samedi 29 août 2020

L'Accident de chasse - Carlson & Blair

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’ACCIDENT DE CHASSE

Landis BLAIR, David L.CARLSON

Traduction :Julie SIBONY

 

La seule prison est celle de ton esprit.
 

Chicago, 1959. Charlie Rizzo, qui vient de perdre sa mère, doit emménager avec son père aveugle. Pour le jeune garçon, l’histoire est limpide : Matt Rizzo a perdu la vue à la suite d’un accident de chasse, comme il le lui a toujours raconté. Mais le jour où un policier sonne à leur porte, Matt choisit de révéler à son fils la partie immergée de son passé, et la véritable raison de sa cécité : un vol à main armé qu’il a commis des années plus tôt, alors qu’il fréquentait la mafia de Chicago…
 
Roman graphique en noir et blanc à la puissance expressive sans pareille, tiré de faits réels, L’Accident de chasse est une ode bouleversante à la rédemption et aux pouvoirs sans limites de la littérature.

 

Biographie de Landis BLAIR

 

Landis Blair est un illustrateur américain, dont les dessins hachurés et les histoires morbides sont influencés par l’œuvre d’Edward Gorey. Il a notamment collaboré avec l’écrivain David L. Carlson sur le roman graphique The Hunting Accident (L'Accident de chasse), un travail que le New York Times qualifie d’ « ardeur graphomaniaque ». Il est aussi l’illustrateur du second livre de Caitlin Doughty, From Here to Eternity, qui figurait parmi les bestsellers du New York Times. Par ailleurs, il illustre ses propres textes, comme The Envious Siblings publié en octobre 2019. L’artiste est un membre actif de The Order of the Good Death, une organisation qui prône l’acceptance de la mort, à laquelle il s’agit de redonner un caractère positif. Landis Blair vit à Chicago.
 

Biographie de David L. CARLSON

 

L’auteur américain David L. Carlson a été réalisateur et musicien. Il est également le co-fondateur d’ « Opera-Matic », une compagnie d’opéra de rue à but non lucratif, basée à Chicago. Son premier livre, The Hunting Accident (L’Accident de chasse) est un roman graphique réalisé en collaboration avec l’illustrateur Landis Blair. Ensemble, ils reviennent sur l’histoire de Matt Rizzo, un malfaiteur qui a partagé la cellule de Nathan Leopold, meurtrier de la célèbre affaire Leopold & Loeb.

 

Grybouille,

 

Le terme de roman graphique est très bien porté. L’histoire basée sur des personnages qui ont existé, donne du coffre au roman. Les dessins en noir et blanc sont puissants et collent parfaitement à l’histoire.

Les Éditions SONATINE nous livrent une production à ne pas manquer pour les inconditionnels du noir et blanc. Et pour les autres ? Une très belle découverte.

Je tiens à souligner la qualité de l’impression et des supports employés lors de la création de cet album.

Cela peut être un très beau cadeau, ou tout simplement un achat pour soi. Il trouvera facilement sa place dans votre bibliothèque, en attendant de le relire, le relire, le relire en détaillant les dessins encore, encore, encore… Le plaisir.

Le texte accompagne harmonieusement le dessin, les deux se complètent pour former une œuvre originale et captivante.

Une phrase qui colle à cette histoire ?

« La vérité de l’imagination. » et, une seconde  « La seule prison est celle de ton esprit »

Bonne lecture,

@ Bientôt

 


 

jeudi 27 août 2020

Alabama 1963 - Manchette & Niemiec

 CHRONIQUE DE SCARLETT

Résumé :Birmingham, Alabama, 1963. Le corps sans vie d’une fillette noire est retrouvé. La police s’en préoccupe de loin. Mais voilà que d’autres petites filles noires disparaissent…
Bud Larkin, détective privé bougon, alcoolique et raciste, accepte d’enquêter pour le père de la première victime.
Adela Cobb, femme de ménage noire, jeune veuve et mère de famille, s’interroge : « Les petites filles, ça disparaît pas comme ça… »
Deux êtres que tout oppose. A priori.
Sous des airs de polar américain, Alabama 1963 est avant tout une plongée captivante dans les États-Unis des années 1960, sur fond de ségrégation, de Ku Klux Klan et d’assassinat de Kennedy.

 

 

 

 

Chronique :


"Adèle songea à ce que sa mère lui répétait souvent lorsqu’elle était petite : «Ris, et on rira avec toi. Pleure, et tu pleureras toute seule."

 

 

Eté 1963, Birmingham dans l’État d’ Alabama : Adela quitte le service de la mère Finnegan car son petit garçon a osé jouer avec la petite voisine blanche . Adela est noire en 1963 dans un État du Sud des USA. Suite à un quiproquo elle se retrouve femme de ménage dans la porcherie qui sert de maison à Bud le détective. Dee Dee une petite fille noire disparait et ses parents devant l’inaction de la police charge Bud ancien flic de l’enquête.

Bud est un homme aigri , alcoolique , qui garde ses chagrins enfouis sous un litre de whisky et qui réunit au début du roman toutes les qualités d’un incurable looser , raciste , grincheux et sale.

Adela quant à elle ne se fait aucune illusion sur les Blancs et ne travaille pour eux que par absolue nécessité alimentaire pour faire vivre ses enfants et son beau-frère handicapé et peu aimable. C’est une jeune femme sympathique, intelligente, qui  n’a pas la langue dans sa poche.

La découverte du corps d’une petite fille noire qui n’est pas Dee Dee  déclenche chez Bud l’instinct de l’enquêteur et la volonté, le dynamisme et les remarques non complaisantes d’ Adela attisent inconsciemment  l’enquêteur dans ses démarches. Une étrange relation s’établit entre les deux faite au départ de méfiance puis de confiance et enfin de respect. C’est un surprenant duo qui à l’époque suscite l’incompréhension de certains, le rejet des autres mais en 1963 Noirs et Blancs ne se mélangent pas à Birmingham.

Alabama 1963 de Ludovic Manchette et Christian Niemiec est un premier roman qui se lit aisément  avec des chapitres courts qui égrènent le quotidien des habitants d’une ville du Sud au fil d’une enquête sur les meurtres de petites filles noires. C’est l’époque de la marche de Washington pour les droits des Noirs et l’égalité promise par Kennedy, c’est encore la période du KKK où deux enfants noirs peuvent être assassinés sans que personne ne bouge, où les bus sont encore divisés en deux zones distinctes,  c’est enfin l’année de la mort de JFK .

Tout cela, le lecteur le vit à travers le regard et la vie des personnages du roman. De Miss Gloria septuagénaire attachante et visionnaire à Bernice la fille d’Adela en passant par Shirley la Canadienne homosexuelle ou bien les copines d’Adela et les anciens collègues policiers de Bud , tous dans leur quotidien, leurs propos, leurs attitudes nous attachent au roman et nous font cheminer simplement aux côtés d’Adela et de Bud .

Ce premier roman simple et efficace se lit avec plaisir.

 

"Elle se dit que, décidément, Dieu avait plus d’imagination qu’elle et que tout était possible en ce bas monde. Si un détective blanc pouvait aider des Noirs, si on pouvait assassiner le président des Etats-Unis, si elle avait pu se débarrasser de Lazarus, si une femme pouvait vivre avec une femme, alors peut-être qu’un jour Elijah pourrait être chirurgien. Ou président. Non, trop dangereux. Chirurgien."

 

 

mercredi 26 août 2020

Comédies françaises - Éric Reinhardt

 

Résumé : Fasciné par les arcanes du réel, Dimitri, jeune reporter de vingt-sept ans, mène sa vie comme ses missions : en permanence à la recherche de rencontres et d’instants qu’il voudrait décisifs. Un jour, il se lance dans une enquête sur la naissance d’Internet, intrigué qu’un ingénieur français, inventeur du système de transmission de données qui est à la base de la révolution numérique, ait été brusquement interrompu dans ses recherches par les pouvoirs publics en 1974. Les investigations de Dimitri l’orientent rapidement vers un puissant industriel dont le brillant et sarcastique portrait qu’il en fait met au jour une «certaine France» et le pouvoir des lobbies. 

 

 

 

 

 

 

Chronique : Ayant lu et apprécié quelques romans d'Éric Reinhardt, j'avais envie de lire "Comédies françaises" mais malheureusement le rendez-vous est manqué...

Dès les premières pages j'ai senti que mon avis allait être très tranché : ça passe ou ça casse tout simplement. En effet sur la moitié du roman j'avais ce sentiment que tout pouvait basculer dans un sens ou dans un autre : il y avait des passages intéressants qui me donnaient envie de continuer ma lecture et d'autres moments assez longs, lents et pénibles à lire.

Si l'auteur met en avant des réflexions pertinentes sur notre société, j'ai été déçue de cette sensation d'antithèse entre ce qui était dit et ce que vivait le personnage principal.

Dimitri aurait pu être un personnage qui reflétait notre époque : la jeune génération face aux problèmes actuels, au marché du travail, à l'hégémonie des grandes entreprises et l'omniprésence des réseaux sociaux. Pourtant ce protagoniste est en décalage complet, j'ai eu l'impression de suivre un antihéros d'un roman du XXe siècle, un jeune homme qui arrive à 23/24 ans à trouver "par hasard" un travail immédiatement à 4200 euros brut par mois. Un jeune homme qui devient obsédé par une jeune femme qu'il a rencontré à plusieurs reprises au point d'en faire un fantasme absolu. Un jeune homme qui semble ne trouver aucun obstacle sur sa route (sauf à la fin malheureusement...), qui a des moments de pur génie (où il va enquêter sur la création d'Internet, réfléchir sur l'art) contrebalancés ensuite par des pensées inutiles et ennuyeuses comme l'importance du poil pubien.

Je crois que c'est lorsque j'ai vu les pages s'enchaîner sur l'obsession de Dimitri pour les poils pubiens que j'ai commencé à décrocher. Déjà j'avais eu du mal sur les listes à profusion, les dialogues qui manquaient de naturel, les descriptions inutiles et les phrases à rallonge de l'auteur mais là c'était de trop pour moi. Je voulais un personnage flamboyant, je voulais une histoire fascinante mettant en avant des thèmes importants ou intéressants, je voulais une plume fluide (qui était présente mais parfois on avait l'impression que l'auteur jouait, s'amusait avec sa plume au point d'en oublier l'histoire) et au final les moments les plus passionnants sont mis de côté, l'intrigue s'enlise, le final annoncé dès le début manque de panache... La mort du héros (annoncée dès la première page) n'amène aucune émotion et Dimitri tombe ainsi dans l'oubli parce qu'il est difficile de ressentir une réelle empathie pour lui.

En définitive, c'est un rendez-vous manqué pour moi, je vous conseillerai plutôt de lire L'Amour et les forêts ou encore Cendrillon du même auteur.

 

 

mardi 25 août 2020

Betty - Tiffany McDaniel

Traduction: François Happe

Résumé : La Petite Indienne, c’est Betty Carpenter, née dans une baignoire, sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee. Lorsque les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, après des années d’errance, le paysage luxuriant de l’Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et sœurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture : elle confie sa douleur à des pages qu’elle enfouit sous terre au fil des années. Pour qu’un jour, toutes ces histoires n’en forment plus qu’une, qu’elle pourra enfin révéler.





Chronique : Comme beaucoup d'amoureux de littérature américaine, la parution de Betty faisait partie pour moi des événements incontournables de cette rentrée littéraire et comme beaucoup d'autres j'ai aussi été conquise par cette histoire.

Même si ce roman n'est pas un coup de cœur, c'est un des meilleurs titres que j'ai pu lire et je ne peux que le recommander. Si le coup de cœur n'est pas là c'est peut-être parce que j'y ai retrouvé certaines ficelles déjà présentes dans My Absolute Darling ou Dans la forêt, ou alors c'est qu'il ne fallait vraiment pas toucher aux chatons (ceux qui liront ce livre comprendront).

Betty est une très belle lecture, j'avais déjà aimé L'été où tout a fondu de la même romancière mais Betty est encore meilleur : c'est un roman qui porte des messages très forts, qui nous conte une histoire très émouvante, qui met en lumière une héroïne inoubliable et qui ne peut que nous toucher en plein cœur. Si parfois j'ai eu l'impression que les drames s'enchaînaient sans interruption et que j'aurais aimé un peu plus de lumière, cette lumière au final est bien présente; non pas dans l'histoire des personnages mais dans les personnages eux-mêmes.

L'espoir est présent dans ce livre au travers de Betty et de son père car malgré toutes les horreurs, toutes les injustices, toute la violence, l'héroïne et son père continueront envers et contre tout d'avancer et de croire qu'ils peuvent espérer un monde plus altruiste et bienveillant. Ce que j'ai ainsi le plus aimé c'est ce lien père-fille, c'est cet amour qui transparaît du père, de cet homme brisé qui se transcende pour son enfant.

En notant quelques citations, en accompagnant Betty, en m'imprégnant de son courage et de sa détermination, j'ai vécu un très beau moment de lecture.

En définitive, Betty vous attend en librairie, préparez-vous à une lecture bouleversante.

 

 

samedi 22 août 2020

Histoire du fils - Marie-Hélène Lafon

 

Chronique de Scarlett

Résumé :  Le fils, c’est André. La mère, c’est Gabrielle. Le père est inconnu. André est élevé par Hélène, la sœur de Gabrielle, et son mari. Il grandit au milieu de ses cousines. Chaque été, il retrouve Gabrielle qui vient passer ses vacances en famille.

 









Chronique


"Il y avait eu un autre enfant, un autre fils qui était son jumeau, et ce que Paul racontait de la mort longue de son frère, dont il ne prononçait jamais le prénom, était , aux yeux de Gabrielle, son secret cuisant, son douloureux épicentre, sa plaie vive."

 

« Histoire du fils » de Marie-Hélène Lafon est un court roman construit avec des chapitres aussi courts où le lecteur fait des allers retours entre des personnages reliés par une histoire  commune même si parfois elle emprunte des chemins détournés .

Ce livre nous raconte l’histoire d’Armand ce petit garçon qui aime beaucoup Antoinette la jeune femme qui travaille chez ses parents, Armand associe souvent les gens à une odeur. Ce roman c’est aussi l’histoire de Paul adolescent fougueux, ambitieux, malin et charmeur qui rencontre Gabrielle une femme  un peu distante, secrète qui préfère s’éloigner d’Aurillac et vivre à Paris. André quant à lui aime Juliette, il ne connait pas son père, il voit peu sa  mère Gabrielle, mais il est entouré et très aimé par sa tante Hélène et toute la famille dans la province auvergnate   . Et  puis André a eu un fils Antoine qui travaille à l’international et ainsi la ronde infinie des êtres et de leurs destins qui filent, se croisent , s’éloignent , se rencontrent…

Marie-Hélène Lafon nous livre un condensé générationnel des années 1900 aux années 2000 avec  les personnages d’une famille dont les liens sont parfois très solides et d’autres si ténus. Une famille avec des pères ou mères présents, absents voire de substitution. Une famille qui évolue entre Paris et l’Auvergne et parfois s’éloigne vers l’Amérique ou ailleurs mais qui garde un lien indéfectible avec le lieu originel Chanterelle. Une famille qui traverse aussi la guerre et un drame, de ceux qui bouleverse une vie, des vies et modifie à jamais les trajectoires.

De l’auteur au lecteur, il y a tant de passerelles possibles, et lorsque l’écrivain est précieux, cela se fait avec une grâce infinie.

Une délicieuse lecture, merci pour ce moment passé avec Armand, André, Gabrielle et les autres…

 

"Son corps d’homme regimbe mais l’enfance résiste et la douleur a les dents longues. Il pense au raton laveur, il n’a rien oublié, il a seulement vécu. Quelque chose recommence, le film bégaie, hoquète. Il a déjà éprouvé une fois ou deux  cette sensation vertigineuse de remettre ses pas dans des traces anciennes, mais jamais avec autant de netteté."