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vendredi 19 août 2022

Au vent mauvais - Kaouther Adimi

Résumé : Leïla, Tarek et Saïd grandissent dans un village de l’est de l’Algérie, au début des années 1920. La première, mariée très jeune contre son gré, décide de se séparer et retourne chez ses parents, avec son fils, dans la réprobation générale. Tarek est un berger timide et discret. Saïd, lui, vient d’une famille plus aisée et poursuit des études à l’étranger. Tous deux sont secrètement amoureux de Leïla. La Seconde Guerre mondiale envoie les hommes au front, ils se perdent de vue. Saïd devient un homme de lettres. Tarek, rentré au village, épouse Leïla et adopte l’enfant. Trois filles suivront. Bientôt il rejoint la lutte pour l’indépendance, puis participe au grand tournage de La Bataille d’Alger, avant de partir travailler dans une usine, en région parisienne. Par une suite de hasards inattendus, il se retrouve gardien d’une magnifique villa à Rome, temps suspendu dans une trajectoire tourmentée. Leïla, elle, connaît la vie des femmes rurales de cette époque. Cantonnée dans l’éducation des enfants et les tâches ménagères, elle décide d’apprendre à lire et à écrire. Mais la publication du premier roman de Saïd vient bouleverser la vie du couple. Tarek doit rentrer au plus vite. À travers les destins croisés de trois personnages, Kaouther Adimi dresse une grande fresque de l’Algérie, sur un siècle ou presque, de la colonisation à la lutte pour l’indépendance, jusqu’à l’été 1992, au moment où le pays bascule dans la guerre civile.

 


Chronique : Depuis mon immense coup de cœur pour Nos Richesses, j'ai décidé de suivre aveuglément Kaouther Adimi dans ses différentes œuvres et je n'ai jamais été déçue.

Au vent mauvais peut être perçu comme une réponse à Nos Richesses, l'envers de la médaille : la littérature peut sauver, aider, guérir mais elle peut aussi blesser. Les mots ont un pouvoir et c'est celui qui tient la plume qui choisit si ce pouvoir sera bienveillant ou non.

Kaouther Adimi est une romancière incroyablement talentueuse, possédant le don de contenir des vies, des destins dans des récits relativement courts, démontrant qu'il n'y a pas toujours besoin de 800 pages pour dire l'essentiel et le vrai. Conteuse fabuleuse, elle nous ensorcèle au fil des pages pour nous révéler une histoire riche et profonde. Au travers du destin de Leïla, Tarek et Saïd, l'auteure nous parle de l'Algérie, de la France, de l'Italie, de la colonisation, de la guerre, de la famille, de la trahison, de la littérature.

Au vent mauvais mêle le récit intime à la grande Histoire : l'histoire de Tarek qui va survivre à la Seconde Guerre Mondiale et la guerre d'indépendance, Saïd qui va trahir ses amis pour écrire un premier roman à succès et Leïla, jeune femme laissée au pays pour élever les enfants et qui est dévastée de voir son nom et sa vie être appropriés par la fiction.

Même si ce livre fait moins de 300 pages là où on aimerait qu'il en fasse 1000 pour ne pas quitter ces personnages, je sais (sans aucune hésitation) que j'ai lu une grande et magnifique fresque historique portée par une plume d'une grande justesse. Ce roman confirme mon amour indéfectible pour l'écriture  de cette jeune romancière, pour son sens de la narration, pour ses thèmes de prédilection, pour son engagement et pour sa faculté à nous happer et nous émouvoir.

 


 

vendredi 27 août 2021

Maikan - Michel Jean

Chronique de : SCARLETT

Résumé : Nitassinan, août 1936. Sur ordre du gouvernement canadien, tous les jeunes Innus de Mashteuiatsh sont arrachés à leurs familles et conduits à plus d’un millier de kilomètres au nord, dans le pensionnat de Fort George tenu par des missionnaires catholiques. Chaque jour apporte son lot de coups et d’humiliations : tout est bon pour « tuer l’Indien dans l’enfant ». Maikan. Des loups. Voilà ce que sont, des années durant, les religieux aux yeux des enfants. Montréal, 2013. L’avocate Audrey Duval recherche des survivants. Dans une réserve isolée de la Basse-Côte-Nord, elle retrouve Marie Nepton, une vieille Innue qui va lui raconter tout ce qui s’est passé à Fort George : la violence aveugle s’abattant sur les corps et les esprits, mais aussi la force de l’amour et la grâce de l’amitié qui, seules, ont pu contrer la barbarie.


Chronique : 


 « La réserve n’offre rien d’autre que des rues de terre, des habitations dénuées de charme et mal entretenues. Ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans une communauté autochtone s’en font souvent une idée empreinte de romantisme. Mais la vérité est que Pakuashipu exsude l’ennui. »

1936, Mashteuiatsh au Québec sur les rives du lac St Jean, Marie et Virginie deux jeunes adolescentes de la communauté Innu se réjouissent de repartir vers le territoire fait de bois et montagnes pour rejoindre le campement hivernal. Virginie est élancée, ombrageuse et combative là où Marie plus petite est plus calme et docile. Elles ne sont pas de la même famille mais un lien très fort les unit. À l’approche du départ, elles vont se retrouver enlevées, emprisonnées, embrigadées dans le pensionnat de Fort Georges loin de leur cher territoire, loin de leur famille, loin de leurs racines, pour y être « éduquées » et « formatées » selon la volonté du gouvernement canadien et sous la coupe des religieux.

Beaucoup plus tard, en 2013 à Montréal Audrey jeune avocate impétueuse, dynamique et volontaire se donne pour mission de retrouver les pensionnaires  innus de Fort Georges  afin de leur permettre de recevoir un dédommagement pour toutes les conséquences désastreuses et ignobles de cet enfermement voulu par les autorités de l’époque pour « assimiler » ces communautés à la culture d’Etat.

Ce roman MAIKAN de Michel Jean est un sublime hommage à des enfants qui ont perdus leur identité, leurs repaires, leur famille et leur dignité comme Charles cet orphelin qui a dû laisser derrière lui un grand-père dévasté, comme Marie et Virginie, comme Jeanne et tous les autres. Tous aux prises avec la rigidité d’une éducation abusive, violente et agressive par des religieux qui n’ont rien à voir avec la compassion qu’ils prônent. Quand des loups avides dévorent des brebis sans défense cela devient un vrai carnage.

Et sous la plume de l’auteur, dans un livre aux chapitres courts où alternent le présent avec la quête d’Audrey et le passé de ces enfants déracinés , on touche du doigt une énième horreur orchestrée par des hommes pour des raisons de pouvoir, de politique. Grâce à Michel Jean nous approchons aussi la grâce de ces traditions anciennes ancrées dans des paysages grandioses et magnifiques.

Le lecteur ressent parfaitement le froid, le gris et la morosité des pensionnats de l’horreur ou des réserves actuelles bétonnées et cafardeuses mais aussi les couleurs, les odeurs, le vent et la légèreté rude d’une vie innue au plein air dans des territoires sans limite.

Ce roman nous permet de rencontrer des personnages attachants dans leurs moments de bonheur et leur douleur absolue, tels Jimmy qui passe sa vie à recueillir les autochtones en détresse ou bien Marie qui noie sa souffrance dans de l’alcool bon marché. Et la rencontre entre celle-ci et Audrey relève d’un moment magique.

Ce roman est bouleversant, tout en restant pudique et généreux. Merci à l’auteur pour ce moment de lecture si émouvant.

 

« Virginie et Charles étaient faits l’un pour l’autre… Avec le recul, je pense aussi qu’ils étaient, dans leurs manières surtout, trop innus pour lui. Tout en eux tenait dans les regards, dans la lenteur et l’économie.».

 

SCARLETT

 


 

lundi 23 août 2021

Premier sang - Amélie Nothomb

 

Premier sang

Amélie NOTHOMB

 

 « Il ne faut pas sous-estimer la rage de survivre. »  Amélie Nothomb

Albin Michel

Dans Premier sang, Patrick, orphelin de père alors qu’il n’a que huit mois, est élevé par sa mère et ses grands-parents maternels. Ce n’est qu’à l’âge de six ans qu’il découvre l’autre pan de sa famille : le clan des Nothomb. L’autrice belge se met dans la peau de son père (décédé l’an passé), et nous compte le temps des conflits, de l’amour et d’une passion pour la diplomatie.

Source, Ouest France

 

 Amélie Nothomb

Amélie Nothomb est née à Kobé en 1967. Dès son premier roman Hygiène de l’assassin paru en 1992, elle s’est imposée comme une écrivaine singulière. En 1999, elle obtient avec Stupeur et tremblements le Grand Prix de l’Académie française.

 

Grybouille,

Ne lisant Amélie Nothomb que depuis peu, je ne peux qu’aller de découvertes en découvertes.

Et là, force est de constater que lors de ma lecture j’ai été transporté dans un univers familial où est proposé un parcours initiatique, sous la forme d’un parcours du combattant aux jeunes générations de la famille Nothomb.

 

Ma lecture,

« Mon père est un grand enfant que j’ai eu quand j’étais tout petit. »

Sacha Guitry

Le ton est donné, et il ne me lâchera plus jusqu’à la fin du livre.

L’histoire, celle du père d’Amélie Nothomb commence en 1937 depuis la mort de son père militaire à 25 ans dans l’exercice de ses fonctions  et  jusqu’au 24 novembre 1964 dans celles qu’il a choisi.

Sa mère, Claude « Jamais… Je ne me remarierai. André était et est l’homme de ma vie. »

Elle se réfugiera dans la mondanité, « Que vais-je porter ce soir. »

Autour de Patrick, Bonne-maman sa grand-mère maternelle qui est un ange pour lui, et Bon-papa son Grand-père maternelle un Général à la retraite.

Première étape, à quatre ans, « Cet enfant ne fréquente que des vieux. Qu’on le mette à l’école maternelle » dit Bon-papa.

Bonne-maman l’inscrit, la découverte de l’école et des autres…

« Les petites filles m’aimèrent. » Patrick

Deuxième étape, à six ans, « Cet enfant s’amollit, il est grand temps de le reprendre en main »

Bon-papa, en train, va l’accompagner.

« Le pauvre petit ! » Claude

Bonne-maman pleura.

Les vacances d’été chez les Nothomb, le Baron Pierre Nothomb, le grand-père paternel…

Arrivé à Pont d’Oye dans les Ardennes, « …en tant que premier fils de mon premier fils, tu es appelé à devenir le chef de cette famille. Un jour tu régneras sur ce château. » Le Baron Nothomb

« J’étais aussi terrifié que séduit. » Patrick

Découverte du peuple des enfants…

Et des valeurs de cette famille... 

 

Mon ressenti ?

Ce darwinisme pur et dur, qui fleure bon le :

« Ce qui ne vous tue pas, vous rend plus fort ! »

« Qui ose gagne ! »

En tant que lecteur,  j’ai ressenti ce passage que certains appellent « rite » depuis l’enfance jusqu’à l’âge de la maturité.

Dans son livre, Amélie Nothomb, a surement trouvé les mots justes pour tenter d’expliquer ce qu’est le parcours initiatique d’un enfant dans une certaine société, qui piqué au jeu, va se construire faisant face à l’adversité jusqu’à découvrir à l’âge adulte Sa voie.

C’est magnifiquement écrit, simple et sincère, une manière de rendre hommage au parcours d’un homme, de Son père.

Bonne lecture à tous et toutes,

Et à bientôt,

 



 

mardi 1 juin 2021

Kérozène - Adeline Dieudonné

Résumé : Une station-service, une nuit d’été, dans les Ardennes. Sous la lumière crue des néons, ils sont douze à se trouver là, en compagnie d’un cheval et d’un macchabée. Juliette, la caissière, et son collègue Sébastien, marié à Mauricio. Alika, la nounou philippine, Chelly, prof de pole dance, Joseph, représentant en acariens… Il est 23h12. Dans une minute tout va basculer. Chacun d’eux va devenir le héros d’une histoire, entre lesquelles vont se tisser parfois des liens. Un livre composite pour rire et pleurer ou pleurer de rire sur nos vies contemporaines.

 

 

 

 

 

 

Chronique : Après le succès retentissant de son premier roman "La Vraie Vie", Adeline Dieudonné revient avec un nouveau livre : Kérozène.

Si vous vous attendez à un roman avec une histoire unique et linéaire, vous allez être surpris. Adeline Dieudonné nous propose ici une sorte de roman choral qui ressemble presque à un recueil de nouvelles.

Au travers de ce livre, l'auteure dépeint de multiples personnages, différents instants de vie, des portraits à vif. J'ai perçu ce titre comme un mélange entre le film Bagdad Café et le livre Derrière les panneaux il y a des hommes de Joseph Incardona mais Kérozène se révèle moins émouvant/marquant. On retrouve ce désespoir, ces destins qui se croisent, des êtres entre ombre et lumière, des êtres face à la violence et le doute. L'intérêt de ce livre repose aussi sur la capacité de l'auteure à raconter ces histoires en leur donnant un côté dramatique tout en faisant parfois preuve d'un humour grinçant.

Dans toutes ces vies il y a une part d'espoir mais surtout une part de désillusion : désillusion dans la vie de couple, dans le travail, dans la vie en général. Certains se réfugient dans la violence, d'autres dans le sexe, certains ne cherchent même plus à se débattre.

Je ressors de ce livre en ayant aimé certains aspects et en étant plus dubitative sur d'autres. J'ai adoré le fait de suivre de multiples personnages tous reliés par un lieu à un instant donné. L'auteure met ici en avant le destin de gens a priori ordinaires, des gens qu'on croise tous les jours. Après je trouve que face à d'autres titres dans la même veine, ce livre manque d'un côté plus percutant, il se veut frappant mais il n'arrive pas forcément à nous toucher en plein cœur.

En définitive, le deuxième livre d'Adeline Dieudonné a été une lecture intéressante mais n'a pas su autant me plaire que son premier, j'ai hâte de découvrir le prochain.