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mardi 29 août 2023

Nos coeurs disparus - Celeste Ng

Traduction : Julie Sibony

Résumé : États-Unis d’Amérique, dans un futur pas si lointain. L'existence de tous est rythmée par des lois liberticides. Tout citoyen de culture étrangère est considéré comme dangereux pour la société.
Les livres tenus pour séditieux sont retirés des bibliothèques. À commencer par ceux de la poétesse Margaret Miu, disparue mystérieusement trois ans plus tôt. Bien décidé à la retrouver, son fils, Bird, aidé par un réseau clandestin de bibliothécaires, va peu à peu prendre conscience du sort des opprimés et de la nécessité impérieuse de porter leur voix.

 

 

 

 

 

Chronique : Parmi mes romancières préférées, il y a Celeste Ng qui en deux romans s'est imposée comme une référence. J'avais beaucoup aimé Tout ce qu'on ne s'est jamais dit, j'ai eu le coup de foudre pour La Saison des feux et j'ai adoré son tout nouveau et troisième roman : Nos cœurs disparus.

Au départ je dois reconnaitre que j'avais peur de tomber sur une énième dystopie dans la lignée de La Servante écarlate. J'ai lu (et aimé) énormément de romans dans ce genre littéraire mais cela commence à devenir une mode un peu trop répétitive. Néanmoins il faut savoir faire confiance à Celeste Ng pour offrir une version très personnelle du roman d'anticipation.

En réalité la première partie de ce titre n'est pas ma préférée, elle est assez lente, elle permet d'installer le cadre et de comprendre en quoi consiste ce futur hypothétique. J'avais l'impression de retrouver une atmosphère assez similaire à de multiples autres titres mais progressivement on comprend les tenants et aboutissants de cette dystopie,  on comprend que le racisme anti-asiatique est le centre de cette nouvelle Amérique, que cet avenir effroyable est fondé sur des bases déjà présentes à l'heure actuelle dans la société américaine et qu'il s'agit dès lors d'un titre qui veut nous interpeller, nous mettre en garde, nous faire réfléchir. On sent dès lors toute l'implication personnelle de la romancière qui livre ainsi un titre très fort.

C'est à partir de la deuxième partie que j'ai clairement perçu la puissance de ce livre, où on appréhende la dimension beaucoup plus intime, humaine et émotionnelle de l'œuvre de Celeste Ng. En effet, la dystopie devient dès lors assez secondaire car la véritable histoire est celle d'une maman et de son enfant. En montrant la réalité très concrète, très humaine d'un tel futur, Celeste Ng veut frapper le lecteur en plein cœur et fait un choix extrêmement judicieux.

La romancière plante son décor avant de nous prendre la main, de nous prêter une loupe pour voir dans les faits, dans l'intime, dans la vie réelle, au sein de l'existence d'êtres comme vous et moi ce que cela peut amener : la séparation, la mort, le chagrin, l'injustice. Tout devient alors beaucoup plus déchirant jusqu'à ce dénouement bouleversant.

En définitive, malgré une première partie un peu lente, j'ai finalement totalement adhéré à ce titre et adoré cette histoire. Celeste Ng est une formidable conteuse dont j'attends avec impatience toujours et encore le prochain roman.

 



mercredi 6 janvier 2021

L'enfant de la prochaine aurore - Louise Erdrich

 

Traduction : Isabelle Reinharez

Résumé : Notre monde touche à sa fin. Dans le sillage d’une apocalypse biologique, l’évolution des espèces s’est brutalement arrêtée, et les États-Unis sont désormais sous la coupe d’un gouvernement religieux et totalitaire qui impose aux femmes enceintes de se signaler. C’est dans ce contexte que Cedar Hawk Songmaker, une jeune Indienne adoptée à la naissance par un couple de Blancs de Minneapolis, apprend qu’elle attend un enfant. Déterminée à protéger son bébé coûte que coûte, elle se lance dans une fuite éperdue, espérant trouver un lieu sûr où se réfugier. Se sachant menacée, elle se lance dans une fuite éperdue, déterminée à protéger son bébé coûte que coûte. 

 

 

 

 

Chronique : Louise Erdrich fait partie de mon panthéon, c'est une écrivaine au talent rare et j'attendais ce nouveau roman avec une grande impatience, voici mon retour de lecture.

Comme toujours avec Louise Erdrich, j'avais des attentes très importantes concernant ce nouveau roman, est-ce en raison de cela que je n'ai pas été aussi convaincue par ce livre que par les précédents ? Il y a sûrement d'autres raisons mais il est vrai que, malgré de belles qualités, ce livre n'est pas mon préféré de l'auteure.

Peut-être est-ce en raison du contexte actuel ? Ce roman raconte un monde qui bascule, un monde en proie à une crise biologique qui se transforme en crise politique et sociale. Un monde dans lequel une future mère tente de survivre, de comprendre ses origines, d'affirmer son identité et surtout de protéger son futur enfant. C'est un roman qui a su faire écho en moi en raison de son personnage principal, un livre très émouvant surtout dans son dénouement. Cependant alors que la crise sanitaire du Covid-19 fait encore rage en 2021, ce livre n'a pas réussi à me faire oublier le contexte actuel. Bien au contraire il a renforcé cette ambiance anxiogène et peut-être n'avais-je pas envie de cela.

Est-ce en raison du sentiment de ne pas retrouver complètement son auteure ? Ce roman est ainsi très différent des autres romans de Louise Erdrich. On retrouve certes la thématique des Amérindiens et de l'identité mais c'est avant tout une dystopie. Si je n'avais pas lu le nom de l'auteure sur la couverture j'aurais pensé que ce livre avait plus de chance d'être écrit par Margaret Atwood que par Louise Erdrich. On ne peut s'empêcher de comparer ce livre avec La Servante écarlate et d'autres livres similaires et dès lors L'enfant de la prochaine aurore souffre légèrement de la comparaison car il n'est pas précurseur dans le domaine.

Ou encore est-ce en raison du style ? J'avais l'habitude d'une plume plus poétique alors qu'ici nous sommes en présence d'une écriture assez directe et familière puisqu'il s'agit du journal intime de l'héroïne (qui s'adresse à son enfant). C'est une jeune femme qui dit tout, se livre entièrement au lecteur par ses confessions personnelles.

Ce livre est un très beau roman mais pour de multiples raisons (la lenteur de la première moitié du livre, la ressemblance avec d'autres dystopies ou l'écho avec le contexte actuel) je n'ai pas réussi à l'aimer autant que j'aurais voulu. Je pense que ce livre peut avoir un grand succès car il est dans la lignée d'un genre littéraire apprécié, parce que Louise Erdrich est une romancière talentueuse mais ce n'était pas ce que j'attendais personnellement.

En définitive, Louise Erdrich est sûrement ma romancière américaine préférée, je recommande ses livres régulièrement et sans aucune hésitation. Je pense que je n'ai tout simplement pas lu ce livre au bon moment ou alors j'avais des attentes différentes du récit proposé. Je suis donc passée un peu à côté de ce titre mais je le relirai dans quelques temps pour voir si le contexte a joué un rôle dans mon avis actuel.

 


 

jeudi 29 octobre 2020

Yardam - Aurélie Wellenstein

 

Résumé :

À Yardam, la folie est sexuellement transmissible.

Dans l’espoir d’endiguer l’épidémie, la population est mise en quarantaine, isolée du reste du monde.
Le virus n’a pas épargné Kazan. À l’image de la ville qui s’enfonce dans le chaos, il sombre lentement.

Pour s’en sortir, il serait prêt à toutes les extrémités, y compris à manipuler Feliks et Nadja, un couple de médecins étrangers venu s’enfermer volontairement dans la cité pour trouver un remède. Dans son désespoir, il va accomplir le pire…

 

 

 

 

 

Chronique : J'ai découvert cette année une romancière qui possède un talent incroyable, j'ai lu Le Dieu Oiseau en premier pour me précipiter ensuite sur tous les autres romans d'Aurélie Wellenstein. Je termine mon exploration avec son tout dernier : Yardam.

Pour le moment mes deux titres préférés restent Le Roi des fauves et Le Dieu Oiseau mais chacun des romans d'Aurélie Wellenstein possède un univers unique, une atmosphère incomparable, un style flamboyant, une intrigue fascinante et des personnages intrigants.

Je suis très admirative de son travail car elle a vraiment réussi à donner une nouvelle envergure au genre de l'imaginaire en France tout en évitant de s'engager dans des sagas à rallonge. À chaque fois, en un seul tome, la romancière réussit à tout mettre en place : personnages, histoire, univers. C'est impressionnant d'être témoin d'une telle maitrise du genre tout en faisant preuve d'une aussi grande originalité.

Si Yardam n'est pas mon titre préféré (peut-être celui que j'apprécie le moins même si je l'ai aimé tout de même) c'est peut-être parce que je préfère le style d'Aurélie Wellenstein lorsqu'elle se rapproche de la Fantasy plutôt que de la dystopie/de l'anticipation. Même si tous ses romans possèdent une certaine violence, Yardam est celui qui est le plus dérangeant, celui qui nous présente une histoire vraiment à vif, crue et qui interpelle d'autant plus le lecteur. Si je tiens à souligner ce point c'est parce que si vous ne connaissez pas son univers, je vous recommanderai plutôt un autre titre avant de vous plonger dans celui-ci.

Après j'ai vraiment aimé ce livre malgré le malaise que j'ai pu ressentir à certains moments, ce titre s'adresse à un lectorat mature/adulte, il faut avoir le cœur bien accroché car Aurélie Wellenstein n'hésite pas à nous piéger dans une intrigue redoutable, dans une atmosphère sombre dont on ne ressort pas indemne.

En définitive, j'ai beaucoup aimé ce livre comme tous les autres titres de l'auteure. Si vous ne la connaissez pas encore je vous conseillerai cependant de commencer par un autre de ses romans.

 


 

mardi 13 octobre 2020

2105 [Mémoire interdite] - Anouk Filippini

Résumé : En 2105, il n’existe plus que deux classes sociales: les Lastings – des privilégiés qui à l’adolescence reçoivent un sérum leur permettant de vivre 400 ans – et les Vulnérables, les citoyens ordinaires. Une fois par an, un grand concours est organisé pour permettre à des jeunes Vulnérables de recevoir le précieux sérum. Contre l’avis de sa mère, la jeune Sophìa décide de participer, mais elle est bientôt assaillie par des visions troublantes qui semblent surgir d’une époque taboue pour le gouvernement mondial : les années 2000. 

 

 

 

 

 

 

Chronique : Étant une fan absolue de dystopie, j'avais très envie de découvrir 2105 - Mémoire Interdite, voici mon avis.

J'aime énormément le genre de la dystopie, c'est un genre qui permet de mettre en lumière les failles actuelles de notre société en les exacerbant dans le futur, cela amène à percevoir la véritable nature des personnages qui doivent faire face à une situation extrême, injuste, révoltante. Il est vrai que depuis Hunger Games les parutions se multiplient, se ressemblent souvent... Qu'en est-il pour 2105 ?

En toute sincérité ce titre n'est pas original, il fait penser à de nombreux livres et films mais il est difficile de sortir du lot dans ce genre littéraire alors je me suis focalisée sur l'histoire et les personnages plutôt que sur l'originalité même du livre. Dès lors je peux dire que j'ai apprécié ma lecture dans l'ensemble : c'est un titre qui se lit de manière efficace, un titre solide, rythmé et prenant qui possède ainsi toutes les qualités pour nous faire passer un bon moment de lecture.

L'héroïne en elle-même est très intéressante du fait de son évolution, elle n'a rien de l'héroïne déjà forte et implacable, elle est touchante et possède des faiblesses, des failles qui la rendent encore plus attachante. En voyant son regard évoluer, le lecteur comprend au fur et à mesure les messages transmis par l'auteure, comprend qu'entre 2020 et 2105 il n'y a que quelques pas à franchir, que nous n'en sommes pas loin et même que nous y sommes déjà en quelque sorte : il y a les privilégiés et il y a les autres.

En définitive, cette dystopie est vraiment très agréable à lire, elle permet de souligner les failles de notre société, nous permet de remettre en perspective nos certitudes : une bonne lecture !

 



jeudi 28 mai 2020

Hunger Games : La ballade du serpent et de l'oiseau chanteur - Suzanne Collins

Traduction : Guillaume Fournier
Résumé : C'est le matin de la Moisson qui doit ouvrir la dixième édition annuelle des Hunger Games. Au Capitole, Coriolanus Snow, dix-huit ans, se prépare à devenir pour la première fois mentor aux Jeux. L'avenir de la maison Snow, qui a connu des jours meilleurs, est désormais suspendu aux maigres chances de Coriolanus. Il devra faire preuve de charme, d'astuce et d'inventivité pour faire gagner sa candidate.  Mais le sort s’acharne. Honte suprême, on lui a confié le plus misérable des tributs : une fille du district Douze. Leurs destins sont désormais liés. Chaque décision peut les conduire à la réussite ou à l'échec, au triomphe ou à la ruine. Dans l'arène, ce sera un combat à mort. Pour assouvir son ambition, Coriolanus parviendra-t-il à réprimer l’affection grandissante qu’il ressent pour sa candidate, condamnée d’avance ?






Chronique : Hunger Games est une série littéraire qui a réellement marqué ma vie de lectrice, une trilogie qui a forgé la lectrice que je suis aujourd'hui et comme tous les fans j'ai été folle de joie d'apprendre que Suzanne Collins allait nous offrir encore une excursion dans cet univers emblématique.

Que cela soit une suite ou un préquel, le risque est toujours présent de revenir à un univers qui a eu un tel succès, il y aura forcément des déçus mais je pense que lorsqu'on se lance dans une lecture comme celle-ci il faut surtout se laisser porter par le plaisir de retrouver un univers qu'on a aimé. D'avoir la chance d'y retourner une dernière fois (?). 

Alors pour commencer cette chronique je tiens à remercier Suzanne Collins d'avoir créé Hunger Games et de nous permettre de retrouver pour quelques temps ce monde unique.

La Ballade du serpent et de l'oiseau chanteur est un préquel vraiment utile et intéressant, il ne s'agit pas ici d'un nouveau tome pour un nouveau tome sans aucune raison; ici le lecteur va en apprendre plus sur les Hunger Games, va faire plus ample connaissance avec un des personnages principaux de cette saga : le Président Snow, qui n'est ici qu'un jeune étudiant rêvant de redorer le blason familial. 
Depuis la trilogie Star Wars nous racontant le passé de Dark Vador j'ai toujours été fascinée par ces préquels qui nous permettent de mieux appréhender les antagonistes, de voir les origines du mal. 

Loin des Hunger Games de l'époque de Katniss, loin du Président Snow que nous connaissons, ce préquel nous présente un personnage porté par l'ambition mais qui a encore des scrupules à cautionner tous les actes de violence; nous offre des Jeux loin du show de téléréalité de la 74e édition. C'est la genèse de la transformation des Jeux en "spectacle" macabre, la genèse d'un homme qui fera tout pour détenir le contrôle entre ses mains.

Ainsi j'ai beaucoup aimé ce livre parce qu'il permet d'en savoir plus et de tisser des liens avec la trilogie d'origine. 

Vous l'aurez compris je recommande ce livre mais je tiens quand même à mettre en exergue quelques points/bémols pour développer cette chronique.

Je n'ai pas compris certaines répétitions narratives ou descriptions trop appuyées amenant parfois à une baisse du rythme de lecture. J'aurais compris si cela amenait un développement psychologique de Snow mais c'est au contraire des descriptions à rallonge ou répétitives sur des faits sans réelle importance. Cela a créé un sentiment de discordance par rapport aux transitions entre les différentes parties qui sont parfois trop rapides. De même le dénouement aurait largement mérité d'être plus approfondi pour voir le point de bascule du personnage.
 
En réalité ce décalage de rythme et de développement est accentué par un léger manque de maturité/de finesse psychologique. Je m'attendais à un développement plus complexe du passé de Snow; on nous présente finalement un simple garçon de "bonne famille" qui s'amourache d'une jeune femme qui représente une forme d'interdit et de liberté, le choix devra alors se faire entre l'amour et le pouvoir. 
La romance est beaucoup trop appuyée sans pour autant être déchirante et dramatique. D'une certaine manière je m'attendais/voulais à "un destin à la Anakin Skywalker" mais ici la transition psychologique arrive trop tardivement et n'est pas totalement réussie car trop abrupte à mon avis .
 
En définitive, ce préquel est un réel plus dans l'univers d'Hunger Games et je le recommande vivement à tous les fans de la saga (je conseille d'avoir lu la trilogie d'origine avant), j'ai juste été légèrement déçue que cela ne soit pas plus mature et complexe dans le développement psychologique du personnage.
Cependant cette haute exigence est principalement dû à une comparaison inévitable avec mes souvenirs de lecture de la trilogie originale, les attentes sont forcément trop grandes, alors pour terminer je tiens à souligner que Suzanne Collins a relevé le défi de nous offrir un très bon tome "bonus" même si il n'est pas parfait.