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lundi 11 septembre 2017

Nitro Mountain - Lee Clay Johnson

Lu en : V.F.
Traduction : Nicolas Richard
Résumé : Dans une ancienne région minière des Appalaches ravagée par la pauvreté, l’ombre de Nitro Mountain s’étend sur la cohorte de laissés pour compte, junkies, piliers de comptoir, vauriens et marginaux sublimes qui y vivent. Jones, un musicien bluegrass qui se donne avec son groupe dans des bars glauques, prend sous son aile Leon, un jeune homme paumé qui ne se remet pas de sa rupture avec la séduisante, torturée et bouleversante Jennifer. Celle-ci a eu la mauvaise idée de tomber sous la coupe d’Arnett, un truand psychopathe aussi terrifiant que fascinant, reconnaissable au tatouage Daffy Duck qu’il porte au cou. Quand Turner, ex-flic cinglé à la gâchette facile qui a troqué son arme de service pour une arbalète, se met en tête d’arrêter Arnett, suspecté de meurtre, afin de regagner son insigne, les choses ont déjà commencé à tourner à l’aigre.



Merci aux éditions Fayard pour cette lecture !


Chronique : Voici un premier roman que j'attendais avec impatience pour cette rentrée littéraire, verdict ?

Nitro Mountain est un livre qui annonce l'arrivée du prometteur Lee Clay Johnson dans la scène littéraire américaine. Cette première histoire est vraiment très intéressante dans sa construction: l'auteur décide de la raconter en trois temps. 

La première partie est à la première personne, nous faisons la connaissance de Leon, un jeune homme perdu, un looser qui possède un humour ironique vraiment hilarant; cette partie est par ailleurs ma préférée car je me suis attachée à cet être un peu paumé, je me suis régalée de ce ton drôle qui fait penser à Mark Haskell Smith ou Todd Robinson.

La seconde partie est à la troisième personne, elle se met en place suite à une terrible tragédie. J'ai trouvé fascinant la faculté de l'auteur à changer le ton, le drame devient omniprésent, la folie du truand local prend toute son ampleur et on se retrouve dès lors dans le genre country noir à la Daniel Woodrell. Avec ces deux parties, l'auteur réussit à dépeindre les deux grands classiques narratifs du roman noir américain.

La troisième partie est une forme de conclusion, elle met en lumière un personnage que je n'apprécie pas et j'ai donc eu peu d'intérêt à la lire et heureusement qu'elle était courte. Je ne la trouvais pas vraiment nécessaire et j'aurais aimé qu'un autre protagoniste puisse être le point final de l'ensemble. 

Ainsi si j'ai particulièrement aimé le ton donné au départ du livre, j'ai apprécié la continuité et la prise de risque faite par l'écrivain. Ce dernier se situe dans la continuité du country noir, il rend hommage à tous ces prédécesseurs et apporte lui-même sa pierre à l'édifice en réussissant à allier l'humour noir au drame avec talent. 

En définitive, un roman noir qui plaira aux amoureux du genre et qui pourrait être une bonne introduction dans cet univers pour faire ses débuts de lecteur dans le rural noir!



jeudi 16 février 2017

Un ange brûle - Tawni O'Dell

Lu en : V.F.
Traduction : Bernard Cohen
Résumé :Dove Carnahan n'est pas femme à se laisser déstabiliser. À bientôt cinquante ans, la chef de police d'une petite ville minière de Pennsylvanie a l'habitude des situations difficiles. Pourtant, devant le corps à demicalciné de la jeune Camio Truly, Dove vacille. Issue d'une famille de rednecks versée dans l'alcool et les magouilles, l'adolescente était promise à un autre avenir : une bourse universitaire, une porte de sortie vers un monde meilleur. Un rêve soudain brisé. Dove prend l'affaire personnellement. Elle qui a dû se battre pour se sortir d'une enfance chaotique veut rendre justice à cette innocente. Après tout, sa propre famille n'est pas si différente des Truly. Au même moment, un homme est remis en liberté après trente-cinq ans passés sous les verrous. Pour Dove, pour les siens, c'est le souvenir d'un indicible drame qui ressurgit.  Peut-on jamais tourner le dos à son passé, à sa famille ?




Je remercie les éditions Belfond pour cette lecture !


Chronique : J'avais adoré Le Temps de la colère de Tawni O'Dell et j'avais ainsi hâte de lire son nouveau roman : Un ange brûle...

Ce livre a tout pour me plaire : une héroïne charismatique, une petite ville américaine, un meurtre... Un roman entre rural noir et policier, entre contemporain et polar : une enquête qui va amener Dove à se dépasser, à affronter ses démons. J'aime énormément lorsque le personnage principal est personnellement touché par son investigation, cela permet ainsi d'approfondir les deux aspects sans que l'un prenne le pas sur l'autre, cela permet de s'attacher d'autant plus à ce protagoniste et à le comprendre. Je me suis donc très vite attachée à Dove qui est une héroïne forte et coriace.

A mes yeux ce livre est aussi bon que les autres romans lus de cette romancière. Elle a le talent de réussir à mener plusieurs points narratifs de front : ainsi le lecteur va pouvoir admirer les paysages uniques d'une petite ville minière de Pennsylvanie, se plonger dans une ambiance qui est propre à ces coins paumés et à leurs mœurs, de suivre les réflexions, les choix, l'évolution d'une héroïne très opiniâtre et qui a vécu des horreurs, de découvrir une plume magnifique traduite par Bernard Cohen.

Ce roman est vraiment frappant par sa justesse, l'auteure nous dépeint la face cachée des Etats-Unis, celle que l'on n'écoute pas, celle ignorée par les agences de tourisme : l'Amérique profonde dont la population est liée par la misère et la violence. Une Amérique où l'honnêteté et le courage ne payent pas toujours, une Amérique silencieuse et engluée dans un autre temps... C'est vraiment fascinant à lire car on ne peut y croire et pourtant, elle existe...

En définitive, un très beau roman qui s'inscrit dans la lignée du country noir avec originalité via une héroïne surprenante !


dimanche 2 octobre 2016

Une mort qui en vaut la peine - Donald Ray Pollock

Lu en  : V.F.
Traduction : Bruno Boudard
Résumé :1917. Quelque part entre la Géorgie et l’Alabama. Le vieux Jewett, veuf et récemment exproprié de sa ferme, mène une existence de misère avec ses fils Cane, Cob et Chimney, à qui il promet le paradis en échange de leur labeur. À sa mort, inspirés par le héros d’un roman à quatre sous, les trois frères enfourchent leurs chevaux, décidés à troquer leur condition d’ouvriers agricoles contre celle de braqueurs de banque. Mais rien ne se passe comme prévu et ils se retrouvent avec toute la région lancée à leurs trousses. Et si la belle vie à laquelle ils aspiraient tant se révélait pire que l’enfer auquel ils viennent d’échapper ?

Je remercie les éditions Albin Michel pour cette superbe lecture !




French Touch : One of the best books of this year, one of the best authors of this century (and all time). I discovered country noir's genre with this writer : my "reader life" changed forever thanks to him...


Chronique : J'ai fait 800 kilomètres pour rencontrer cette année Donald Ray Pollock à la librairie Millepages lors de la soirée pour les 20 ans de la merveilleuse collection Terres d'Amérique. Dès lors vous comprendrez à quel point j'aime Donald Ray Pollock. C'est un des plus grands auteurs américains de tous les temps et j'attendais depuis maintenant 4 ans son nouveau roman : encore une belle claque littéraire ! 

Une mort qui en vaut la peine reprend la construction du roman choral où nous suivons plusieurs protagonistes complètement différents mais dont les routes vont se croiser de manière plus ou moins extravagante. Il y a bien sûr les frères Jewett qui suite à la mort de leur père vont se tailler une réputation de grands brigands : j'ai eu un faible pour Cane le plus instruit de la bande pour sa volonté à obtenir une vie paisible remplie de livres et d'amour familial/conjugal. Ensuite il y a les Fiddler, un couple de solides fermiers, qui ont tout perdu à cause d'un arnaqueur et dont le fils vient de se faire la malle. Vous allez ainsi faire connaissance avec des tueurs en série, des criminels minables, des prostituées, des tueurs en série et même parfois des gens honnêtes !

A mes yeux Donald Ray Pollock a la faculté en 500 pages de nous décrire le quotidien de personnages très attachants malgré leur caractère légèrement antipathique, de nous dépeindre une époque, de nous faire vivre au cœur de ces villes paumées, de ces vies a priori insignifiantes. Les descriptions de la crasse, de la déchéance, des espoirs brisés, des corps meurtris : tout cela c'est l'univers de Donald Ray Pollock. Il y a des touches de lumière mais si peu : c'est du roman noir pur jus ! En réalité c'est avec cet auteur que j'ai découvert le genre du country noir et depuis je ne le lâche plus !

Avec une écriture qui mélange la poésie du style et la dureté d'un sombre monde, le lecteur ne peut que se régaler et remercier l'excellente traduction de Bruno Boudard ! Comprenez moi lorsque je dis que Faulkner a trouvé son héritier, qu'il n'y a pas mieux (aussi bien c'est possible mais très difficile) que du Donald Ray Pollock, avec ce deuxième roman il démontre encore une fois qu'il est un grand, très  grand, immense écrivain !

En définitive, je vous invite à ce banquet céleste les amis : régalez-vous de cette lecture qui en vaut la peine ! Coup de cœur !



samedi 27 août 2016

Là où les lumières se perdent - David Joy

Lu en : V.F.
Traduction : Fabrice Pointeau
Résumé : Caroline du Nord. Dans cette région perdue des Appalaches, McNeely est un nom qui ne laisse pas indifférent, un nom qui fait peur, un nom qui fait baisser les yeux. Plus qu’un nom, c’est presque une malédiction pour Jacob, dix-huit ans, fils de Charly McNeely, baron de la drogue local, narcissique, violent et impitoyable. Amoureux de son amie d’enfance, Maggie Jenkins, Jacob n’a guère l’occasion de se montrer romantique. Il est le dauphin, il doit se faire craindre et respecter, régler les affaires de son père de la façon la plus expéditive qui soit. Après un passage à tabac qui tourne mal, Jacob se trouve confronté à un dilemme : doit-il prendre ses responsabilités et payer pour ses actes afin d’aller vers la lumière, ou bien s’enfoncer encore dans les ténèbres en suivant la voie paternelle ? Alors que le filet judiciaire se resserre autour de lui, Jacob a encore l’espoir de sauver son âme pour mener une vie normale avec Maggie. Mais cela ne pourra se faire sans qu’il affronte son père, bien décidé à le retenir près de lui.


Je remercie les éditions Sonatine pour cette lecture !





French Touch : David Joy wrote one of the best first novels I've read in my life ! I cried at the end, Jacob is so moving, his life is  so dark and his love for Maggie is so powerful... I love this book so much !



Chronique : Alors que les chroniques commençaient dès juin à défiler sur ce titre, j'ai attendu patiemment mon heure pour vous parler de ce petit bijou dans le genre du roman noir, un livre passionnant, sombre et incroyable : voici l'histoire d'un coup de cœur !

J'avais déjà lu ce roman en anglais mais j'avais hâte de découvrir la traduction de Fabrice Pointeau (excellent traducteur de R.J. Ellory notamment) : encore une fois, ce traducteur met en avant de façon somptueuse le style de l'auteur. Là où les lumières se perdent est un premier roman de grande qualité tant dans l'intrigue que dans la forme avec un personnage central qui pourrait être a priori très classique dans ce genre littéraire mais qui est en réalité d'une grande profondeur et extrêmement touchant.

Les Appalaches est le lieu parfait pour mettre en place une ambiance à la Daniel Woodrell : c'est un endroit très sauvage, perdu des Etats-Unis, un endroit fascinant où la cruauté des hommes se développe à son apogée. Le lecteur fait ainsi la connaissance de Jacob, jeune homme de dix-huit ans qui ne souhaite qu'une chose : échapper au destin familial, échapper à son père qui est le baron local, fuir cette ville et cette malédiction... Cependant cet espoir est souvent terni et dès lors c'est en Maggie, son amour de toujours, qu'il place toutes ses chances : elle doit partir, vivre à sa place... 

C'est une histoire véritablement déchirante, j'ai rarement été aussi touchée par un personnage : Jacob est plus jeune que moi mais il fait preuve d'une grande maturité, d'un courage extrême et d'un sens du sacrifice inouï. Il éclipse tous les autres personnages même si j'ai beaucoup aimé Maggie, cette jeune femme sincère qui aime Jacob malgré tout son passif et sa famille. La force de ce livre réside ainsi dans la force de caractère des personnages, si l'intrigue n'est pas très compliquée, elle permet de mettre en avant l'intérêt premier du country noir : les relations humaines dans un endroit confiné et perdu. Le lecteur sera soumis à une forte tension et ce jusqu'à la fin. Sûrement la plus belle fin de roman de cette rentrée littéraire.

En définitive, une pépite du country noir, un roman à l'intrigue simple mais aux personnages approfondis et complexes avec une fin sublime...


jeudi 9 juin 2016

Le Bon frère - Chris Offutt

Lu en : V.F.
Traduction : Freddy Michalski
Résumé : Dans ses collines du Kentucky, Virgil mène une existence paisible, entouré par les bois qu’il affectionne tant. Il peut à tout instant s’y enfoncer et trouver la sérénité dont il a besoin. Mais quand son frère aîné Boyd, la tête brûlée de la famille, est assassiné, Virgil doit faire face à une décision impossible. Dans les Appalaches, le sang est vengé par le sang. Et puisque tout le monde sait qui a tué Boyd, on attend la riposte de Virgil. Quelle que soit la direction qu’il choisira, sa vie en sera à jamais bouleversée. Le Bon Frère  est un formidable roman sur la liberté, qui éclaire d’une lumière nouvelle la notion de frontière dans l’Ouest américain contemporain, des vallons du Kentucky aux rivières du Montana.



Je remercie les éditions Gallmeister pour cette lecture !




French Touch : One of my favorite books of this year : Chris Offutt is a master of country noir  !


Chronique : Deux Gallmeister chroniqués aujourd'hui, deux coups de cœur ! Voilà un de mes petits bijoux de l'année, une découverte : celle d'un auteur, d'un univers... Belle claque littéraire !

L'histoire en elle-même me rappelle un de mes films préférés : Les Brasiers de la colère au travers d'une histoire de vendetta, de fraternité dans un coin paumé des Etats-Unis. J'attendais cette sortie avec grande impatience et je peux vous dire que j'ai été servie : c'est un drame d'une grande force narrative, d'une puissance stylistique avec une montée crescendo de la tension du lecteur. 

Vous allez peut-être me demander ce que ce livre a de plus que les autres dans le même genre ? Je dirai que Chris Offutt fait partie des plus grands, il est l'héritier des légendes du roman noir, il en est un des membres. Le Bon frère est la quintessence de tout ce que j'aime dans la littérature américaine : il donne autant d'importance au cadre spatio-temporel, à l'histoire et aux personnages. Ils ont tous un rôle à jouer jusqu'au grand final !

Lorsque le nature writing rencontre le roman noir, lorsque le drame rencontre la folie, lorsque le sang appelle le sang : des paysages grandioses sont dépeints sous une plume poétique mais aussi tranchante qu'un couteau (bravo à Freddy Michalski pour la traduction). Virgil est l'antithèse de son frère : c'est un être rangé, calme, serein et qui souhaite par dessus tout vivre une existence paisible en communion avec son environnement. Pourtant un choix terrible va l'amener à sortir de sa léthargie quotidienne : il doit venger la mort de son frère. Un dilemme est au cœur de l'histoire, un dilemme existentiel qui changera la vie de notre héros à jamais.

J'ai eu le coup de cœur pour ce roman car j'ai vécu aux côtés de Virgil, j'ai senti ses hésitations, ses peurs, ses pensées; j'ai vu ces sublimes rivières et ces magnifiques vallons; je me suis plongée dans ce livre en oubliant tout et en vivant l'Amérique grandeur nature. Les éditions Gallmeister ont le pouvoir de publier ces livres qui nous font voyager, qui nous font respirer au rythme des protagonistes et de la nature.

En définitive, la collection Totem a accueilli un nouveau maître du genre en son sein : Chris Offutt et son grand roman Le Bon frère !

P.S. : Cette couverture est juste magnifique, je crois que je n'ai jamais eu autant le coup de cœur pour une couverture ! (Je tenais à le dire ^^)