mardi 20 avril 2021

Derniers jours d'un monde oublié - Chris Vuklisevic

Résumé : Plus de trois siècles après la Grande Nuit, Sheltel, l’île du centre du monde, se croit seule rescapée de la catastrophe. Mais un jour, la Main, sorcière chargée de donner la vie et de la reprendre, aperçoit un navire à l’horizon. Il est commandé par une pirate impitoyable, bien surprise de trouver une île au milieu du Désert Mouillé.
Si la Main voit en ces étrangers une menace pour ses secrets, Arthur Pozar, commerçant sans scrupules, considère les intrus comme des clients potentiels, susceptibles d’augmenter encore, si possible, son immense fortune. C’est une nouvelle ère qui s’ouvre. Qu’elle les mène à la gloire ou à la ruine, la sorcière, la pirate et le vieux marchand en seront les instigateurs, bien malgré eux.

 

 

 

 

 

Chronique : Derniers jours d'un monde oublié est un titre que j'avais très envie de découvrir, un premier roman qui signe les débuts prometteurs de Chris Vuklisevic.

Les éditions Folio ont publié de nombreux grands auteurs de l'imaginaire, ma bibliothèque déborde de leurs livres et j'ai donc plongé dans cet inédit (lauréat du concours organisé pour les 20 ans de la collection SF de Folio) avec de grandes attentes, mettons fin au suspens dès à présent : ce fut une très bonne découverte !

La fin du monde a eu lieu et sur une île préservée, des survivants se sont adaptés. Alors que Sheltel a un fonctionnement précis où les règles sont strictes, la vie ordonnée des habitants va prendre un nouveau tournant lorsqu'un bateau pirate va apparaître à l'horizon. La révélation de ne pas être les seuls rescapés de l'apocalypse va engendrer des défaillances dans le système jusqu'aux derniers jours d'un monde oublié...

Au cœur de ce bouleversement, le lecteur va croiser de nombreux personnages fascinants et loin d'être manichéens : une Sorcière qui suscite la crainte et le respect, un Vieux Marchand qui cherche le profit et une Pirate en quête de liberté. Petit à petit le lecteur va apprendre à les découvrir, va comprendre qu'ils ont chacun leurs secrets et leur part d'ombre. Les personnages secondaires sont aussi très intéressants et participent à l'élaboration de cet univers si travaillé.

Ce que j'ai particulièrement aimé dans ce roman c'est ce mélange entre des histoires humaines, personnelles et en même temps la mise en avant d'une société élaborée, ancrée dans la tradition et dans des croyances, une société sur le point de basculer alors même qu'elle a survécu à une fin du monde. C'est un roman qui nous conte une histoire profonde, philosophique, émouvante et qui possède une tonalité universelle alors même que tout se déroule dans un cadre spatio-temporel très restreint. Enfin, l'auteure a su donner un côté vraiment original dans sa narration et la construction de son roman.

En définitive, j'ai beaucoup aimé ce roman qui possède de très belles qualités et j'ai hâte de découvrir ce que l'auteure nous réserve pour son prochain livre !



lundi 19 avril 2021

L'Ange déchu - Chris Brookmyre

 














 

L'Ange déchu

Chris BROOKMYRE

Traduit par : Céline Schwaller

 

 

Toute la famille Temple se retrouve dans la maison de vacances au Portugal après la mort du père, un professeur de psychologie reconnu pour sa méthode de discréditation des théories complotistes. Pour Amanda, la nouvelle nounou des voisins, ils semblent tout avoir : la mère a été une actrice célèbre, les trois enfants sont des adultes comblés. Mais la perfection n’existe pas, et moins encore en famille. Leur passé commun les met en face des comptes à régler.

Seize ans auparavant, la petite Niamh Temple est morte dans cette maison. Amanda commence à penser que l’un des membres de la famille cache quelque chose d’inavouable… et avoir des soupçons peut s’avérer dangereux.

Une intrigue psychologique tendue et palpitante, où même les twists ont des twists. Avec un talent hors pair, l’auteur nous mène de chausse-trapes en impasses jusqu’au bout. Un roman qui montre la séduction des théories du complot et à quel point les pires mensonges sont ceux que l’on se raconte à soi-même. Un thriller familial étouffant, surprenant et subtil qui vous fera réfléchir à deux fois avant de partir en vacances avec une famille élargie.

 

Chris Brookmyre est un écrivain écossais né à Glasgow en 1968. Ses romans sont un mélange de comédie, de politique, de critique sociale et d'action, le tout soutenu par une puissante force narrative. Il est l'un des auteurs du mouvement littéraire Tartan Noir. Depuis 2008, il est président de la Humanist Society of Scotland.

 

Grybouille

 

Mode découverte pour le Léa Touch Book, c’est un toujours un moment spécial.

Chaque lecteur (trice) souhaite trouver une perle, non, la perle rare pour passer un bon moment.

 

Alors que nous réserve Chris BROOKMYRE ?

 

L’histoire est construite sur les non-dits, les secrets, les rancœurs dans une famille qui a connu des moments de gloire.

Un va et vient entre 2002 et 2018…

 

2002, la disparition d’une très jeune enfant dénommée Niamh Temple, morte dans des circonstances mystérieuses…

 

2018, Max Temple un scientifique connu et reconnu comme un pourfendeur de conspirations, devenu célèbre lors de son intervention dans une émission à la télévision, vient de mourir.

Son épouse Célia, ancienne actrice, va réunir dans la maison familiale de vacances du Portugal tous les éléments de leur famille.

Et une jeune étudiante Amanda, la baby-sitter, qui veut devenir journaliste.

 

Ce thriller en huis-clos est une réussite. La manière dont les éléments prennent corps au fur et à mesure de la lecture du roman, retenant ainsi jusqu’à la fin le lecteur (trice) suspendu au rythme de l’écriture de Chris Brookmyre est tout simplement du bel ouvrage.

 

Ici tout se joue de manière subtile, le lecteur (trice) est choyé.

 

Nous vous souhaitons bonne lecture.

@ Bientôt,

 



 

dimanche 18 avril 2021

La Passeuse de mots [Tome 1] - Alric et Jennifer Twice

Résumé : Dans le royaume de Hélios, les mots ont un pouvoir. Celui de créer, d’équilibrer, puis de détruire le monde. Lorsqu’on les prononce, aucun retour en arrière n’est possible. Arya, une jeune fille de la capitale, est passionnée de livres. Elle en dévore chaque mot. Mais elle est loin de se douter qu’elle est la clé pour sauver son royaume, le seul qui ait restreint l’utilisation de la magie grâce à un traité. Un traité qui ne plaît pas aux rebelles, prêts à tout pour l’éradiquer. À l’aube des changements qui s’annoncent, les Mots se réveillent pour établir l’ordre dans le chaos, la vérité dans l’illusion.
Ils attendent leur Appel. Celui de la Passeuse de Mots.

 

 

 

 

 

 

Chronique :

Chères lectrices, chers lecteurs, nous voici à l'aube d'une grande aventure littéraire !

Il est toujours plaisant de retrouver la plume d'un auteur connu mais il y a un autre plaisir incommensurable en tant que lecteur : découvrir de nouveaux et talentueux écrivains.

En terminant ce premier tome, j'ai eu deux certitudes. La première : nous sommes en présence d'une œuvre importante qui marquera les lecteurs, les aidera à mûrir, grandir et leur permettra (même à un âge plus avancé) de ne jamais oublier de se laisser guider parfois par cette deuxième étoile à droite et tout droit jusqu'au matin. C'est un pouvoir immense qui n'appartient qu'aux grands romans. La seconde certitude est la suivante : les auteurs AJ Twice viennent d'intégrer le panthéon des écrivains incontournables de l'imaginaire. Si je lis depuis toujours c'est pour croiser sur ma route des romans comme celui-ci. Pour constater que l'imagination n'a aucune limite et que les mots sont essentiels.

Dès les premières pages, on ne peut qu'être époustouflé par la qualité de l'écriture de ces deux auteurs. Cette plume donne vie aux lieux, nous plonge dans un univers pour nous livrer toutes ses merveilles via nos cinq sens mis en éveil. En tournant les pages, on comprend qu'on vient d'entrer dans un premier tome riche et passionnant. En terminant ce livre, on est persuadé d'avoir lu une remarquable aventure humaine au pays de l'imaginaire à l'image d'Harry Potter, Ellana, La Passe-Miroir et d'autres œuvres du même niveau.

Mon coup de cœur est ainsi dû à cette écriture si accomplie qu'elle rivalise avec les classiques du genre. On voit les paysages défiler devant nos yeux, on sent les odeurs, on ressent avec force tout ce qui forge ce monde à part entière.

Au-delà de cette plume qui sublime le tout, j'ai été captivée par chacun des personnages proposés dans ce roman. On ne peut que s'attacher à Arya en raison de son amour des livres, de son courage et de sa volonté. Certes au départ elle se révèle un peu fragile mais elle en est d'autant plus réaliste et humaine : elle va grandir, s'agrandir, devenir plus forte au fur et à mesure de ses voyages et de ses rencontres. Je suis aussi tombée sous le charme de Killian, ce voleur très charismatique et mystérieux et j'ai adoré Alric, cet être immortel brisé et ténébreux. D'autres personnages sont présents, attachants et très bien construits et tout ce que je souhaite pour la suite c'est d'en croiser de nouveau. J'espère notamment que le groupe uni d'Arya, Killian, Alric et Saren s'agrandira avec un nouveau personnage féminin pour apporter une nouvelle dynamique et de nouvelles leçons à la touchante Arya.

J'ai eu un coup de cœur pour la plume, les personnages, l'univers et enfin pour l'histoire en elle-même. Ces deux écrivains nous offrent de nombreux rebondissements, nous aident à nous évader dans des endroits magnifiques et fascinants et font progressivement évoluer les personnages tout en gardant encore de nombreux secrets en réserve. Ils ont évité tous les pièges d'un premier tome de série et nous ont offert un merveilleux moment de lecture. Je suis très heureuse d'avoir la chance de les découvrir à leurs débuts, de voir leur talent être reconnu et éclore aux yeux de tous.

En définitive, ce roman est un hommage à tout ce que j'aime dans la littérature de l'imaginaire et en terminant ce livre je n'ai qu'une seule envie : lire la suite. La question est maintenant de savoir : comment réussir à attendre ? Merci de tout cœur à AJ Twice : je vous souhaite un immense succès car vous le méritez !


 

jeudi 15 avril 2021

En route vers des Rivages lointains...

 Aujourd'hui je souhaitais vous parler de deux romans publiés aux éditions Rivages et qui méritent toute votre attention !


D'un côté il y a un roman sublime qui nous offre une très belle épopée familiale. De l'autre il y a un roman qui joue avec les codes du polar pour mieux nous troubler.

Commençons avec Tout le bonheur du monde de Claire Lombardo (traduction : Laetitia Devaux). Sur presque 700 pages, Claire Lombardo nous offre un des meilleurs premiers romans que j'ai eu l'occasion de lire, les éditions Rivages ont débusqué ici une perle rare !

En lisant ce roman j'ai un peu pensé à Jane Smiley, il y a une véritable âme dans la plume de cette jeune romancière talentueuse et on ne peut qu'être séduit par ce livre qui se révèle riche et passionnant, foisonnant et émouvant, lumineux et sincère. Ouvrir ce roman, c'est accepter de s'attacher irrémédiablement à cette famille, de les accompagner jusqu'au bout et d'être triste de les quitter même si on sait qu'ils continueront de nous suivre encore longtemps.

Vous ne savez pas quoi lire alors que nous sommes tous enfermés ou alors vous essayez déjà de trouver votre lecture idéale estivale ? Quoiqu'il en soit voilà un livre qui sera parfait pour vous ! Ne craignez pas le nombre de pages car elles défilent à la vitesse de la lumière, c'est une lecture immersive et addictive où on oublie les heures qui passent.

Amour, colère, joies et peines, sourires et larmes, doutes et espoirs : tout est là et Claire Lombardo a ainsi réussi à capter avec justesse ce qui fait de nous des êtres humains dans toute notre complexité et magnificence. Une très belle découverte !

 

Alors qu'avec Tout le bonheur du monde j'ai découvert une très belle plume, avec L'Hôtel de verre je retrouve une plume déjà bien connue : celle d'Emily St. John Mandel (Traduction : Gérard de Chergé).

J'avais eu un très beau coup de cœur pour Station Eleven, l'auteure avait su insuffler quelque chose de nouveau et d'unique dans le genre post-apocalyptique à l'image de Cormac McCarthy avec La Route. Dès lors mes attentes étaient nombreuses concernant ce nouveau roman et une chose est sûre : Emily St. John Mandel sait se renouveler et nous surprendre !

L'Hôtel de verre est un roman déstabilisant où on rencontre des êtres brisés, broyés, charismatiques et loin d'être manichéens, où on plonge dans une atmosphère très particulière à la fois mélancolique et tragique et on se demande où l'auteure souhaite nous mener.

Ce qui se dégage de ce livre c'est une réelle finesse psychologique et narrative. L'auteure joue avec les codes du polar/roman noir pour nous faire dériver vers un roman plus intime, sensible et social. On retrouve aussi cette écriture envoutante qui nous happe immédiatement. Les lieux et les années se mêlent et s'entremêlent pour nous dépeindre la vie de protagonistes très intéressants, reliés d'une manière ou d'une autre.

Je n'ai pas eu le coup de cœur cependant car certaines parties du livre étaient moins captivantes que d'autres et je pense que l'auteure aurait pu garder un rythme plus soutenu ou une tension plus forte tout le long du roman.

En définitive, voici deux très bons romans parus aux éditions Rivages l'un ravira les lecteurs en quête d'émotion, de sincérité et d'humanité dans cette époque troublée; l'autre captivera les lecteurs en recherche de finesse psychologique et d'un récit unique.

mercredi 14 avril 2021

Mers mortes - Aurélie Wellenstein

 Résumé : La folie humaine a finalement eu raison des mers et des océans. Retranchés dans des bastions isolés, les hommes doivent maintenant faire face à un nouveau danger: le déferlement de marées fantômes, charriant les cadavres des animaux marins disparus, avides de vengeance. Requins, dauphins, raies, tortues et autres reviennent par vagues arracher leur âme aux derniers humains. Seuls les exorcistes parviennent encore à les protéger. Oural est de ceux-là. Jusqu’au jour où le capitaine Bengale le kidnappe et l’entraîne à bord de son vaisseau fantôme dans une épopée au cœur même des mers mortes, voguant de marée en marée pour atteindre son but ultime... 

 

 

 

 

 

 

Chronique : Aurélie Wellenstein est une très grande romancière, une écrivaine incontournable pour tous les amoureux de l'imaginaire. Je retrouve avec plaisir sa plume avec Mers mortes !

Aurélie Wellenstein est une véritable référence pour moi en matière de littérature de l'imaginaire. Elle est capable en un seul roman de mettre en place tout un univers et de développer son intrigue et ses personnages avec brio. Même si j'adore les séries, je dois avouer que cela fait du bien de temps en temps d'avoir une histoire contenue dans un seul roman (surtout lorsqu'on commence à s'inquiéter de voir certaines séries de Fantasy se terminer un jour...).

Avec Mers mortes, Aurélie Wellenstein nous offre un roman post-apocalyptique particulièrement intéressant et intelligent. J'ai toujours trouvé que la science-fiction et l'anticipation via les dystopies ou les romans post-apocalyptiques permettaient de souligner les problèmes du présent en les exacerbant dans le futur. Ce sont des livres qui éveillent l'âme et réveillent les consciences, qui nous interpellent et nous frappent en plein cœur.

Ce roman met en lumière un monde dévasté où les derniers survivants essayent de rester en vie en faisant face à des marées où les fantômes et cadavres des animaux marins cherchent vengeance en dévorant nos âmes. Au sein de ce monde nous retrouvons Oural, un être doté d'un don extraordinaire : il est exorciste et en tant que tel il peut affronter ces fantômes et les détruire avec une alliée inattendue, Trellia, un dauphin fantôme femelle. Sa vie va basculer lorsqu'un capitaine et son équipage vont le kidnapper afin de le forcer à faire le voyage en bateau avec eux... Oural va comprendre qu'ils ont une mission essentielle à réaliser.

Ce que j'ai particulièrement aimé dans ce livre c'est le message écologique qui s'en dégage. Au travers de ce roman, de cet univers détruit et violent, de ces marées sanguinaires et effrayantes et de la peur constante qui habite les survivants, on sent toute la détresse d'un monde qui a basculé, on sent que l'homme a tout anéanti... Ce roman fait indéniablement écho à notre époque, aux signaux d'alarme que certains refusent de voir, au réchauffement climatique qui nous signale qu'il est temps d'agir, de réagir pour éviter le pire.

Autre élément que j'ai adoré dans ce roman : comme dans tous les romans d'Aurélie Wellenstein, l'auteure n'essaye pas de nous apaiser ou de nous ménager. Elle va au bout de son histoire et n'hésite pas à offrir une fin difficile mais sincère, une fin nécessaire pour nous faire comprendre son message.

Je n'ai pas eu le coup de cœur comme pour Le Roi des fauves ou Le Dieu-Oiseau mais je pense que c'est parce que je suis plus sensible à ses livres en Fantasy qu'en Science-fiction et que j'aurais peut-être aimé qu'il y ait plus de pages pour en apprendre plus sur certains personnages.

En définitive, grâce à une intrigue efficace et engagée, Aurélie Wellenstein nous propose ainsi un roman profond et essentiel.

 


 

lundi 12 avril 2021

Exercice de confiance - Susan Choi


CHRONIQUE DE SCARLETT

Traduction : Laure Manceau

Résumé :  Sud des États-Unis, début des années 1980. David et Sarah s’aiment comme seuls peuvent s’aimer des adolescents – intensément, obsessionnellement. Ils ont quinze ans, rêvent de permis de conduire, d’une carrière artistique et viennent d’intégrer une prestigieuse école d’art dramatique. Sous la férule du professeur Kingsley, un “vétéran” de Broadway aux méthodes peu conventionnelles, les deux jeunes gens sont initiés au métier d’acteur – leurs émotions sont exhibées et disséquées, leurs vulnérabilités mises à nu. Mais en coulisse, c’est un jeu bien plus trouble – de pouvoir et de prédation – qui se joue. Douze ans après la fin de leurs études, Sarah retrouve certains de ses anciens camarades et un nouveau récit nous est révélé. Les rôles sont redistribués, des zones d’ombre sont éclaircies tandis qu’une autre vérité prend forme. Que s’est-il réellement passé à l’époque ? Qui faut-il croire ? Peut-on seulement se fier à soi-même, à ses propres souvenirs ? Questionnant le lien de confiance unissant le lecteur et l’auteur, Susan Choi livre un roman explosif sur les frontières du consentement et la malléabilité de la mémoire. Un tour de force littéraire couronné par le National Book Award en 2019.


Chronique :

"Tel le spectre d’une hôtesse de l’air flottant dans l’allée, je regarde ces deux adolescentes, Sarah qui n’aime pas Liam, Karen qui n’est pas aimée de Martin, et j’éprouve une mélancolie qui confine à la compassion. Les deux ont la même tristesse."

 

Dans « Exercice de confiance »  Susan Choi nous amène dans une ville du Sud des States. Là Sarah et David jeunes adolescents se rencontrent à l’Aca, école des arts et du théâtre. Leur attirance est immédiate et électrique. Et puis à un moment donné sur une succession de non-dits ils commencent à s’ignorer et jouent tellement bien l’indifférence qu’on devine l’effort d’acteur que cela leur demande et la violence que cette feinte indifférence fait subir à Sarah qui se retrouve ballotée dans une succession de sentiments confus et épuisants. Dans cette première partie du roman on rencontre les enseignants qui les entourent, les autres jeunes élèves de cette école si particulière. Ainsi on croise Manuel dont le fort accent hispanique ne met pas en valeur l’exceptionnel don pour le chant, ainsi que Joëlle qui voudrait rester la meilleure amie de Sarah malgré le temps qui les différencie et les éloigne inexorablement. Il y a aussi Karen, Pammie , Norbert ainsi que Martin, Liam et tous ces jeunes élèves anglais qui viennent un moment bousculer l’agencement et la place que chacun s’est trouvé ou a subi dans le roman.

Et oui dans le roman, parce que la deuxième partie du livre nous dévoile que ce que nous venons de lire est en fait le récit que Sarah a traduit dans un roman de sa version de l’histoire à l’Aca, son histoire, son ressenti. Sarah qui est devenue auteure et qui croise dans une librairie de Los Angeles lors d’une rencontre avec ses lecteurs Karen son ancienne amie de l’Aca dont elle s’est éloignée perdue dans la tourmente de ses années de l’Aca.

Dans la première partie du roman, nous lisons essentiellement le regard de Sarah sur ses années d’adolescente. Son relationnel avec des profs à la forte personnalité comme Mr Kinsgsley , son attirance foudroyante pour David et puis dans la seconde moitié de ce livre on comprend à travers le regard de Karen et des autres que certains événements très particuliers ont marqués à jamais ces jeunes , la vérité des uns étant souvent très éloignée du ressenti des autres.

Le livre de Susan Choi est exigeant, il demande un réel engagement de lecture car la première partie est un peu longue et assez lente en rythme tout en étant foisonnante de sentiments exacerbés. Les personnages peuvent nous sembler un peu confus alors que la seconde partie nous dévoile des êtres blessés , heurtés par les non-dits ainsi que les violences et agressions faites par des adultes. Les deux versions et le final qui remet tout en perspective soulignent les aléas de la mémoire, l’interprétation que l’on peut donner aux gestes, aux faits et les malentendus irréversibles qui peuvent en résulter.

Cela ressemble bien à un exercice de confiance entre le lecteur et l’auteure et il faut pour y prendre plaisir lâcher prise et se lancer dans la lecture sans a priori en insistant un peu car l’auteure a crée un roman d’une vraie et belle sensibilité qui se dévoile au fur et à mesure du récit.

 

"-Tu as senti que tu devais en avoir un ? Ou pensé que tu devais en avoir un ? Souvent, les pensées sont trompeuses. Un sentiment, lui, est toujours réel. Pas forcement vrai, mais réel ."