mercredi 13 janvier 2021

Pachinko - Min Jin Lee

 Traduction : Laura Bourgeois

Résumé : Début des années 1930. Dans un petit village coréen, la jeune Sunja se laisse séduire par les belles paroles et tendres attentions d’un riche étranger. Lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte et que son amant est déjà marié, elle est confrontée à un choix : devenir, comme tant d’autres jeunes femmes dans sa situation, une seconde épouse, une « épouse coréenne » ou couvrir sa famille de déshonneur. Elle choisira une troisième voie : le mariage avec Isak, un pasteur chrétien qu’elle connaît à peine et qui lui offre une nouvelle existence au Japon. Cette décision est le point de départ d’un douloureux exil qui s’étendra sur huit décennies et quatre générations.




Chronique : Pachinko fait partie des titres dont j'attendais avec grande impatience la parution en France, les éditions Charleston nous offrent encore une fois une magnifique découverte littéraire !

Passionnée par la culture coréenne, je ne pouvais pas passer à côté de ce livre qui a eu un énorme succès aux États-Unis (au point d'être salué par Barack Obama en personne). Pachinko est un très beau roman qui met en lumière une histoire déchirante et des personnages inoubliables.

Ce roman a su me transporter dans le temps et dans l'espace, a su me plonger au cœur de la grande Histoire en contant le récit de plusieurs vies, plusieurs générations qui se succèdent et reprennent le flambeau. Ce que j'aime particulièrement c'est justement lorsque des histoires personnelles croisent les grands moments historiques, lorsque les personnages nous embarquent dans une grande aventure.

Épopée humaine bouleversante, Pachinko met en lumière des protagonistes mémorables : il y a bien sûr Sunja, jeune adolescente éprise d'un homme plus âgé et qui va affronter son destin avec courage; Isak un pasteur fragile mais altruiste qui saura apporter une pointe de lumière à Sunja; Hansu, l'homme mystérieux dont le chemin croisera toujours celui de Sunja; et il y en a bien d'autres : les générations passées, présentes et à venir; les amis, les mères et les enfants. Tous ces destins qui se lient, se relient et forment ainsi un roman foisonnant, riche et superbe.

Lire Pachinko c'est aussi en apprendre plus sur l'Histoire de la Corée, il y a les guerres qui s'enchaînent, l'occupation japonaise, l'horrible traitement subi par les Coréens notamment au Japon où Sunja devra immigrer. Ce sont des grands moments qui sont dépeints en même temps que l'intrigue centrale continue de nous émouvoir. Sunja et ses proches ne seront pas épargnés, les personnages devront faire face à des épreuves difficiles et en même ils susciteront d'autant plus notre admiration du fait de leur opiniâtreté et de leur force.

En définitive, Pachinko est une grande saga familiale qui s'entremêle à l'Histoire, un roman qui saura vous bouleverser.

 


 

dimanche 10 janvier 2021

Ces orages-là - Sandrine Collette

Résumé : Clémence a trente ans lorsque, mue par l’énergie du désespoir, elle parvient à s’extraire d’une relation toxique. Trois ans pendant lesquels elle a couru après l’amour vrai, trois ans pendant lesquels elle n’a cessé de s’éteindre.
Aujourd’hui, elle vit recluse, sans amis, sans famille, sans travail, dans une petite maison fissurée dont le jardin s’apparente à une jungle.
Comment faire pour ne pas tomber et résister minute après minute à la tentation de faire marche arrière  ?

 

 

 

 

 

 

Chronique : Voici ma première lecture française de l'année ! Après Et toujours les forêts (lauréat notamment du Prix du Livre France Bleu/Page des libraires dont j'ai été membre du jury), voici le nouveau roman de Sandrine Collette.

Une chose est sûre avec cette romancière : on est toujours surpris ! Si vous vous attendez à un roman dans la lignée du précédent, détrompez-vous: Ces orages-là est très différent. Après un roman post-apocalyptique fascinant, voici un roman sombre qui pourrait faire un peu penser à un mélange entre les œuvres de Delphine de Vigan et de Barbara Abel.

Ce que j'aime dans les romans de Sandrine Collette c'est qu'ils sont en réalité inclassables : est-ce un thriller psychologique ? Un roman noir ? Au final peu importe les cases et les genres, le principal est de lire et même ici de dévorer ce livre d'une grande efficacité !

En effet j'ai lu ce roman en deux heures à peine, scotchée sur mon canapé à me demander comment tout cela pouvait se terminer. L'auteure nous offre une lecture terriblement addictive où les pages défilent alors même qu'il ne se passe au final rien de particulier pendant une grande partie de l'histoire. Tout repose sur la psychologie du personnage central : une femme qui a été piégée dans une relation toxique, malsaine et qui a réussi à sortir de cette emprise, à s'enfuir pour essayer de se construire une nouvelle vie.

Dès lors le lecteur se demandera tout le long ce qui pourra bien arriver : l'homme qu'elle fuit va t il revenir ? Comment les retrouvailles vont-elles se passer ? Clémence risque t elle de retomber dans ses bras ou est-elle assez forte pour résister ? Même si elle arrive à progressivement nouer des liens avec d'autres personnes, le danger rôde... Sandrine Collette nous capture ainsi dans sa toile narrative jusqu'au dénouement qui, sans être extraordinaire, se révèle assez satisfaisant.

En définitive, Ces orages-là est un roman efficace et addictif, il n'est pas inoubliable mais se lit avec plaisir et intérêt.

 


 

 

samedi 9 janvier 2021

Un bref instant de splendeur - Ocean Vuong

Traduction : Marguerite Capelle

Résumé : Un bref instant de splendeur se présente sous la forme d’une lettre qu’un fils adresse à sa mère qui ne la lira jamais. Fille d’un soldat américain et d’une paysanne vietnamienne, elle est analphabète, parle à peine anglais et travaille dans un salon de manucure aux États-Unis. Elle est le pur produit d’une guerre oubliée. Son fils, dont la peau est trop claire pour un Vietnamien mais pas assez pour un Américain, entreprend de retracer leur histoire familiale : la schizophrénie de sa grand-mère traumatisée par les bombes ennemies au Vietnam, les poings durs de sa mère contre son corps d’enfant, son premier amour marqué d’un sceau funeste, sa découverte du désir, de son homosexualité et du pouvoir rédempteur de l’écriture.

 

 

 

 

Chronique : Ce livre était sûrement le roman que j'attendais le plus de la rentrée d'hiver en littérature américaine.

J'avais lu le premier recueil de poésie d'Ocean Vuong et j'étais tombée sous le charme de cette plume sublime. Un bref instant de splendeur a eu un immense succès aux USA et j'avais donc hâte de lire ce premier roman, j'en attendais vraiment énormément.

Dès le début on comprend que l'auteur souhaite expérimenter, dépasser les limites de l'écriture, mélanger les périodes, les différentes strates de l'histoire. On admire immédiatement le style magnifique : c'est une écriture qui s'évade, nous échappe, virevolte, prend vie devant nous. L'auteur se transcende, se livre et se délivre par les mots, son personnage principal s'ouvre à sa mère qui ne peut le lire, lui dit tout sans rien lui cacher tout en sachant qu'elle ne pourra jamais lire tout ce qu'il pense, ressent et souhaiterait lui avouer. Le personnage suit le cours de ses pensées, passe d'un élément à un autre sans chercher à donner une cohérence absolue à sa lettre.

C'est un roman aussi très intimiste : le personnage parle ici de sa relation compliquée avec sa mère, de son lien avec ses proches, de son homosexualité et de son premier amour. C'est un roman sur l'amour, les origines, le langage, les mots, la littérature et la vie tout simplement. Un livre sur le lien entre nos proches et nous, ce qu'on leur dit et ce qu'on leur cache. C'est un roman qui nous livre indéniablement un bref instant de splendeur grâce à la plume enchanteresse de son auteur.

Après toutes ces éloges, je dois quand même souligner un bémol. Pendant ma lecture, j'ai eu la sensation que l'auteur était tellement focalisé sur son écriture qu'il en oubliait parfois son histoire. L'écrivain s'émancipe ainsi complètement d'un cadre narratif mais cela amène parfois la perte du fil conducteur (et du lecteur au passage). J'aurais aussi aimé que certains points soient plus développés. Cela entraîne une seconde conséquence pour ma part : j'ai été un peu détachée du texte, comme s'il y avait une barrière hermétique aux émotions entre ce livre et moi-même. J'aurais aimé être beaucoup plus émue en lisant ce livre et pourtant à part quelques passages précis, j'ai plutôt eu l'impression d'une distance entre le texte et moi, d'être exclue en raison du caractère très personnel des confessions du personnage et que j'étais une intruse qui espionnait les pensées du héros.

En définitive, Ocean Vuong est indubitablement un très grand écrivain et j'ai hâte de lire ses prochains écrits. Je termine ce livre en étant très admirative de la forme, de l'écriture (et je tiens ainsi à saluer la traduction sublime de Marguerite Capelle, une très grande traductrice) mais je suis plus dubitative concernant l'histoire et le fond où je suis un peu passée à côté.

 


 

vendredi 8 janvier 2021

Justice indienne - David Heska Wanbli Weiden

Traduction : Sophie Aslanides

Résumé : Sur la réserve indienne de Rosebud, dans le Dakota du Sud, le système légal américain refuse d’enquêter sur la plupart des crimes, et la police tribale dispose de peu de moyens. Aussi les pires abus restent-ils souvent impunis. C’est là qu’intervient Virgil Wounded Horse, justicier autoproclamé qui loue ses gros bras pour quelques billets. En réalité, il prend ses missions à cœur et distille une violence réfléchie pour venger les plus défavorisés. Lorsqu’une nouvelle drogue frappe la communauté et sa propre famille, Virgil en fait une affaire personnelle. Accompagné de son ex-petite amie, il part sur la piste des responsables de ce trafic ravageur. Tiraillé entre traditions amérindiennes et modernité, il devra accepter la sagesse de ses ancêtres pour parvenir à ses fins.

 

 

 

 

Chronique : Comme toujours chaque parution Gallmeister est incontournable et j'avais hâte de commencer l'année en beauté avec leur première parution 2021!

Lorsque j'ai vu que Justice indienne était salué par Louise Erdrich, Craig Johnson ou encore Tommy Orange, j'ai eu immédiatement envie de le lire et j'en attendais beaucoup. Sans être un coup de cœur, j'ai passé un agréable moment de lecture et j'espère retrouver le personnage principal dans d'autres aventures !

Ce roman plaira indéniablement à tous les fans de Craig Johnson, c'est un roman qui nous présente un personnage principal attachant et qui a en même temps sa part d'ombre. C'est un héros et un antihéros à la fois, un être qui se venge pour le bien commun, qui donne des corrections à ceux qui le méritent et qui ne sont jamais inquiétés par les forces de l'ordre, une sorte de Batman (mais sans le masque) qu'on apprécie pour son franc-parler.

Ce que j'ai particulièrement apprécié dans ce livre c'est son originalité. L'auteur nous parle des réserves et de la vie des Indiens lakotas tout en imprégnant son intrigue d'un côté polar. Ce roman est ainsi très différent des nombreux autres titres que j'ai pu lire sur des thématiques similaires, c'est à la fois un roman noir et un roman social, un polar avec de la violence et des moments de tendresse, avec une enquête et des révélations et en même temps on en apprend énormément sur la vie de cette communauté.

L'auteur retranscrit ainsi toutes les injustices que subissent encore les Amérindiens aujourd'hui, à quel point la justice est aveugle sur les réserves, il y a encore un long chemin à faire...

Après je n'ai pas eu de coup de cœur pour ce livre parce que je n'ai pas été pleinement convaincue par le côté polar. Ce livre fait 400 pages et je pense sincèrement qu'il aurait pu en faire 300 car l'intrigue souffre de quelques longueurs et redondances. Il y a beaucoup de moments similaires, inutiles ou répétitifs qui font perdre du rythme au roman. Je pense aussi que l'enquête aurait pu être plus palpitante et addictive.

En définitive, j'ai apprécié ma lecture dans l'ensemble même si j'ai trouvé que l'enquête manquait un peu de rythme.