OMBRES

RJ Ellory

Traduit par Etienne Gomez

 

 « Le froid arriva. Et puis le froid s'installa à jamais. »

Nord-est du Canada, 1972. Dans cette région glaciale, balayée par les vents, où l’hiver dure huit mois, la petite communauté de Jasperville survit grâce au travail dans les mines d’acier. Les conditions de vie y sont difficiles. Au-delà du village, il n’y a rien. Juste une nature hostile, quelques ours, des loups. Aussi quand le corps d’une adolescente du village est découvert aux abords de la forêt, la gravité des blessures laisse supposer qu’elle a été victime d’une bête sauvage. Ce sera en tout cas la version officielle. Et tout le monde prie pour qu’elle soit vraie. Mais, quelques temps plus tard, le corps d’une autre jeune fille est retrouvé.
 
Montréal, 2011. Le passé que Jack Deveraux croyait avoir laissé derrière lui le frappe de plein fouet lorsqu’il reçoit un appel de Jasperville. Son jeune frère, Calvis, est en garde-à-vue pour tentative de meurtre. De retour sur les lieux de cette enfance, qu’il a tout fait pour oublier, Jack découvre qu’au fil des années, l’assassin a continué à frapper. L’aîné des Deveraux comprend alors que la seule façon de mettre fin à cette histoire tragique est de se répondre à certaines questions, parfois très personnelles. Mais beaucoup, à Jasperville, préfèrent voir durer le mensonge qu’affronter la vérité.
 
R. J. Ellory est né en 1965 à Birmingham. Orphelin très jeune, il est élevé par sa grand-mère qui meurt alors qu’il est adolescent. Il est envoyé en pensionnat et c’est à cette période qu’il se découvre une véritable passion : la lecture. En dehors des périodes scolaires, il est livré à lui-même et se livre à de petits délits dont le braconnage, ce qui lui vaudra un séjour en prison. Cherchant une façon de s’exprimer artistiquement, R.J. Ellory monte d’abord un groupe de blues avant de se lancer dans la photographie.
Son goût pour la lecture l'amène également à s’intéresser à l’alphabétisation et à faire du bénévolat dans ce domaine. Parallèlement et alors qu’il n’a que 22 ans, il commence à écrire. La vingtaine de romans qu’il écrit entre 1987 et 1993 ne trouvent, malgré ses tentatives acharnées, aucun éditeur des deux côtés de l’Atlantique. Il devra attendre 2003 pour que Papillon de nuit soit publié par Orion.
Le succès est quasiment immédiat. Il obtient le prix Nouvel Obs/BibliObs du roman noir 2009 pour Seul le silence son premier roman publié en France qui devient rapidement un best-seller. À travers toute son œuvre, Roger Jon Ellory met en scène dans de sombres fresques une Amérique meurtrière et rongée par la culpabilité, loin de l'Angleterre qui l'a vu naître.

 

Grybouille,

RJ Ellory nous offre une ballade dans le nord canadien à travers l’arrivée de la famille Deveraux qui est venue s’installer dans la ville minière de Jasperville. Une petite communauté qui va être endeuillée par des meurtres sauvages.

Pour Jack, l’un des enfants de la famille Deveraux qui des années plus tard va être rappelé suite à des événements vers cette ville qu’il avait fui, une seule solution « Il s’élança à  contrecœur, sachant bien que le seul moyen de voir jamais le bout de cette histoire était de s’y jeter à corps perdu. »

En tant que lecteur j’ai fait un bond en 2008 avec énormément de plaisir, « Seul le silence » a été un grand moment de lecture, et « Une saison pour les ombres » a fait de même…

Un livre glaçant comme la météo à Jasperville….

 



 

lundi 16 janvier 2023

Age of vice - Deepti Kapoor

Traduction : Michèle Albaret-Maatsch

Résumé : New Delhi, 3 heures du matin. Une Mercedes roulant à vive allure manque un virage et, en un instant, cinq personnes sont tuées. C’est la voiture d’un homme riche. Mais lorsque la poussière retombe, le chauffeur s’avère n’être qu’un domestique en état de choc qui ne peut expliquer l’étrange série d’événements qui a mené à ce crime. Tout comme il ne peut prévoir le drame qui est sur le point de se dérouler.
À l’ombre de propriétés luxueuses, de soirées extravagantes, d’affaires sombres et de diverses influences politiques, trois vies s’entremêlent dangereusement. Celle d’Ajay, domestique attentif, né d’une famille très pauvre, qui tente de gravir les échelons. Celle de Sunny, jeune héritier charismatique qui rêve d’éclipser son père. Et celle de Neda, journaliste prise entre la morale et son désir. Les liens qui unissent ces personnages seront-ils pour chacun une porte de sortie ou l’élément déclencheur d’une plus grande destruction ?

 

 

Chronique : Annoncé comme un des gros phénomènes littéraires de 2023, j'ai commencé ce roman avec d'énormes attentes et je peux vous garantir après lecture que ce titre mérite toute votre attention.

Annoncé comme le premier tome d'une trilogie, Age of Vice signe le début d'une saga incroyable au cœur de l'Inde à partir de la fin du siècle dernier jusqu'à nos jours. Audacieux, percutant, violent et fulgurant : tous ces adjectifs sont bons pour décrire le souffle romanesque de ce livre qui entremêle le destin de plusieurs personnages très différents.

Venez à la rencontre d'Ajay, jeune homme qui a vécu les pires atrocités dans la misère absolue, qui va survivre malgré tout pour se mettre au service d'une famille puissante et dangereuse. Venez découvrir Sunny, jeune héritier sur qui pèse le poids des traditions et qui va annihiler progressivement sa liberté et son âme au profit des attentes de son père. Venez enfin discuter avec Neda, jeune journaliste qui tombera sous le charme de Sunny et qui va se confronter à la brutalité de son milieu. Trois personnages complémentaires et complexes, chacun ayant une part d'ombre et de lumière et chacun devant faire des choix terribles dans un monde impitoyable.

Deepti Kapoor décrit avec force les différentes strates sociales de l'Inde passant de l'horreur de la pauvreté à la richesse ostentatoire, la violence est omniprésente amenant sacrifice, trahison, amour déchiré, amitié brisée et mort choquante. L'auteure incise au scalpel pour dévoiler les zones méconnues de son pays loin de l'image idyllique de la retraite spirituelle, elle n'hésite pas d'ailleurs à critiquer cette vision "touristique" qui cache les problèmes et souffrances de nombreuses personnes.

Le style du roman varie en fonction des personnages et des époques. Certaines parties sont courtes, enfiévrées alors que d'autres sont plus contemplatives et introspectives, le tout est parfaitement équilibré jusqu'au dénouement spectaculaire qui ne donne qu'une seule envie : lire la suite.

En attendant la suite de ce premier tome remarquable, je ne peux que vous recommander de vous plonger dans ce roman incomparable qui met en lumière une romancière talentueuse.

 


 

lundi 26 décembre 2022

Au départ nous étions quatre - P.E. Cayral

CHRONIQUE DE SCARLETT

Résumé : Une ferme familiale en Bretagne. Les vies s’écoulent sans répit entre terres agricoles et océan. Le père travaille aux champs, la mère tient à ses livres. Trois frères nés à quelques minutes d’intervalle essaient de tracer leur chemin. Une femme aux élans de guérisseuse passe de l’un à l’autre, selon qu’ils ont besoin d’être sauvés ou qu’ils tiennent à nouveau sur leurs pieds.
Les cycles de la terre, les guerres du monde, le charivari du business, l’amour, la perte de l’amour, le deuil, les fantômes, le hasard, la fratrie pour horizon ou tombeau.
À quelques minutes d’intervalle, ce sont l’ordre, les rôles, les destins qui s’écrivent, et il faut presque une vie, et beaucoup de chaos, pour déjouer les prédestinations et prétendre à renaître.





Chronique


 «Quand je les ai en main, vous voyez, je tords la peau de leur couverture qui se greffe à ma paume. De leur papier si fin monte le vent des mots, le silence me prend et m’emmène dans des recoins de mondes inattendus. Ils m’envoient des messages ; je leur donne mes pleurs et mes sourires chaque fois renouvelés, chaque fois différents.»

 

Dans « Au départ, nous étions quatre » très subtil premier roman l’auteur donne à tour de rôle la parole à trois frères jumeaux nés dans une ferme bretonne près de la mer.

Gus, Gil et Grégoire sont aussi différents qu’identiques. Ils sont nés presque au même moment, dans un même lieu et autant chacune de leur personnalité va les emmener vers des horizons divergents ; autant leur histoire commune les liera à jamais dans ce qu’ils sont intrinsèquement.

Nous nous baladerons d’une vie à l’autre, avec  Gus et ses envies d’échapper à la ferme qui part à la ville et devient dans un premier souffle commercial en lingerie fine , qui rencontre Jéromine une artiste dessinatrice de tatouage et qui avec le temps sera rattrapé par le passé. Gil pour couper un peu le cordon de ce trio incontournable choisit un lycée agricole pour y apprendre à exister sans ses frères et revient ensuite bien ancré dans la terre s’installer à la ferme parentale. Quant à Grégoire que tous surnomment PS il sera soldat, un homme vif mais aussi tourmenté qui revient tel l’enfant prodige après ses missions extérieures.

P.E Cayral nous livre leurs pensées, leurs émotions mais aussi celles de leur entourage ; les parents, les amis , les compagnes  interagissent dans la vie de ses trois hommes et font bouger les curseurs de leur choix respectif. Ces trois frères porteront toujours en eux conscients ou inconscients le poids de l’absence du quatrième frangin mort né.

Ce roman nous parle de la douleur de perdre un être cher mais aussi du désir d’enfant, de l’intimité d’un couple, de la vie de soldat fermier ou bien commercial, des lieux qui nous déterminent, des histoires aussi qui nous façonnent, des rencontres qui orientent nos vies .

L’auteur dans une écriture délicate trouve les mots justes pour décrire les choses simples et essentielles d’une vie, de leurs vies, de la vie. Les protagonistes par leurs bonheurs, leurs espoirs mais aussi leurs tragédies et leurs tourments deviennent des personnages héroïques de la vie quotidienne.

Ce roman est aussi teinté d’une  incommensurable nostalgie, cette douleur originelle qui définira tellement les destinées de chacun, c’est bouleversant .

Merci à l’auteur pour ce très beau premier roman.

 

«Dans l’encre crépitante et la vie qui s’en va, le feu inonda d’orangés et de temps arrêté la pièce tout entière. Pourtant, son visage me sembla vibrer encore longtemps dans la danse des flammes

Tiens encore, s’il te plait ! Dis-moi ton nouveau rêve !.»

 



 

vendredi 23 décembre 2022

Moi, Julia - Santiago Posteguillo

CHRONIQUE DE SCARLETT

Traduction : Hélène Serrano

Résumé : 192 après J.-C. : Rome est sous le contrôle de Commode, un empereur fou. L’assassinat du tyran, puis du nouvel auguste nommé par le Sénat, ouvre la porte à un tourbillon d’intrigues et de luttes pour le pouvoir. Les prétendants sont prêts à tout, pensant que le jeu est sur le point de commencer. Mais pour Julia Domna, il a déjà commencé… À Rome, l’intelligence et la beauté de la belle Syrienne suscitent admiration et jalousie. Dans son combat pour protéger sa famille et servir les intérêts de son mari, le gouverneur Septime Sévère, Julia fait preuve d’une grande clairvoyance et de beaucoup d’ingéniosité au milieu d’une époque tumultueuse. Une époque marquée par la succession de quatre empereurs en autant d’années. Tandis que le grand empire de Rome est menacé par une guerre civile capable de saper ses fondements mêmes, Julia a un plan très ambitieux : faire de Septime Sévère le futur empereur et fonder une dynastie.

 

Chronique

«En certaines occasion, ce n’est pas en obtenant plus de pouvoir qu’on assure sa survie mais en le refusant, en le tenant à distance autant de fois qu’il nous est offert.. »

 

Ce très beau, riche et imposant roman nous conte l’histoire de Julia Domna, née en Syrie aussi belle qu’intelligente et dont les natifs de la Rome antique se méfient .Les hommes craignent et sont fascinés par son esprit analytique, sa vision politique, sa beauté et les femmes la jalousent, les uns et les autres la rejetant aussi parce qu’elle n’est pas romaine de naissance. Moi je dis chapeau Julia, parce que les intrigues romaines ne te font pas fuir, tu les combats et les contres avec aisance et anticipation. Chapeau Julia car tu arrives à mener de front tes batailles stratégiques tout en préservant ton amour pour ton illustre mari le gouverneur Septime Sevère qui te respecte et t aime lui aussi, chapeau parce que tu es femme, amante et mère sans renier ta personnalité, tes origines.

D’Antioche à York, de Rome en Syrie on suit les complots, les combats et les amours de tous les personnages de ce roman épique qui ressemble à un péplum très moderne, dont l’héroïne serait un mélange de déesse chasseresse, de Mata Hari matinée d’une amoureuse passionnée et d’une  mère attentive.

L’auteur a fait un remarquable travail de renseignements qu’il nous distille au fur et à mesure de ce roman foisonnant, nous permettant de rencontrer de nombreux empereurs romains des plus fous aux plus couards. Santiago Posteguillo nous offre aussi un savoureux échantillon de personnages riches, complexes et humains que ce soit le narrateur de cette aventure Claude Galien médecin impérial qui deviendra un proche de Julia, ou alors Calidius esclave important de la maisonnée Sévère qui aspire à une émancipation libératrice, mais aussi l’empereur Commode et ses folies meurtrières.

On apprend l’importance durant cette époque des trois gouverneurs dans les régions stratégiques de l’empire romain, on comprend mieux les manipulations perpétuelles, méfiances, défiances politiques dans un empire ou les têtes peuvent tomber à tout moment. On vit les arènes, les jeux du cirque, la plèbe et les sénateurs. Des guerres, des complots , de l’amour et de la haine, une recette vraiment réussie alors si plus de 800 pages ne vous rebutent pas, si vous avez envie de vous évader un peu et remonter vers l’antiquité foncez car vous passerez un excellent moment de lecture .

 

 

«Maudite sois-tu, Julia, mille et une fois. Tu as survécu à la folie de Commode et à la faiblesse de Pertinax, tu as éliminé Julianus et Niger, mais cette fois-ci, cela ne se passera pas comme ça. Cette fois-ci, Julia, tu ne te battras pas contre un homme.».