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mardi 18 mai 2021

La Comète - Claire Holroyde

Traduction : Jacques Mailhos

Résumé : Jaillie de l’ombre du Soleil, la comète noire DU3 se dirige droit vers la Terre. Une collision semble inévitable, ce qui provoquerait une véritable Apocalypse. Un jeune spécialiste de l’aéronautique, Ben Schwartz, est nommé à la tête d’une équipe internationale censée trouver le moyen de faire dévier l’énorme bolide céleste de sa trajectoire. Réunis sur la base de Kourou en Guyane, coupés de leurs proches, des hommes et des femmes de tous horizons rivalisent d’ingéniosité pour affronter ce défi sans précédent. Mais contre toute attente, ce n’est pas l’exploit technologique qui se révèle le plus difficile ; en temps de crise, les passions humaines s’exacerbent, comme sur ce bateau brise-glace en route vers l’Arctique où un photographe baroudeur se rapproche d’une biologiste solitaire. Alors que le temps vient à manquer, chacun se montre sous son vrai jour.

 

 

 

Chronique : Étrangement les romans/films "catastrophes" ont le don de me rassurer dans le contexte actuel : rien de mieux qu'une comète sur le point d'exploser sur la Terre pour relativiser un peu... ou pas !

En ce moment je lis quasi essentiellement de la science-fiction/de l'anticipation, c'était donc le moment idéal pour découvrir l'une des dernières parutions Gallmeister : "La Comète". Je vois déjà les remarques qu'on peut faire à ce livre : oui on a déjà eu le droit à de nombreux livres et films dans la même veine (2012, Le Jour d'Après, Deep Impact, etc.), oui c'est un scénario "à l'américaine" avec quelques clichés du genre mais au final le contrat est rempli : c'est un bon page-turner !

La Comète est un roman addictif qui met en lumière les conséquences de l'annonce de l'arrivée d'une comète sur la Terre. Ce qui est intéressant dans ce type de roman c'est surtout de constater les réactions humaines face à l'approche d'une catastrophe. On remarque souvent que le danger imminent n'est pas la "catastrophe" en elle-même mais les actions des hommes, la panique générale qui suit (ici ce n'est pas la pénurie de papier toilette qui est le plus à craindre...). Claire Holroyde propose ici un roman qui se concentre sur plusieurs protagonistes. D'un côté il y a les scientifiques qui vont tenter de réussir une mission quasi impossible pour détruire la comète avant l'impact, de l'autre il y a des personnes qui tentent de survivre alors que le monde s'embrase.

J'ai beaucoup aimé le fait de suivre en alternance ces différentes intrigues. L'auteure propose de suivre régulièrement certains protagonistes mais n'hésite pas aussi à proposer quelques chapitres "indépendants" sur des êtres qu'on ne rencontrera qu'une seule ou deux fois. Le résultat sonne juste, c'est très réaliste et percutant. Alors que je craignais que l'auteure mette en place un récit à l'image de certains blockbusters stéréotypés, au contraire elle n'hésite pas à décrire vraiment en profondeur tous les choix difficiles que vont devoir faire les personnages ainsi que la violence qui va devenir omniprésente.

Au niveau des personnages, j'ai notamment beaucoup aimé suivre Ben qui dirige l'opération pour sauver le monde avec Amy (sa compagne) et Love (interprète multilingue). J'ai été très émue par d'autres personnages comme Rivka ou Enrico. Mon personnage coup de cœur est Zhen qui est une femme très intelligente, attachante et courageuse. Après j'étais moins intéressée par toute l'histoire un peu plate autour de Jack et Maya, ce sont des personnages un peu trop "lisses".

[ATTENTION ÉVENTUELS SPOILERS] Si je devais émettre un bémol, cela concernerait la fin. J'ai été déçue de voir que l'auteure se focalisait plutôt sur des personnages secondaires pour conclure son intrigue et ne pas savoir ainsi concrètement ce qu'étaient devenus certains protagonistes principaux. [FIN DES SPOILERS].

En définitive, ce roman n'est pas original mais il est addictif, réaliste et efficace !

 


 

jeudi 4 février 2021

En descendant la rivière - Edward Abbey

Traduction : Jacques Mailhos

Résumé : Exploration de la beauté impérissable des derniers grands espaces sauvages américains, En descendant la rivière nous entraîne dans des paysages où le corps et l’esprit flottent librement. Leur immensité réveille des méditations sur des sujets allant de la vie d’Henry David Thoreau à la militarisation des grands espaces. On y entend alors une condamnation passionnée des coups portés à notre patrimoine naturel au nom du progrès, du profit et de la sécurité. Rempli d’aubes enflammées, de rivières brillantes et de canyons radieux, ce recueil, inédit en France, est chargé d’une rage sincère et déchaînée contre la cupidité humaine.

 

 

 

 

 

Chronique : Edward Abbey est un de mes écrivains américains préférés, en plus il est traduit par un de mes traducteurs favoris (Jacques Mailhos) et enfin il est publié dans une maison d'édition que j'adore (Gallmeister). Voilà un trio parfait pour nous offrir un très beau moment de lecture.

J'ai lu absolument tous les livres de cet auteur, les romans comme les récits, chacun apportant une pierre supplémentaire à l'édifice monumentale qu'est l'œuvre de cet immense écrivain.

En descendant la rivière est un recueil de récits personnels, un nouvel hommage à la nature comme seul sait le faire Edward Abbey, un plaidoyer à la méditation mais aussi une critique affirmée de la destruction des grands espaces, de certaines politiques, des changements radicaux entraînés par la quête perpétuelle d'un progrès contestable.

En effet qu'est-ce que le progrès ? Détruire la nature pour construire des routes, des barrages et des habitations, est-ce du progrès ? N'est-ce pas plutôt un mépris de ce qui a été avant nous et de ce qui restera bien après lorsque nous ne serons que poussière ? Croire qu'un immeuble est plus moderne qu'un arbre est le signe d'un manque cruel de respect et de bon sens. La nature évolue, s'adapte et saura faire face lorsque nous ne serons plus là. La nature est à la fois un ancêtre et un héritage, un avant et un après. Nous ne sommes que le présent, une ligne dans l'histoire de l'univers...

C'est en lisant ce recueil que le lecteur va être ainsi amené à réfléchir sur son environnement, sur lui-même, sur la société mais n'ayez pas peur, je ne suis pas une grande adepte des essais, ce livre n'en est pas un. Ce sont des morceaux de vie, des traversées de rivières et de paysages magnifiques où l'auteur laisse divaguer ses pensées pour accompagner le silence. L'auteur se livre continuellement, nous offre ses doutes et ses certitudes et nous invite ainsi à partager les nôtres. De nombreux sujets seront abordés et nous sortons grandis de cette lecture.

En définitive, Edward Abbey nous propose à nouveau un grand moment de littérature sublimé par la traduction toujours remarquable de Jacques Mailhos.

 


 

mardi 25 août 2020

Betty - Tiffany McDaniel

Traduction: François Happe

Résumé : La Petite Indienne, c’est Betty Carpenter, née dans une baignoire, sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee. Lorsque les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, après des années d’errance, le paysage luxuriant de l’Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et sœurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture : elle confie sa douleur à des pages qu’elle enfouit sous terre au fil des années. Pour qu’un jour, toutes ces histoires n’en forment plus qu’une, qu’elle pourra enfin révéler.





Chronique : Comme beaucoup d'amoureux de littérature américaine, la parution de Betty faisait partie pour moi des événements incontournables de cette rentrée littéraire et comme beaucoup d'autres j'ai aussi été conquise par cette histoire.

Même si ce roman n'est pas un coup de cœur, c'est un des meilleurs titres que j'ai pu lire et je ne peux que le recommander. Si le coup de cœur n'est pas là c'est peut-être parce que j'y ai retrouvé certaines ficelles déjà présentes dans My Absolute Darling ou Dans la forêt, ou alors c'est qu'il ne fallait vraiment pas toucher aux chatons (ceux qui liront ce livre comprendront).

Betty est une très belle lecture, j'avais déjà aimé L'été où tout a fondu de la même romancière mais Betty est encore meilleur : c'est un roman qui porte des messages très forts, qui nous conte une histoire très émouvante, qui met en lumière une héroïne inoubliable et qui ne peut que nous toucher en plein cœur. Si parfois j'ai eu l'impression que les drames s'enchaînaient sans interruption et que j'aurais aimé un peu plus de lumière, cette lumière au final est bien présente; non pas dans l'histoire des personnages mais dans les personnages eux-mêmes.

L'espoir est présent dans ce livre au travers de Betty et de son père car malgré toutes les horreurs, toutes les injustices, toute la violence, l'héroïne et son père continueront envers et contre tout d'avancer et de croire qu'ils peuvent espérer un monde plus altruiste et bienveillant. Ce que j'ai ainsi le plus aimé c'est ce lien père-fille, c'est cet amour qui transparaît du père, de cet homme brisé qui se transcende pour son enfant.

En notant quelques citations, en accompagnant Betty, en m'imprégnant de son courage et de sa détermination, j'ai vécu un très beau moment de lecture.

En définitive, Betty vous attend en librairie, préparez-vous à une lecture bouleversante.

 

 

jeudi 18 juin 2020

L'amitié est un cadeau à se faire - William Boyle

Traduction : Simon Baril
RésuméVeuve d’un célèbre mafioso de Brooklyn, Rena Ruggiero n’apprécie guère les lourdes avances de son voisin octogénaire Enzio qu’elle finit par assommer à coup de cendrier. Persuadée de l’avoir tué, elle « emprunte » la magnifique Impala du séducteur éconduit pour filer chez sa fille Adrienne, qui lui claque la porte au nez. En face, une voisine compatissante lui offre l’hospitalité : la pétillante Lacey Wolfstein, ancienne star du porno, est ravie d’avoir un peu de compagnie. Mais l’ambiance se tend quand Richie, l’amant d’Adrienne, tueur de la mafia, débarque avec un joli magot obtenu en massacrant une bande rivale. Et il est suivi de près par Enzio, pas si mort que ça. Mieux vaut décamper rapidement, d’autant que le clan décimé par Richie n’a pas dit son dernier mot.








Chronique : Depuis la parution de Gravesend, je suis une fan inconditionnelle de William Boyle. Avec L'amitié est un cadeau à se faire, l'auteur nous offre un roman plus drôle et pétillant que ces précédents (plus dramatiques).

"Dingue, drôle, touchant et mené à un rythme effréné", voici comme la grande romancière Megan Abbott qualifie ce roman et je ne peux qu'adhérer à cette description. C'est un roman qui se lit d'une seule traite, qui se déroule sur un laps de temps très court, qui nous entraîne dans une fuite sans regard en arrière, une course folle où les rebondissements s'enchaînent.

Au travers de ce livre le lecteur va faire la connaissance notamment de trois femmes très différentes mais qui ont toutes une très forte personnalité : Rena (veuve d'un mafioso), Lacey (ancienne actrice porno) et Lucia (adolescente rebelle, petite-fille de Rena). J'ai particulièrement aimé le duo formé par Rena et Wolfstein (Lacey) qui sont deux femmes d'un certain âge qui n'hésite pas à s'affirmer et qui vont surtout se reconnaitre mutuellement et quasi immédiatement comme des âmes sœurs amicales.

Si ce duo déjanté et attachant peut nous faire penser à Thelma et Louise, ce roman n'est pas vraiment un road trip mais plutôt une fuite/course-poursuite de trois femmes qui ont un tueur à leurs trousses avec quelques étapes en cours de route permettant des dialogues savoureux, des réflexions existentielles, des questionnements sur la famille, le passé et l'amitié ainsi que des appels aux souvenirs de la part de chaque héroïne de ce roman.
En définitive, William Boyle a su me convaincre et surtout me surprendre pour cette nouvelle aventure !


mardi 14 janvier 2020

Gallmeister à l'honneur !


Entre les derniers titres de l'année 2019 et les premiers titres de l'année 2020, les éditions Gallmeister nous offrent comme toujours de très bons moments de lecture ! Aujourd'hui je vais ainsi vous parler de ces différents livres...

L'année commence avec un premier roman, Sugar Run de Mesha Maren (traduit par Juliane Nivelt), j'avais repéré ce titre dans sa version originale et j'étais donc d'autant plus heureuse de voir qu'il paraissait aux éditions Gallmeister. 

Mesha Maren fait des débuts extrêmement prometteurs avec ce roman, il est à la fois émouvant et rythmé, énergique et poétique. En suivant le chemin de Jodi et de Miranda, le lecteur va être entrainé dans un voyage inoubliable, dans une histoire d'amour, de drame, de rédemption. 

Jouant entre le passé et le présent, la romancière met en exergue l'importance de nos choix, des éternels recommencements, de cette quête de la seconde chance. J'ai été particulièrement admirative de l'écriture de l'écrivaine et je pense que je relirai ce livre en anglais pour pouvoir d'autant plus admirer la belle traduction de Juliane Nivelt.



Si je devais souligner un bémol à ce titre cela reposerait sûrement sur quelques longueurs qui auraient pu être évitées ou encore sur quelques éléments de l'intrigue qui font écho à d'autres histoires mais peu importe j'ai vraiment passé un très bon moment de lecture avec Sugar Run et j'ai hâte de découvrir d'autres livres de Mesha Maren.

Après le premier roman parlons de quelques grands retours et valeurs sûres. J'ai ainsi été enchantée de retrouver la plume de James Crumley sublimée par les illustrations de Rabaté et la traduction de Jacques Mailhos avec Le Canard siffleur mexicain. .

James Crumley est un des plus grands écrivains américains et chaque nouvelle édition présentée par Gallmeister nous permet de savourer avec délectation une histoire palpitante et originale. Ce que j'aime toujours autant chez Crumley c'est la personnalité si atypique des protagonistes et le caractère si déjanté de l'intrigue.

Si ce titre n'est pas mon préféré de l'auteur j'ai quand même retrouvé tout ce que j'aimais chez cet immense romancier et je tiens particulièrement à remercier les éditions Gallmeister pour ce travail de réédition très important.

Continuons ensuite avec la nouvelle enquête de Walt Longmire : Dry Bones. Là encore tous les ingrédients sont à nouveau réunis pour permettre aux lecteurs de Craig Johnson (traduit par Sophie Aslanides) de se régaler. 

Alors que nous en sommes à quelques tomes déjà je ne me lasse toujours pas de ce shérif si attachant, de ces personnages si charismatiques et de ces enquêtes au cœur du Wyoming. J'ai toujours été fascinée par cet État et je rêve d'un jour pouvoir y aller. Dès lors en attendant cette occasion chaque nouveau tome est pour moi un pur bonheur.

Je continue à recommander aux lecteurs de lire les enquêtes dans l'ordre afin d'apprécier d'autant plus l'évolution des personnages, dès lors si vous connaissez déjà Walt et ses amis n'hésitez pas à plonger dans cette nouvelle aventure et si vous souhaitez découvrir la plume de Craig Johnson, Little Bird vous attend en format poche !

Maintenant place à la collection Totem, collection consacrée au format poche absolument sublime avec des couvertures qui sont de véritables œuvres d'art !

Tout d'abord je tiens à saluer la réédition de L'Usine à lapins (traduction de Pierre Furlan), j'aime énormément les romans de Larry Brown et ce titre est un de mes préférés. Je vous invite vivement à découvrir cet auteur qui est pour moi un des auteurs incontournables de la littérature américaine. Peu importe par quel titre vous commencerez vous serez immédiatement accro et vous finirez par lire tous ses livres !



Ensuite j'ai été ravie de voir qu'un grand classique de la littérature américaine se voyait offrir une nouvelle traduction par Pierre Bondil et Johanne Le Ray : L'insigne rouge du courage de Stephen Crane. Un titre salué par Hemingway en personne ne peut qu'être une lecture inoubliable et je suis sortie de ce livre avec la certitude d'avoir un trésor entre les mains.

Dans la lignée du très beau Shiloh de Shelby Foote, Stephen Crane nous offre un récit non pas sur la guerre mais en temps de guerre, un roman centré sur un personnage et toutes ses pensées : le doute, la peur, le courage, l'espoir... En choisissant ce point de vue, l'auteur nous entraîne dans une histoire qui possède une grande force psychologique, une profonde humanité. Un classique à lire d'urgence !


Enfin terminons avec un titre inédit du grand David Vann : Le bleu au-delà (traduit par Laura Derajinski). J'avais eu un immense coup de cœur pour la plupart de ses livres et tout particulièrement Sukkwan Island et Un poisson sur la lune, dès lors ce recueil de nouvelles avait tout pour me plaire.

Avec ce titre on retrouve tout ce qui fait le caractère unique de l'œuvre de David Vann : l'intime et la tragédie se lient pour nous émouvoir, nous bouleverser. Pour ne pas se faire spoiler les titres précédents de l'auteur je pense qu'il faut avoir lu au moins Sukkwan Island avant de lire ce recueil mais au final je me dis que cela peut aussi être une belle porte d'entrée dans son univers.

Le bleu au-delà est un titre magnifique qui met en exergue toute la puissance de l'œuvre de l'écrivain.

Je termine ainsi ce tour d'horizon des dernières parutions Gallmeister, je pense que vous trouverez votre bonheur parmi ces différents titres !