Sonatine est une de mes maisons d'édition préférées, je la suis depuis
sa création et je ne rate quasiment aucune de ses parutions. Le chroniqueur
Grybouille vous a vivement conseillé "1794" (chronique précédente), à
mon tour de vous parler de mes trois dernières lectures dans cette très belle
maison d'édition.
Commençons avec Les
Heures furieuses de Casey Cep (traduit par Cindy Colin Kapen), un texte incroyablement riche et passionnant, une très belle surprise qui a su me faire découvrir une plume
talentueuse.
Casey Cep a décidé de suivre les
pas d'une immense romancière : Harper Lee, auteure de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur et à l'image de l'ami de cette
dernière (Truman Capote), Casey Cep enquête, nous dévoile des vérités. J'ai été happée par ce texte qui a su me
surprendre par son angle narratif, par la pluralité des thèmes abordés, par
l'immense travail de recherche effectué, par son écriture fluide et attractive.
La grande force de ce roman
repose sur ces portraits détaillés et fascinants, sur cette multitude de sujets
mis en lumière et qui sont aussi intéressants les uns que les autres. Casey Cep
nous fait ainsi la description d'une époque et d'un État où le racisme est
omniprésent, où la violence et la politique s'entremêlent et où l'injustice
fait loi.
Au milieu de ce cadre
spatio-temporel il y a une affaire : celle du révérend Willie Maxmwell. Toute
cette histoire nous sera raconté en trois parties. Il y a tout d'abord celle
consacrée au révérend où le lecteur découvrira à la fois l'enchaînement des
meurtres et des indices mais en apprendra aussi énormément sur cette époque et
les États-Unis. Puis nous basculons sur la deuxième partie qui met en lumière
l'avocat Tom Radney, celui qui a défendu le révérend et qui défendra aussi
celui qui l'a tué. Au travers de cette partie, l'auteure dépeint la justice et
la politique de ce cadre spatio-temporel précis. Enfin il y a la troisième
partie celle où Harper Lee fait pleinement son entrée. Là nous entrons au cœur
de la vie d'une femme célèbre pour un grand classique, une femme qui a aussi
participé à l'écriture du célèbre livre de son meilleur ami : De sang-froid de Truman Capote. Une
femme qui va tenter d'écrire un nouveau livre et se présente alors au procès du
tueur de Willie Maxwell, elle va enquêter, elle va aller sur les traces de tous
les protagonistes de cette affaire et pourtant rien ne paraîtra jamais.
Pourquoi ?
Casey Cep nous offre ici un livre magistral et fascinant, j'ai
adoré chaque partie de ce livre, j'ai aimé en apprendre sur chaque personnage,
sur chaque détail, sur une époque, sur un État, sur un pays, sur une femme, une
écrivaine. En terminant ce livre j'ai su que je voyais éclore les débuts d'une
très grande écrivaine qui a su parfaitement rendre hommage à une de ses consœurs,
qui a su prendre la relève avec brio.
Après la découverte d'une
nouvelle plume, partons retrouver un auteur que nous connaissons bien, un auteur dont j'ai adoré les romans précédents (Une pluie sans fin, Nulle part sur la terre et Le pays des oubliés) et dont j'avais hâte de lire le suivant : Blackwood
de Michael Farris Smith (traduit par Fabrice Pointeau).
En toute sincérité, ce n'est pas mon préféré de l'auteur mais nous y retrouvons tous les ingrédients
qui ont fait sa belle réputation de conteur. Allons dans le Mississippi :
tout commence en 1956 lorsque le jeune Colburn vit un terrible drame familial
et tout continue alors vingt ans plus tard en 1976.
De retour à Red Bluff, Colburn
essaye d'avancer et revient en tant qu'artiste. Mais en réalité cette année-là
tout commence avec l'homme, la femme et le garçon. Après la scène d'ouverture
dure et violente, cette nouvelle entrée l'est tout autant. Bienvenue dans une histoire sombre, glauque et où la
lumière n'arrive pas à traverser l'invasion de kudzu. Je vous entends :
qu'est-ce que le kudzu ? Pour le savoir vous pouvez regarder sur Internet ou
alors lire ce roman.
J'ai trouvé ce livre assez dérangeant et troublant. J'ai
l'habitude de lire des romans noirs "country noir" américains où le
désespoir est légion mais ici cette atmosphère imprègne chaque particule de
l'intrigue. On a la sensation d'être piégé dans une toile d'araignée où chaque
destin est déjà tracé, où le drame est inévitable, où les morts se suivent... Alors même que le rythme du roman est assez
lent, l'auteur arrive vraiment à nous captiver/capturer et ne pas nous lâcher.
Encore une fois Michael Farris
Smith nous montre tout son talent et va encore plus loin dans les ténèbres. En
nous dépeignant une petite ville des USA, l'auteur met en lumière un portrait
plus général d'une grande partie du pays, la partie qu'on ne voit jamais sur
les cartes postales mais qui est bien là.
Ce livre devrait commencer ainsi
"vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance" (Dante Alighieri)
mais en réalité l'espoir repose sur les épaules de tous ces auteurs qui nous
racontent ces histoires. Ces fictions si proches de la réalité, ces fictions qui
permettent quelques instants d'ouvrir l'horizon pour que le lecteur soit témoin
et n'oublie pas ceux qui sont emprisonnés dans le kudzu...
Après une lecture incroyable,
après une bonne lecture, j'ai tout de même eu une déception : Je ne
suis pas encore morte de Lacy M. Johnson (traduit par Héloïse Esquié).
En commençant ce livre, j'avais
immédiatement en tête une comparaison avec le magnifique et terrible livre L'Empreinte d'Alex Marzano-Lesnevich.
Cela est sûrement dû au bandeau qui illustre ce titre mais malheureusement la
comparaison a été en défaveur de ce "Je
ne suis pas encore morte".
Ce texte très court (moins de 200
pages), nous raconte l'histoire de Lacy M. Johnson en personne : une femme qui
a été brisée suite à son enlèvement et son viol par son ex-compagnon. Un fait
qui va impacter sur toute sa vie. L'auteure parle ainsi de ce traumatisme ainsi
que des années qui suivent. C'est un
titre sans concession, un titre sincère.
Pourquoi malgré toutes les qualités indéniables de ce livre, est-ce une
déception pour moi ? Même si j'ai trouvé le style très intéressant, je l'ai
trouvé aussi assez distant et froid.
Là où Alex Marzano-Lesnevich a su réellement nous raconter son histoire, nous
intégrer au récit; ici j'ai eu l'impression d'être oubliée, mise de côté comme
si l'auteure écrivait pour elle, uniquement pour sortir ce qu'elle avait besoin
de dire, faisant ainsi de son livre une sorte de catharsis.
Alors malgré l'intérêt porté au
style, malgré la force de son histoire, malgré le côté percutant de ce qui nous
est raconté; j'ai eu l'impression d'être
extérieure à ce récit et d'oser m'introduire en pleine séance de
psychanalyse, espionnant les confessions de l'auteure sans autorisation.
En définitive, je suis ressortie
de ce texte avec un certain détachement alors
même que ce livre aurait dû être tel un coup de poing littéraire. Dans le même type de récit, je préfère
conseiller L'Empreinte qui est à mon
avis un chef d'œuvre du genre.
Voilà mes retours sur ces trois nouvelles parutions Sonatine !